Italie : une rentrée politique mouvementée ?

Italie : une rentrée politique mouvementée ?

En résumé

L'agenda politique de la rentrée s'annonce serré et pourrait apporter son lot de surprises. D'ici le 20 octobre, le gouvernement est appelé à finaliser le décret relatif à la prolongation des mesures de soutien annoncées en août, à s'atteler à la mise à jour du document de cadrage des finances publiques, à s'accorder sur les grandes lignes du plan de relance, en tenant compte également de l'avis du Parlement, des autorités locales et des associations professionnelles, et à mettre sur papier la prochaine loi budgétaire.  

Parallèlement à ce marathon législatif, deux échéances électorales se profilent : le vote du référendum sur le nombre de parlementaires et les élections régionales et municipales qui pourraient redessiner une nouvelle carte politique du pays. Le Val d'Aoste, la Campanie, la Ligurie, les Marches, les Pouilles, la Toscane et la Vénétie seront amenés à se choisir un nouveau président de région et certaines d'entre elles pourraient basculer de l'autre côté de l'échiquier politique. Après l'Emilie Romagne, le centre gauche est challengé sur un de ses fiefs historiques : la Toscane où la candidate de centre-droit, Susanna Ceccardi, est au coude à coude avec Eugenio Giani. L'issue des régionales en Toscane sera probablement très commentée mais si le centre-droit venait à remporter les élections, la perte de la région revêtirait une dimension plus symbolique qu'un réel séisme politique. L'issue des régionales n'en est pas moins cruciale. Le centre-gauche, qui était déjà à la tête de 4 régions sur les 6 organisant des élections, se verrait fortement affaibli s'il les cédait toutes à la droite. Dans un contexte de coalition fragile, un tel scénario, même s'il reste peu probable, pourrait pénaliser le gouvernement. Dans les coulisses de l'élection en Vénétie, la victoire annoncée de Luca Zaia, gouverneur sortant de la Ligue, qui se présente avec sa propre liste pourrait se révéler bien plus structurante que ce qu'il n'y paraît. Crédité de 75% des voix, soit 11 points de plus que la liste présentée par la Ligue, il pourrait faire de l'ombre au président du Carroccio. Fabulation des médias d'un duel annoncé entre Salvini et Zaia, la défection de près de 30% des adhérents de l'ancien parti lors de la création de la nouvelle ligue rebaptisée « Ligue pour Salvini Premier » semble indiquer que la redéfinition du parti amorcée par Mattéo Salvini ne semble pas si acquise et que le Nord n'a pas dit son dernier mot. La droite n'a pas fini de nous surprendre.

En ce qui concerne le référendum, les Italiens devront décider de la réduction du nombre de leurs parlementaires. Ce qui devait être une simple formalité, s'invite avec force dans le débat de la rentrée. Le camp du non essaie de se mobiliser mais reste très hétérogène allant de membres de la Ligue, au PD en passant par le mouvement des « sardines ». L'enjeu reste donc plus interne aux familles politiques qu'entre les familles politiques. Pour le PD, la question est complexe. Après s'y être longuement opposé, le parti s'était en effet résolu à appuyer la réduction du nombre de parlementaires condition sine qua non pour obtenir un accord avec le M5S. Le débat n'est pas tranché et certains membres de la gauche continuent d'avoir des interrogations sur les conséquences de cette réforme, en termes de représentativité d'une part, mais surtout de par ses conséquences sur une possible réformes électorales. Le parti devrait clarifier sa position le 7 septembre. Pour ce qui est de la Ligue, le Carroccio a voté à quatre reprises en faveur de la réforme, elle-même née d'un projet de loi de Calderoli. Mais deux fidèles disciples de Matteo Salvini, Claudio Borghi et Alberto Bagnai, ont explicitement annoncé qu'ils choisissaient le non. Ils pourraient être imités dans le secret des urnes par des membres du parlement et d'autres cadres du Parti. Pour Forza Italia de Silvio Berlusconi et Italia Viva de Matteo Renzi, tous deux ont annoncé pour le moment qu'ils ne donneraient pas d'instructions de vote.

Le débat devrait alimenter le bruit politique en septembre mais les jeux semblent être faits. Une victoire du non, bien que cette hypothèse ne soit que peu probable, se révèlerait être un véritable camouflet pour le MS5 qui en a fait son cheval de bataille. Elle finirait par asséner le coup de grâce à un parti qui fond comme peau de chagrin dans les sondages.

Dans ce contexte, la survie du gouvernement est-elle en jeu ? Par le jeu de forces contraires, Conte II se retrouve dans une position d'équilibre stable. Même affaiblie, la coalition n'a pas intérêt à remettre en cause l'accord de gouvernement. Pour le M5S, sa position dans les sondages ne lui confère pas le luxe de se confronter aux urnes. Avec l'adoption du plan de réforme qui se profile fin septembre et le déblocage des fonds européens, le Parti démocrate ne se risquerait pas quant à lui à mettre un terme à ce gouvernement, d'autant qu'en matière de politique publique ce dernier possède la technicité et l'expérience pour prendre l'ascendant sur son partenaire. Pour finir, l'agenda constitutionnel annule toutes probabilités d‘élections anticipées. En effet, tant que la réforme de réduction des parlementaires n'est pas finalisée, il est difficile pour le président Mattarella de convoquer des élections, d'autant que la loi électorale devrait être amendée. En outre, l'élection présidentielle de 2022 gèle constitutionnellement pendant les six mois qui la précède toutes élections. La législature actuelle pourrait donc survivre jusqu'au printemps 2022.

                        

Article publié le 4 septembre 2020 dans notre hebdomadaire Monde – L'actualité de la semaine

Italie : une rentrée politique mouvementée ?

En ce qui concerne le référendum, les Italiens devront décider de la réduction du nombre de leurs parlementaires. Ce qui devait être une simple formalité s'invite avec force dans le débat de la rentrée. Le camp du non essaie de se mobiliser mais reste très hétérogène allant de membres de la Ligue, au PD en passant par le mouvement des « sardines ». L'enjeu reste donc plus interne aux familles politiques qu'entre les familles politiques.

Sofia TOZY, Economiste