Quel avenir pour les plateformes françaises du crowdlending ?

Quel avenir pour les plateformes françaises du crowdlending ?

Quel avenir pour les plateformes françaises du crowdlending ?

L'année 2020 aura été éprouvante pour ces acteurs spécialisés dans l'intermédiation des prêts aux professionnels et aux PME. Et la principale raison n'est pas à rechercher du côté de la Covid-19. Il existe une réalité structurelle plus aigüe qui les pénalise. Globalement à l'échelle européenne, les plateformes du crowdlending ont en effet échoué à institutionnaliser leur marché domestique freinant ainsi leur développement.

La France, malgré des agréments innovants ‒ mais qui datent de plus de cinq ans désormais ‒, est à la traîne s'agissant de l'institutionnalisation de la finance alternative. Cette capacité à distribuer directement les fonds de grands institutionnels auprès de commerçants et d'entreprises est un puissant levier de traction pour cette industrie.

Mais rares encore sont les acteurs français à s'exporter pour bénéficier de géographies ‒ à l'image de l'Italie ‒ plus prometteuses que leur propre terrain de jeu national devenu trop étroit et si peu attractif. Mais le combat n'est peut-être pas totalement perdu pour les acteurs les plus ambitieux ou les plus téméraires.

Voici les trois pistes que les plateformes françaises pourraient être tentées de suivre pour gagner le pari de nouveaux relais de croissance.

La piste technologique

L'Annus Horribilis de 2020 pourrait se transformer en Annus Mirabilis dans le cas où les modèles de scoring des acteurs français s'avèreraient au final de bien meilleurs outils de décision, innovants, rapides et fiables. October ‒ le leader français ‒ a ainsi annoncé fin novembre la commercialisation d'October Connect, une solution technologique à destination des banques. En s'attaquant au marché du Lending-as-a-Service, October montre la voie mais les défis restent immenses.

Pour les relever, ces plateformes ‒ qui ne gardent rien de ce qu'elles distribuent dans leur bilan ‒ innovent encore trop peu par rapport à celles qui assument une prise de risque. D'après l'Université de Cambridge (*), ces dernières (qualifiées de Balance Sheet Lending) consacraient, en 2018, 67% de leur R&D à l'Intelligence artificielle à comparer au très faible 11% des plateformes traditionnelles (P2P/Marketplace Lending).

Mais, pour se faire une place au soleil d'un marché qui s'apparente tout bonnement à celui du software, il ne suffit pas de proposer un processus de crédit bien huilé qui score bien. Non, l'avantage compétitif réside surtout dans des solutions capables de produire des stress tests applicables à des portefeuilles entiers d'engagements.

Si les pépites françaises devaient s'engager dans cette voie, elles pourraient très vite se retrouver en concurrence avec des solutions plus matures comme celle de l'anglais OakNorth. Ce nouvel acteur de la finance a d'ores et déjà commencé à vendre sa technologie à des banques américaines lui offrant d'excellentes références et une avance considérable en matière algorithmique.

La piste des nouvelles banques

Si les banques établies n'ont pas attendu October pour accélérer la transformation de leur processus industriel d'octroi et de gestion de crédit, le marketing du neo-lending pourrait bien séduire une autre catégorie d'acteurs. Je pense aux néobanques européennes sous licence qui ont fait de la complétude de l'offre leur cheval de bataille pour rentabiliser leur modèle d'affaire.

Jusqu'à présent, réticentes à prêter sur leur bilan à une clientèle pourtant en demande, elles ont laissé le marché du prêt à l'écart de leur feuille de route mais pourraient voir en October Connect ou ses équivalents une opportunité de s'essayer à l'intermédiation du crédit en marque blanche. Nativement construites en architecture ouverte et rompues aux APIs privées, elles sont technologiquement prêtes à intégrer rapidement ce type de solution à l'image de ce qu'elles font déjà avec d'autres vendeurs de technologie. Par ailleurs, les Top Gun de leur catégorie pourraient tirer profit de la notoriété de leur marque pour construire de solides partenariats stratégiques avec de grands institutionnels.

La piste du Grand Soir

2021 pourrait enfin marquer le début d'une transformation en profondeur des plateformes françaises. Opérant en qualité d'intermédiaire en financement participatif et d'agent prestataire de services de paiement, elles pourraient être tentées d'abandonner ces statuts pour se tourner vers d'autres horizons plus dégagés.

Plusieurs fintech montrent déjà la voie. Malmenée depuis plusieurs années et en quête de renouveau, la plateforme américaine Lending Club s'est offerte une licence de banque digitale en acquérant Radius Bank. SoFi, son homologue sur le prêt étudiant, est sur le point de rejoindre également la grande famille des institutions financières grâce à l'obtention imminente d'une licence bancaire. Moven, la néobanque du pionnier Brett King, vient de se transformer en entreprise technologique BtoB pour servir les banques en solutions digitales innovantes. Plus proche de chez nous, Younited Credit a démontré sur son segment du crédit à la consommation qu'il était possible de créer et d'opérer avec succès un nouvel établissement de crédit en France.

Alors, pourquoi ne pas imaginer à son tour des acteurs français du crowdlending se transformant eux-mêmes en néobanques des entreprises et des indépendants fort de leurs actifs technologiques et de leur large communauté de PME, de prêteurs privés et d'investisseurs institutionnels ?

Pour ces plateformes ‒ qu'elles suivent ou non l'une de ces trois pistes ‒ une chose est sûre : faire mouvement apparaît aujourd'hui impératif.

En effet, depuis 2017, les nouveaux crédits distribués globalement dans le monde par les fintech ne cessent de baisser au profit d'une montée inexorable de ceux produits par les big tech (**). Pour l'année 2019, la Banque des Règlements Internationaux estime que ces nouvelles formes de financement distribuées par ces acteurs ont atteint les 795 milliards de dollars. Mais 72% de cette production est désormais à mettre au crédit des big tech qui raflent décidément tout.

Pour autant, dans cet environnement incertain, il y a un momentum unique pour les plateformes françaises de la finance alternative tout segment confondu. Alors que les big tech semblent se concentrer sur les marchés asiatiques et que le crowdlending anglais atteint sa vitesse de croisière, le reste du marché européen continue à grossir bénéficiant d'un effet de rattrapage. Cette situation est véritablement source d'opportunités.
Gageons que pour s'en saisir, les acteurs français du crowdlending sauront s'arroger le leadership d'un nouveau modèle paneuropéen innovant et ambitieux !

(*) "The Global Alternative Finance Market Benchmarking Report" – University of Cambridge
(**) BIS Working Papers No 887 – "Fintech and big tech credit: a new database" - Monetary and Economic Department - September 2020

Quel avenir pour les plateformes françaises du crowdlending ?

Les plateformes européennes du crowdlending ont jusqu'à présent échoué à institutionnaliser leur marché domestique freinant ainsi leur développement. Dans cet environnement, la France marque le pas et rares encore sont les acteurs français à s'exporter pour bénéficier de géographies plus prometteuses. Mais le combat n'est peut-être pas totalement perdu pour les plateformes les plus ambitieuses ou les plus téméraires.

Romain LIQUARD, Responsable Domaines Industrie et Services