Chine – Nouvelle progression des indicateurs d'activité en mai

Chine – Nouvelle progression des indicateurs d'activité en mai

En résumé

La situation est "extrêmement grave". C’est par ces mots que le Parti communiste chinois a parlé de la résurgence des cas de Covid-19 dans plusieurs quartiers de Pékin, en grande partie liés à un marché alimentaire de la ville. Dans la foulée, les écoles ont été de nouveau fermées, les habitants invités à limiter leurs déplacements, notamment en dehors de la ville, et le trafic aérien suspendu. Les autorités se laissent quatre jours pour endiguer le nombre de contaminations, mais cet exemple montre que la question sanitaire peut encore venir perturber le scénario de reprise économique chinois.

Le décalage offre/demande se réduit grâce au plan de relance

Cette reprise, comment se dessine-t-elle ? Nous avions alerté sur le risque d’un décalage entre offre et demande, visible dans les statistiques très hétérogènes de l’activité des mois de mars et d’avril.

En mai, l’écart s’est un peu resserré : la production industrielle est restée en territoire positif (+4,2% en glissement annuel), portée notamment par la production manufacturière (automobiles, composants électroniques. Les ventes au détail demeurent dans le rouge (-2,8% en glissement annuel), en raison des mauvaises performances des restaurants (-15,3%). Les ventes de voitures et de petit électroménager, indicateurs avancés de la consommation privée redémarrent cependant, signe que les mesures ciblées (allègement de la réglementation sur le nombre de plaques automobiles, bons de consommation distribués dans certaines villes et provinces) commencent à porter leurs fruits.

Les inquiétudes demeurent, en revanche, du côté de l’investissement (-8,4% en glissement annuel). Sans le soutien massif du secteur public, dans les infrastructures en particulier, les chiffres seraient sans doute encore plus négatifs. Cette tendance devrait se poursuivre, puisque la semaine a aussi été marquée par les premières émissions "d’obligations locales spéciales" (les special government bonds), qui visent en priorité à soutenir l’investissement dans les collectivités locales. Deux obligations de maturités cinq et sept ans ont ainsi été émises, pour un total de 100 milliards de renminbi. Il ne s’agit là que d’un début, puisque le gouvernement prévoit d’émettre 1 000 milliards de renminbi sous cette forme d’ici la fin de l’année.

La qualité de la croissance future pose question

Sur le papier, la reprise se confirme donc et c’est positif non seulement pour la Chine, mais pour le scénario de nombreux autres pays que le cycle chinois peut tirer. Positif aussi pour de nombreuses matières premières et les pays qui en sont fournisseurs.

Les chiffres côté demande sont encore timides, mais évoluent dans le bon sens. Toutefois, ils ne disent rien de la qualité de la croissance chinoise qui se profile pour 2020 et notamment de la réalité du marché du travail. Dans ce domaine, les chiffres manquent, mais l’on estime que début mai, entre 30 et 40 millions de Chinois n’avaient toujours pas repris le chemin du travail. Pour l’instant, cette hausse ne transparaît pas dans les statistiques, car elle concerne essentiellement des travailleurs migrants de retour dans leur campagne. Elle est cependant très importante à moyen terme. Si la solidarité peut jouer à plein dans un premier temps, elle n’est pas suffisante pour compenser les défaillances du système d’allocations chômage, qui ne couvre que la moitié des travailleurs urbains et à peine un cinquième des ruraux. Le montant des indemnités n’est de surcroît pas indexé sur l’inflation et a à peine augmenté depuis sa mise en place dans les années 1990.

Pour les autorités chinoises, une croissance sans emploi serait un précédent difficile à gérer, car la prospérité et « l’harmonie sociale » figurent au cœur du contrat social chinois et des objectifs du Parti.

Article publié le 19 juin 2020 dans notre hebdomadaire Monde – L'actualité de la semaine

Chine – Nouvelle progression des indicateurs d'activité en mai

Sur le papier, la reprise se confirme donc et c'est positif non seulement pour la Chine, mais pour le scénario de nombreux autres pays que le cycle chinois peut tirer. Positif aussi pour de nombreuses matières premières et les pays qui en sont fournisseurs.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)