Inde – Comme une petite lueur dans le noir

Inde – Comme une petite lueur dans le noir

En résumé

Bien sûr les perspectives du pays sont encore sombres : le PIB indien devrait se contracter de 8,5% cette année, avant de rebondir de 8% l’an prochain et ne pas retrouver son niveau de 2019 avant 2022, voire 2023. Pourtant, les indicateurs des dernières semaines sont venus éclairer légèrement ce tableau bien sombre et ont surpris le consensus à la hausse.

Sur le plan sanitaire, déjà : après avoir dépassé les 100 000, le nombre de nouveaux cas par jour a nettement décéléré et oscille maintenant entre 40 000 et 50 000. Ces chiffres sont probablement très loin de la réalité, car la politique sanitaire de l’Inde en matière de tests s’est révélée nettement insuffisante, mais indique cependant une tendance au ralentissement.

Le taux de mortalité reste de surcroît très bas, autour de 1,5%. Alors que l’on craignait que l’existence de nombreuses comorbidités (maladies cardio-vasculaires, problèmes respiratoires, maladies liées au climat comme la dengue ou le paludisme) ne l’aggravent, c’est finalement le facteur démographique (50% de la population a moins de vingt-huit ans) qui semble heureusement l’emporter.

Cette relative embellie sanitaire a des conséquences directes sur l’activité, puisqu’alors que l’Europe se reconfine, l’Inde au contraire rouvre progressivement son économie.

Cela est d’abord visible sur les données de mobilité, qui se normalisent. La fréquentation des gares et stations de métro, tout comme celles des lieux de travail reste encore en dessous de leur niveau habituel, mais s’améliore nettement. C’est de bon augure pour l’emploi, dans ce pays au marché du travail très flexible et informel. Cela pourrait, par exemple, signifier qu’une partie des travailleurs migrants, qui avait fui les villes au moment du confinement national, est rentrée travailler dans les métropoles.

Après quatre mois de contraction très marquée, l’indice PMI manufacturier, qui mesure la confiance des directeurs d’usine sur leurs perspectives industrielles, s’est enfin redressé et a dépassé les 50 en août, entrant ainsi en zone d’expansion. Il a même atteint 58,9 en octobre, dépassant toutes les attentes du consensus. Il faudra encore attendre une semaine pour connaître les chiffres de production industrielle du mois de septembre, et donc savoir si l’amélioration des PMI se traduit bien concrètement par une hausse de l’activité. Après -8% en glissement annuel en août (contre -57,3% en avril), un chiffre positif est anticipé. La consommation d’électricité, un proxy généralement utilisé pour évaluer le taux d’utilisation des usines, a également accéléré. Les chiffres d’exportation de septembre, déjà disponibles, montrent par ailleurs une nette accélération (+9,2% en glissement annuel, contre ‑8,2% en août).

Du côté de la demande aussi les signaux de reprise sont plus mixtes. D’un côté, les ventes d’automobiles et de motos – un enjeu d’envergure dans ce pays de 1,3 milliard d’habitants où une majorité de la population n’est pas encore équipée (22 véhicules pour 1 000 habitants, contre 190 en Chine) – accélèrent depuis juillet. Leur total cumulé sur l’année demeure 20% inférieur à celui de l’an dernier, mais l’écart se resserre.

De l’autre, le montant des importations (certes tiré vers le bas par le prix du pétrole, qui représente 25% des importations indiennes) reste en contraction. En conséquence, le solde commercial, structurellement déficitaire dans le pays, continue de se réduire et le solde courant pourrait même se rééquilibrer en 2020. Cette performance ne doit cependant pas occulter la faiblesse de la demande intérieure et de la consommation privée, qui reste le premier moteur de la croissance du pays.

Enfin, l’inflation continue d’accélérer en septembre (+7,3% en glissement annuel, contre +6,7% en août) portée notamment par les prix des biens alimentaires (+8,2%), ce qui n’est jamais bon signe pour la consommation des ménages, d’autant que la situation du marché du travail demeure floue, là encore en raison du manque de statistiques.

Article publié le 6 novembre 2020 dans notre hebdomadaire Monde – L'actualité de la semaine

Inde – Comme une petite lueur dans le noir

Comme dans d’autres pays émergents, Chine en premier lieu, la reprise de l’économie se lit d’abord du côté de l’offre et de la production. Reste à savoir quel pourra être l’effet d’entraînement de ce secteur sur le reste de l’économie, et s’il sera suffisant pour relancer la machine indienne, qui a tant souffert de la crise sanitaire.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)