Qatar – Un plan de soutien massif pour contenir la crise

Qatar – Un plan de soutien massif pour contenir la crise

En résumé

Le Qatar ne devrait connaître qu’une récession de 3% en 2020 et à l’exception de l’Égypte, c’est le pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord qui va le moins souffrir en termes d’activité économique. Plusieurs raisons expliquent cette bonne performance, qui aura néanmoins un coût élevé pour les finances de l’émirat.

Sur le plan sanitaire tout d’abord, le Qatar a réussi à maîtriser la crise du coronavirus dès juin 2020 et si le nombre de cas est élevé en pourcentage, il est maîtrisé et le nombre de décès est très faible, illustrant la solidité du système de santé qatari.

En termes d’économie, le pays profondément rentier et diversifié dans le tourisme, souffre d’une double crise pétrolière et de l’arrêt des activités. Il est entré en récession au printemps après la mise en place des mesures de confinement et l’arrêt l’industrie touristique (10% du PIB et 5% des recettes export). Le double choc sur les activités pétrolières (baisse de la demande mondiale et accord Opep+ de réduction des productions et effondrement des prix à 41 dollars par baril) a entraîné un effondrement des exportations de 36% au deuxième trimestre, partiellement compensé par une chute de 16% des importations. Une tendance qui devrait perdurer sur l’année 2020.

La croissance est déprimée depuis 2017, en raison de l’embargo qui frappe le pays et après une légère récession (-0,3%) en 2019, le PIB va se contracter de 3% en 2020 et sans doute rebondir de seulement 2,1% en 2021, car le pays a lancé un vaste plan de soutien estimé à 13% du PIB. Cette crise affecte les équilibres macro-économiques et une détérioration de l’endettement est à prévoir.

Les excédents courants ont disparu en 2016 (déficit de 5% du PIB) en raison de la baisse des prix du pétrole. En 2020, il faut s’attendre à un nouveau déficit courant (4,6% du PIB) accentué par l’effet volume, qui ne se redressera pas en 2021. Les réserves en devises seront soutenues par le fonds souverain QIA et le peg au dollar, de son côté, va rester très solide. Mais, la dette externe, déjà élevée, va atteindre plus de deux fois les exportations et c’est un signe défavorable, car elle oblige les investisseurs à tenir compte en permanence de la taille du Fonds souverain QIA qui fait du Qatar un créditeur net mondial.

Sur le plan fiscal, l’effondrement des recettes gazières et les mesures de soutien vont faire plonger le déficit budgétaire à 8% du PIB. Le gouvernement ne pourra plus contenir sa dette publique qui devrait passer de 66% à 80% du PIB entre 2019 et 2020. Le coût de l’augmentation de la dette va aussi intégrer le soutien par l’État des nombreuses entreprises publiques, parapubliques, voire privées en difficulté (notamment les compagnies aériennes).

Au total, malgré la solidité financière et économique du Qatar, le pays va sortir de la crise un peu fragilisé car, sur le plan économique, les ressources du QIA (estimées à 300 milliards de dollars avant-crise) semblent sanctuarisées et n’évitent pas un double dérapage des dettes publiques (150 milliards de dollars) et externes (216 milliards de dollars) qui ne devraient diminuer qu’à beaucoup plus long terme. Un indicateur à surveiller avec attention.

D’un point du vue géopolitique, trois ans après l’embargo de l’Arabie et des Émirats en raison de son indépendance politique et de ses liens avec l’Iran, le Qatar devrait subir cet embargo indéfiniment, d’autant qu’il s’est rapproché de la Turquie et de l’Iran pendant cette période. Il a bien résisté (sans remettre en cause son soutien à l’islam politique transnational), grâce à ses larges ressources financières qui lui offrent de nombreuses années de résistance, et il devra continuer à s’adapter sur le long terme. L’accord entre Israël, les Émirats et Bahreïn est toutefois positif pour la région et relativement neutre pour le Qatar, malgré ses liens étroits avec la Palestine. Mais l’environnement géopolitique reste toutefois très tendu dans la région et le Qatar devra aussi tenir compte de la nouvelle politique américaine au Moyen-Orient. Une vision plus positive des États Unis envers Téhéran pourrait à la fois le favoriser et tendre encore un peu plus les relations avec les pays qui l’ont mis sous embargo. 

Article publié le 27 novembre 2020 dans notre hebdomadaire Monde – L'actualité de la semaine

Qatar – Un plan de soutien massif pour contenir la crise

D'un point du vue géopolitique, trois ans après l'embargo de l'Arabie et des Émirats en raison de son indépendance politique et de ses liens avec l'Iran, le Qatar devrait subir cet embargo indéfiniment, d'autant qu'il s'est rapproché de la Turquie et de l'Iran pendant cette période. Il a bien résisté (sans remettre en cause son soutien à l'islam politique transnational), grâce à ses larges ressources financières qui lui offrent de nombreuses années de résistance, et il devra continuer à s'adapter sur le long terme.

Olivier LE CABELLEC, Economiste