UE – Apprendre à vivre avec : ce que cela signifie pour le scénario de croissance

UE – Apprendre à vivre avec : ce que cela signifie pour le scénario de croissance

En résumé

Lorsque nous avons arrêté le chiffrage de notre dernier scénario de croissance mi-septembre nous faisions le constat indiscutable d’un fort rebond de l’activité durant les mois estivaux. Ce rebond vient d’être confirmé aujourd’hui avec une première estimation officielle de la croissance de l’activité dans la zone euro atteignant +12,7%% au troisième trimestre (après -11,8% au deuxième). Cette croissance a été plus vigoureuse qu’anticipé dans la plupart des grandes économies de la zone (+18,2% en France, +8,2% en Allemagne, +16,1% en Italie et +16,7% en Espagne) et ramène le PIB de la zone euro à -4,3% par rapport à son niveau du T3 2019. Cet écart est similaire pour toutes les grandes économies de la zone, sauf pour l’Espagne où il est plus marqué (-8,7%). L’acquis de croissance pour l’année 2020, soit la croissance annuelle avec un PIB stable au quatrième trimestre, est de -6,6% pour la zone euro (-5,5% pour l’Allemagne, -8,2% pour la France et l’Italie, -10,8% pour l’Espagne).

Bien que les signes d’une nouvelle diffusion de la pandémie fussent déjà visibles à l’époque du chiffrage de notre scénario en septembre, nous faisions l’hypothèse, alors plausible et consensuelle, d’une diffusion contenue du virus, contrôlée par des comportements de distanciation sociale, par l’identification rapide des cas positifs grâce à l’élargissement de la capacité de test et par d’éventuels confinements localisés.

Entre temps, la seconde vague s’est annoncée plus virulente. Malgré la recrudescence des contaminations, la plupart des pays européens ont d’abord choisi de ne pas rétablir complètement les mesures strictes du début de l'année. En dépit du nombre élevé de nouveaux cas quotidiens, les taux d'hospitalisation et de mortalité étaient restés inférieurs à ceux de la première vague. C’est donc seulement des mesures d'endiguement ciblées qui ont été prises dans la plupart des pays, et la mobilité des personnes et la circulation des marchandises n'a pas sensiblement reculé depuis l’été.

Mais ce répit n’a été que temporaire et la diffusion de plus en plus rapide de la maladie illustre combien il est difficile de maîtriser la pandémie avec la décentralisation des décisions de distanciation sociale et avec les politiques de test, qui deviennent moins efficaces au fur et à mesure de l’accélération de la diffusion du virus. Toutefois, l'expérience du confinement du printemps met en évidence certaines dimensions nouvelles du compromis entre sécurité sanitaire et croissance économique. On a appris notamment que les pertes d'activité économique sont globalement "linéaires" et les infections "exponentielles" par rapport au temps, et qu’il pourrait y avoir une prime aux actions précoces en réponse aux nouvelles poussées.

En outre, l'expérience des différents pays suggère que les mesures de confinement peuvent être ciblées et affinées de manière à modifier la trajectoire des contaminations, tout en minimisant les perturbations de l'activité économique.

C’est ainsi que les décisions prises en France et en Allemagne visent un confinement partiel, mais homogène sur le territoire national, qui devrait épargner l’industrie et la construction en France et qui permet l’ouverture des magasins en Allemagne, tout en fermant les bars, restaurants, salles de sport, piscines et cinémas. En Espagne après avoir réintroduit "l’état d’alerte" et établi un couvre-feu le gouvernement prône une approche moins interventionniste du gouvernement central, remettant les décisions de confinement aux dirigeants régionaux, afin de partager la responsabilité politique et couper l’herbe sous le pied aux critiques. En Italie, en retard dans la diffusion de la pandémie, le couvre-feu est très contraignant pour la restauration et les théâtres, les cinémas, les salles de sports et les stations de ski ont été fermés, mais des mesures plus restrictives sont inévitables.

Dans tous ces pays, les mesures s’étendent jusqu’à la fin novembre avec un réexamen au milieu du mois, mais la probabilité qu’elles soient reconduites est élevée s’il faut, comme l’a affirmé A. Merkel, "réduire les contagions de 75%". Contenir la pandémie et prévenir un confinement plus strict et un ralentissement plus important est en effet l’objectif.

