Quelle perspective pour la méthanisation en France ?

Quelle perspective pour la méthanisation en France ?
  • Une filière qui enregistre une belle croissance en 2018
  • Des objectifs revus à la baisse et une filière sous contrainte en quête de compétitivité
  • Face à la PPE, une filière partagée
  • Des objectifs difficiles à atteindre
  • Des retours d'expérience plutôt encourageants bien que contrastés
  • Syndrome photovoltaïque ?

Quelle perspective pour la méthanisation en France ?

Attendue depuis six longs mois, la mise à jour du projet de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) a été publiée le vendredi 25 janvier à la veille du salon Biogaz Europe. La PPE définit les orientations de la France en matière d'énergie, en particulier sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la promotion des énergies renouvelables (EnR). Pour la filière méthanisation, cette mise à jour n'est pas sans conséquence.

Une filière qui enregistre une belle croissance en 2018
À fin septembre 2018, la puissance cumulée des 426 unités de méthanisation (54 de plus qu'en 2017) produisant de l'électricité à partir du biogaz atteignait 156 mégawatts (MW) surperformant de 14 % l'objectif 2018 de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) d'août 2015.
Soixante-sept unités (23 de plus qu'en 2017) injectaient du biométhane dans les réseaux de gaz nationaux totalisant une capacité de 1 térawatt-heure par an (TWh/a) atteignant 62 % de l'objectif 2018 de la LTECV fixé à 1,7 TWh/a, les unités de méthanisation représentant 4/5e du parc et 880 gigawatt-heures par an (GWh/a).

Des objectifs revus à la baisse et une filière sous contrainte en quête de compétitivité
Pour la filière méthanisation, ce projet revoit à la baisse les objectifs de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV). Ainsi, la part du biogaz injecté dans les réseaux de gaz naturel nationaux est ramenée à 7 % de la consommation de gaz naturel à horizon 2030 contre 10 % prévu dans la LTECV.
Par ailleurs, ce projet conditionne désormais le soutien budgétaire de l'État (7,9 milliards) au biométhane injecté à la réduction du coût des projets de 30 % en 5 ans (voire 37 % à horizon 2028). Ces projets seront soumis à deux appels d'offres de 350 GW par an sur les cinq prochaines années.
Enfin, il maintient le tarif d'achat du biométhane en guichet unique pour les projets de petite taille sans toutefois définir de seuil.

Face à la PPE, une filière partagée
Le projet PPE a été accueilli de manières diverses par les différents acteurs de la filière présents au salon.
Les agriculteurs, qui portent le plus grand nombre des projets de méthanisation à la ferme ou territoriale, craignent un coup d'arrêt de la filière alors que la méthanisation constitue l'un des leviers de maintien de l'agriculture dans les territoires.
Les industriels à l'image de Grdf, GRTgaz ou Engie semblent prêts à relever ce défi de l'industrialisation d'une filière qui vise la parité des coûts entre le biométhane et le gaz naturel sans subvention en s'appuyant :
- Sur l'innovation et la massification engendrant une augmentation du nombre et des volumes de projets contribuant ainsi à la réduction des coûts
- Sur le montage de plateformes type « Certi Métha » afin d'accélérer le passage de la R&D à l'industrialisation sur des sites où il est possible de tester en conditions réelles de nouveaux équipements ou procédés
- Sur la professionnalisation avec par exemple la création attendue en 2019 du label « Quali Métha » sur la conception et la construction des installations de méthanisation
- Sur la capitalisation du savoir-faire français acquis depuis 12 ans sur de véritables spécificités (taille d'exploitation plus petite que celles de nos voisins allemands ou danois, typologie d'intrants et modes d'incorporation…)

Des objectifs difficiles à atteindre
Le cabinet Enea Consulting a profité du salon Biogaz Europe pour présenter sa dernière étude sur le renforcement de la compétitivité de la filière biométhane qui met en avant deux axes de travail :
- La valorisation des services non énergétiques et des externalités positives (culture de couverts végétaux favorisant la biodiversité, substitution de fertilisant chimique par du digestat, etc.) en travaillant sur plusieurs leviers : maximiser le pouvoir méthanogène ou la valorisation du biogaz, limiter le coût des intrants, etc. Autant de possibilités de monétisation pouvant représenter entre 40 et 80 €/MWh en cumul.
- L'identification de nombreux leviers de compétitivité pour la production de biogaz conduisant à un coût global entre 66 € et 82 €/MWh à horizon 2030. Dans ces conditions, la cible PPE de 67 €/MWh semble peu adaptée au modèle français, et difficile à atteindre dès 2023…

Des retours d'expérience plutôt encourageants bien que contrastés
Sur la quinzaine de sites de cogénération bretons analysés dans le cadre du programme Prodige, la moitié ont augmenté leur puissance ou le prévoit. Mais 20 % des unités ont un résultat économique insuffisant sur la première année.
Plusieurs porteurs de projets ont pris la parole rapportant l'importance d'être autonome en approvisionnement d'intrants étant donné l'intensification de la concurrence sur les gisements ou de mettre en œuvre des contrats de motorisation « full service » pour optimiser le rendement de leur unité.
Le porteur du projet Agribiométhane – qui a démarré une station de BioGNV distribuant sa propre marque de bio carburant « Agri pur » – a insisté sur les conditions de meilleure acceptabilité des projets de ce type (carburant vert, moins cher, non polluant).
Les projets de gaz porté qui visent la mutualisation de plusieurs productions de petite puissance, distantes des points de raccordement au réseau de gaz, sont en attente d'un nouveau décret à paraître en avril 2019.

Syndrome photovoltaïque ?
Avec ce projet de PPE, le gouvernement a-t-il fait preuve du syndrome photovoltaïque en constatant l'envolée du nombre de projets en file d'attente dans l'injection ? À la fin du troisième trimestre 2018, on comptait 556 projets totalisant 12 TWh/an, en hausse de 46 % depuis le début de l'année. Soit une capacité supérieure à l'objectif 2023 initial de la LTECV fixé à 8 TWh.
Dans ce contexte, les acteurs de la filière continuent d'être force de proposition pendant la phase d'échange et de consultation avant que la PPE ne soit définitivement arrêtée par décret à la mi-2019, contribuant ainsi à la transition énergétique française.

Pascale MEGARDON-AUZEPY
pascale.megardon-auzepy@credit-agricole-sa.fr