Inde – Une convalescence à surveiller

Inde – Une convalescence à surveiller

En résumé

L’Inde est entrée en récession technique au troisième trimestre, durant lequel le PIB s’est contracté de 7,5%. Bien sûr, ce chiffre pris de manière isolée, ou même comparé avec ce qui s’est passé dans les autres pays de la zone a de quoi inquiéter. Mais l’Inde revient de loin : d’une baisse historique de 23,9% de son PIB au deuxième trimestre, soit la chute d’activité la plus forte parmi les économies du G20.

Que nous disent les chiffres du troisième trimestre ?

Du côté des mauvaises nouvelles, que la consommation privée peine encore à se redresser, puisqu’elle apporte – de loin – la contribution la plus négative à la croissance (-6,4 points). Sans indice consolidé des ventes au détail, difficile de dire quels sont les segments les plus touchés.

Deux effets négatifs jouent cependant avec certitude. D’une part, une inflation encore élevée, qui tranche avec la tendance à la modération des prix, observée un peu partout dans le reste du monde. D’autre part, la situation sur le marché du travail, qui demeure très dégradée – là encore sans que l’on puisse estimer précisément à quel point, les indices de chômage et d’inactivité ne rendant pas compte de l’extrême informalité du marché du travail indien.

La consommation publique est elle aussi en berne : après un effort budgétaire conséquent au deuxième trimestre, les finances publiques indiennes, déjà très dégradées avant la crise, n’ont pas pu suivre, et ce d’autant que les recettes s’étaient effondrées au cours des derniers mois.

En revanche, deux signaux sont plus encourageants. Tout d’abord, l’investissement qui, sans être déjà repassé dans le vert, semble se redresser bien plus vite que la consommation. Au deuxième trimestre, ils avaient apporté chacun une contribution négative de 15 points à la croissance, qui a été uniquement divisée par deux pour la consommation privée, mais est passée à -2,1 points pour l’investissement. Il est notamment tiré par le secteur de la construction et le secteur manufacturier, qui sont les premiers à connaître une expansion (si l’on excepte le secteur agricole).

Deuxième signe encourageant, le commerce extérieur et les exportations. Alors que l’Inde est un pays plutôt fermé et à la balance commerciale structurellement déficitaire, les chiffres du commerce extérieur se sont révélés plus positifs que prévu. Bien sûr, la chute des importations, provoquée par l’effondrement de la demande intérieure et la baisse du prix du pétrole, est la principale cause de ce rééquilibrage. Mais les exportations se sont également redressées, et affiche une contribution presque nulle (-0,3 point). L’Inde devrait de surcroît bénéficier du lancement des nouveaux vaccins contre le coronavirus, dont elle pourrait rapidement devenir le premier producteur mondial. Des lignes de production sont en développement un peu partout dans le pays, dans les usines déjà existantes, notamment dans la ville de Pune (État du Maharashtra).

Ce qu’il va falloir surveiller

La reprise demeure fragile, à l’image de l’onde de choc provoquée par la crise sanitaire. Le premier indicateur à suivre est donc l’évolution de l’épidémie, dans le sillage de la grande fête de Divali qui a été célébrée il y a quinze jours. Sans imaginer le retour de mesures de confinement aussi strictes que celles d’avril, une accélération du nombre de cas pourrait de nouveau perturber l’activité.

Le deuxième point est la reprise de la consommation privée, qui sera synonyme d’une amélioration des conditions du marché du travail, mais aussi d’une hausse des recettes fiscales pour le gouvernement indien. Avec un déficit consolidé qui devrait atteindre les 13% du PIB cette année et une dette frôlant les 90%, chaque mois de récession plonge un peu plus dans le rouge les finances publiques.

Le troisième est la trajectoire de l’inflation qui en Inde est souvent liée à des problèmes d’approvisionnement (lentilles, riz), et donc pas nécessairement liée à la situation macro-économique, ce qui complique sa maîtrise. Il s’agit pourtant d’un enjeu important pour la RBI (Reserve Bank of India), qui dispose actuellement de très peu de marge de manœuvre pour soutenir l’activité via une politique monétaire plus expansionniste, puisque les taux d’intérêt sont déjà largement négatifs par rapport au principal taux directeur (4%).

La RBI est également contrainte – et c’est là le dernier motif de surveillance – par la situation du secteur bancaire indien, dont le taux d’actifs non-performants est très élevé, notamment dans les banques publiques (qui composent la majorité du secteur bancaire indien). Leur évolution est donc un point de vigilance important, d’autant que les moratoires autorisés sur les remboursements de prêts et l’allègement de la réglementation autorisé par la RBI en raison du coronavirus risque de provoquer des effets de seuil importants, une fois les mesures temporaires levées.

Article publié le 4 décembre 2020 dans notre hebdomadaire Monde – L'actualité de la semaine

Inde – Une convalescence à surveiller

Alors que l’Inde est un pays plutôt fermé et à la balance commerciale structurellement déficitaire, les chiffres du commerce extérieur se sont révélés plus positifs que prévu. Bien sûr, la chute des importations, provoquée par l’effondrement de la demande intérieure et la baisse du prix du pétrole, est la principale cause de ce rééquilibrage. Mais les exportations se sont également redressées, et affiche une contribution presque nulle (-0,3 point).

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)