Royaume-Uni – L'ONS confirme la baisse du PIB de près de 20% au deuxième trimestre

Royaume-Uni – L'ONS confirme la baisse du PIB de près de 20% au deuxième trimestre

En résumé

Le PIB s'est contracté de 19,8% en variation trimestrielle au deuxième trimestre, un peu moins que la première estimation de l'Office des statistiques nationales britanniques (-20,4%). Il s'agit de la pire performance de l'économie depuis le début de la série en 1955. Le premier trimestre affiche en revanche une baisse un peu plus prononcée de 2,5% contre -2,2% estimé précédemment. Ces ajustements sont mineurs au regard de la baisse cumulée de l'activité au cours de la première moitié de l'année qui, à -21,8% reste très proche de celle estimée lors de la première estimation (-22,1%). En variation sur un an au deuxième trimestre, le PIB affiche une baisse de 21,5%. En niveau, il se situe à son plus bas depuis le premier trimestre 2003.

La fermeture des commerces non essentiels fin mars et, de manière générale, la mise en place de mesures de distanciation sociale par le gouvernement afin de restreindre l'épidémie ont provoqué des chutes record dans les secteurs des services, de l'industrie et de la construction. Les services baissent de 19,3% au deuxième trimestre après -2,5% au premier trimestre. Si la crise a été généralisée à travers les activités, le secteur de la distribution, de la restauration et de l'hôtellerie, particulièrement touché par la crise en raison des mesures gouvernementales, affiche une baisse de 33,1% au deuxième trimestre après 4,7% au premier trimestre.

L'industrie manufacturière, qui était déjà souffrante tout au long de l'année dernière en raison de la guerre commerciale sino-américaine, des difficultés dans l'industrie automobile, des incertitudes liées au Brexit et de l'essoufflement du cycle industriel mondial, s'est contractée de 20,2% au deuxième trimestre dû à la fermeture de nombreuses usines, aggravant ainsi une récession longue de cinq trimestres. Le secteur affiche ainsi un repli vertigineux de 75,7% depuis le premier trimestre 2019. L'industrie dans son ensemble se contracte de 16,3% au deuxième trimestre, après quatre trimestres de baisses consécutives et un recul de 20% sur l'ensemble de la période. Si la baisse au deuxième trimestre concerne les quatre sous-secteurs (extraction minière et pétrolière, électricité, gaz et eau), elle est principalement tirée par le repli dans le secteur manufacturier.

Enfin, le confinement de la population a freiné l'activité dans la construction où l'ampleur du repli (-36% sur le trimestre) est parmi les plus significatives, talonnant de peu celui de la distribution, l'hôtellerie et la restauration.

L'analyse du PIB par dépenses confirme une contraction record quasi généralisée tirée principalement par la demande intérieure. La consommation des ménages baisse de 23,6% sur le trimestre, une performance négative pour le troisième trimestre consécutif, qui s'accompagne par une hausse du taux d'épargne à 29,1% après 9,6% au premier trimestre. Corroborant les analyses de l'output par secteur, la baisse de la consommation des ménages reflète surtout les chutes de dépenses dans les restaurants et les hôtels, le transport, les loisirs et la culture. La consommation publique chute de 14,6%, en raison d'une baisse de l'activité dans le secteur de la santé et de l'éducation, tandis que l'investissement public est le seul à avoir progressé sur le trimestre de 19,3%. L'investissement productif accuse une baisse (-26,5%) pour le troisième trimestre d'affilée. L'investissement immobilier se contracte quant à lui de 41,6% sur le trimestre. Les détails du PIB révèlent par ailleurs un important mouvement de déstockage contribuant pour -0,7 point de pourcentage à la croissance après -0,5 au premier trimestre. La demande intérieure totale se replie de 23,3% sur le trimestre et s'enfonce dans sa récession, entamée au deuxième trimestre 2019 sur fond de baisse de l'investissement. Les importations se contractent en ligne avec la demande intérieure, de 22,7% sur le trimestre (après -9,2% au premier trimestre), et de manière plus forte que les exportations en chute de 11% sur le trimestre (après -10,7% au premier trimestre). En conséquence, le solde commercial contribue positivement, de 3,6 points de pourcentage, à la croissance sur le trimestre.
     
La baisse du PIB britannique sur la première moitié de l'année est exceptionnelle du fait qu'il s'agit d'une contraction record dans un laps de temps extrêmement court puisqu'en réalité la baisse de l'activité a été concentrée en mars et en avril. Mais il ne faut pas perdre de vue que cette récession s'inscrit dans le prolongement d'un ralentissement de l'économie britannique qui pré-datait la pandémie, comme le révèle le profil de croissance de la demande intérieure avec ses cinq trimestres de baisses consécutives. Le ralentissement de la croissance des ménages est particulièrement frappant puisque d'une variation trimestrielle moyenne de 0,9% en 2016, elle est passée à 0% en moyenne courant 2019. Les vives incertitudes liées au Brexit semblent expliquer en grande partie ce ralentissement, alors que le marché du travail était resté jusqu'à la crise actuelle proche du plein emploi.

La reprise post-confinement entamée au mois de mai semble relativement vigoureuse au vu de certains indicateurs de dépenses de consommation, notamment les ventes au détail qui remontent de 33,5% entre fin avril et fin août, ainsi que les enquêtes PMI de confiance auprès des directeurs d'achats. Cependant, d'autres indicateurs sont beaucoup moins optimistes. Il s'agit notamment de la confiance du consommateur qui est cruciale pour la pérennité de la reprise. Le rétablissement de celle-ci est extrêmement lente. L'indice GfK s'est établi à -25 en juin en hausse depuis-36 en avril, mais reste très en-dessous de sa moyenne des 12 mois précédant la crise (-11,8 à fin février). Or, les perspectives ne suggèrent guère une amélioration à court terme : recrudescence de l'épidémie, resserrement des restrictions sociales, perspectives de licenciements massifs dans certains secteurs. Les ménages devraient donc rester prudents. Le taux d'épargne devrait rester anormalement élevé sur fond de comportement de précaution.

Au mois de juillet, les dernières données dures de l'activité signalent un acquis de croissance pour le troisième trimestre à 13,4%. Le PIB progressait pour le troisième mois consécutif mais son rythme de hausse ralentissait par rapport au mois de juin. Nous prévoyons un rebond du PIB de 17% au troisième trimestre, suivi par un essoufflement marqué de la croissance au quatrième trimestre à 2,7% en raison de la hausse prévue du taux de chômage, de resserrement des restrictions gouvernementales anti-Covid et de l'incertitude persistante sur le Brexit.

Article publié le 2 octobre 2020 dans notre hebdomadaire Monde – L'actualité de la semaine

Royaume-Uni – L'ONS confirme la baisse du PIB de près de 20% au deuxième trimestre

La baisse du PIB britannique sur la première moitié de l'année est exceptionnelle du fait qu'il s'agit d'une contraction record dans un laps de temps extrêmement court puisqu'en réalité la baisse de l'activité a été concentrée en mars et en avril. Mais il ne faut pas perdre de vue que cette récession s'inscrit dans le prolongement d'un ralentissement de l'économie britannique qui pré-datait la pandémie, comme le révèle le profil de croissance de la demande intérieure avec ses cinq trimestres de baisses consécutives.

Slavena NAZAROVA, Economiste - Royaume-Uni, Pays scandinaves et Irlande