Pologne, nouveau succès des conservateurs

Pologne, nouveau succès des conservateurs

Pologne, nouveau succès des conservateurs

Le Parti conservateur PiS (Droit et Justice) a décroché un deuxième mandat consécutif avec une victoire écrasante par 43,6% des voix à la Diète (1), bien au-dessus de la précédente victoire de 2015 (37,6%). La coalition civique (KO), les principaux opposants, a atteint 27,4% des voix, après une campagne électorale faible et un programme assez restreint. Néanmoins, PiS perd lors de ce scrutin la majorité au Sénat, ce qui n'est pas neutre en termes de marge de manœuvre pour le gouvernement, puisque le Sénat est autorisé à poser des questions sur les projets de lois proposés, ce qui peut sensiblement ralentir le processus législatif. De plus, l'option des décrets d'urgence, jusque-là souvent utilisée, sera pratiquement impossible à activer en dehors des cas exceptionnels, faute de pouvoir réunir une majorité.

Les élections polonaises sont tout d'abord intéressantes par le taux de participation. Il s'élève à plus de 61%, presque un record pour ce pays qui depuis la sortie du régime communiste se désintéressait progressivement de la politique, et par conséquent s'éloignait des urnes. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce regain d'enthousiasme des Polonais pour les affaires politiques est en grande partie attribué à PiS, à la fois comme une cause et comme une conséquence des politiques menées, mais aussi de l'idéologie développée et massivement diffusée dans les médias.

Le discours électoral de PiS, très nationaliste dans sa vision et protecteur des valeurs chrétiennes dans sa forme, apporte un soin particulier à la notion de menace externe. Après celle des migrants musulmans de la campagne de 2015, place à la menace de la communauté LGBT en 2019. La cible change, mais à chaque fois le schéma est le même : un danger extérieur qui menace les valeurs chrétiennes de la Pologne. Des ingrédients nécessaires pour raviver le sentiment nationaliste et justifier toute une série de réformes institutionnelles visant à restreindre l'indépendance et la marge de manœuvre des institutions et des médias. Ainsi, on constate une très forte polarisation de l'opinion publique polonaise qui, d'une part, porte préjudice au circuit démocratique de circulation des idées  mais, d'autre part, est un moteur assez fort de remobilisation politique des citoyens. Le gouvernement actuel surfe sur cette dichotomie qui affaiblit la vigueur des contre-pouvoirs mais constitue l'une des clés du succès de PiS.

Du point de vue purement économique, le passage à une économie de marché a été globalement réussi en Pologne et la conjoncture a de quoi être enviée par beaucoup de pays européens : taux de croissance du PIB à 4,4%, inflation et chômage maîtrisés. Néanmoins, ce régime de croissance a aussi engendré de grands écarts de richesse entre les villes et les campagnes et au sein même des grandes villes. Une élite intellectuelle et privilégiée est née et les écarts de niveau de vie ont été creusés progressivement par la mise en œuvre d'un modèle de développement ouvert, compétitif et très libéral (inspiré du modèle américain). L'arrivée au pouvoir de PiS en 2015 s'explique donc aussi par l'économie, car elle était accompagnée d'une politique de redistribution assez large, qui répondait à un réel besoin et à une volonté populaire de rééquilibrage. Cette politique a eu pour effet un rattrapage des revenus les plus modestes, ce qui s'est immédiatement traduit par une hausse de la consommation des ménages, soutenant à son tour la hausse globale du PIB. Toutefois, cette politique n'a été possible que grâce à deux principaux éléments :

•    Le cycle haussier de l'économie et un bon état des finances publiques, hérité du précédent gouvernement.
•    L'afflux des fonds structurels de développement de l'Union européenne qui ont permis et permettent encore le développement des infrastructures et la modernisation du secteur agricole.

Face à une telle politique économique populaire, il est très difficile pour l'opposition de proposer un programme compétitif. L'argument tout à fait valable de lutte contre les restrictions des libertés des médias et de la dégradation de l'État de droit fait difficilement le poids devant l'électorat.

Les préférences des électeurs sont allées aux effets bénéfiques et immédiats du pouvoir d'achat. Il n'y a pas que les politiques qui peuvent être pragmatiques. Les citoyens le sont aussi. Cependant, cette politique implique au moins deux choses.

La première est que le contrat social entre le gouvernement et son peuple se fonde sur cette relation de distribution d'avantages sociaux et cela devra encore se poursuivre, voire s'intensifier, sous peine de mécontentement général. Seulement, la conjoncture économique est cyclique et, malgré une bonne dynamique économique, le haut du cycle est derrière nous.

Deuxièmement, le gouvernement devra être très attentif à ne pas franchir le seuil de tolérance dans l'expression de son autoritarisme ou de sa volonté de concentration des pouvoirs. La Pologne a une grande tradition de mobilisation de la société civile et de manifestation. La majorité des Polonais sont pro-européens et cela dans le sens d'une profonde adhésion aux valeurs de liberté, qu'ils ont démontré de nombreuses fois pendant le mandat qui s'est écoulé.  

Enfin, il y a malheureusement en Pologne une quasi-absence de réflexion sur le potentiel économique de long terme. Pourtant, le défi de penser à la transformation du modèle économique n'est pas une mince affaire. Le modèle de production à bas coût, qui a fait la compétitivité de la Pologne et lui a permis un rattrapage économique assez réussi, arrive en bout de course.

Pour dépasser un palier dans son développement et le rattrapage des niveaux de revenus, il faut trouver de nouveaux ressorts d'attractivité. Le contexte démographique polonais n'est pas franchement favorable et l'insuffisance d'investissements privés ne positionne pas la Pologne parmi les pays à fort potentiel technologique. Les réponses à cette problématique de long terme ne sont donc pas évidentes, mais ni le parti au pouvoir ni les forces de l'opposition ne se penchent sérieusement dessus… Pourtant, c'est sur ce point que pourrait se jouer la crédibilité du gouvernement quand le vent aura changé de direction.

Ada ZAN - ada.zan@credit-agricole-sa.fr

(1) Chambre basse du Parlement polonais