Le ralentissement est néanmoins inévitable. Déjà en amont de ces nouvelles mesures, les premières données d'enquête pour le quatrième trimestre montrent des perspectives qui s’assombrissent. Notre indicateur avancé, qui prend en compte les enquêtes d’octobre, anticipe une croissance de seulement 0,2% au quatrième trimestre en zone euro, bien en deçà de notre prévision de 1,2% de septembre. Dans les prochains jours, nous allons réviser nos prévisions de croissance du PIB de la zone euro pour le quatrième trimestre vraisemblablement en dessous de zéro. Un meilleur acquis de croissance laissé par un troisième trimestre plus dynamique qu’attendu permettra néanmoins de ne pas trop s’éloigner de notre prévision de septembre pour 2020 (-7,5%), y compris avec une baisse substantielle du PIB au quatrième trimestre. En effet, du fait de mesures de confinement plus circonscrites, nous anticipons un repli de l’activité moins sévère que celui observé au cours du premier semestre. Mais en cas de renforcement ou d’extension des mesures de confinement, les risques qui pèsent sur nos perspectives pour le quatrième trimestre sont clairement baissiers. L’impact plus important se manifestera néanmoins sur la croissance de 2021. Si de meilleurs traitements, des tests améliorés et la disponibilité d’un vaccin pourraient favoriser une certaine normalisation de l'activité économique, il est peu probable qu'ils n'éradiquent rapidement le virus et qu’ils diminuent la nécessité d'une distanciation sociale et des restrictions à la mobilité tout au long de 2021.

Les dirigeants européens se sont engagés jeudi soir à renforcer leur coopération sur tous les aspects de la lutte contre le coronavirus – en maintenant les frontières ouvertes, en améliorant les tests et la recherche des cas contacts, en surveillant les capacités de soins intensifs et en élaborant des plans pour la fabrication et la distribution rapides de vaccins. L’ouverture des frontières, permettant la circulation des marchandises, est d’autant plus nécessaire que la production n’est pas arrêtée et permet d’éviter le blocage des chaînes de valeur dont on a fait l’expérience au printemps dernier. L’assombrissement des perspectives devrait mettre la pression sur le Parlement européen pour donner son feu vert au vaste plan de relance budgétaire NGEU. En attendant, il est évident qu’une nouvelle dose de soutien budgétaire national sera mise en œuvre. La France et l’Allemagne en ont déjà annoncé les montants (respectivement de 20 Mds € et 10 Mds €).

Quant à la Banque centrale européenne, son absence d’action annoncée ce jeudi par le Conseil des gouverneurs fait davantage pression pour un accord pour rendre le NGEU rapidement opérationnel. Elle a néanmoins annoncé qu’elle ne faisait qu’attendre de pouvoir calibrer son intervention, en fonction des nouvelles prévisions macro-économiques qui seront produites en décembre. Ce délai est nécessaire pour appréhender correctement l’impact des mesures de confinement sur la croissance et l’ampleur du risque qui pèse sur l’évolution de l’activité. Le calibrage ne devrait pas concerner le taux de dépôt, mais plutôt les conditions appliquées au TLTRO-III. Si aujourd’hui les conditions monétaires et financières dans la zone euro, restent accommodantes, les enquêtes auprès des banques signalent un durcissement des conditions de crédit sur les prêts aux sociétés non financières au troisième trimestre. Cette tension est liée à la perception de la remontée des risques par les banques, mais est associée à une moindre demande de la part des entreprises reflétant une diminution des besoins de liquidités d'urgence et à un affaiblissement de leurs investissements. Quant aux programmes PEPP et APP, ils pourraient faire l’objet d’une extension et/ou d’une flexibilité accrue, notamment pour prendre en compte des émissions souveraines nationales à courte maturité qui seront nombreuses, pour anticiper les fonds européens qui seront disponibles plus massivement en 2022.

Article publié le 30 octobre 2020 dans notre hebdomadaire Monde – L'actualité de la semaine

UE – Apprendre à vivre avec : ce que cela signifie pour le scénario de croissance

Le ralentissement est néanmoins inévitable. Déjà en amont de ces nouvelles mesures, les premières données d'enquête pour le quatrième trimestre montrent des perspectives qui s'assombrissent. Dans les prochains jours, nous allons réviser nos prévisions du PIB de la zone euro pour le quatrième trimestre vraisemblablement en dessous de zéro. Un meilleur acquis de croissance laissé par un troisième trimestre plus dynamique qu'attendu permettra néanmoins de ne pas trop s'éloigner de notre prévision de septembre pour l'année 2020 (-7,5%), y compris avec une baisse conséquente du PIB au quatrième trimestre.

Paola MONPERRUS-VERONI, Economiste