Afrique sub-saharienne : le défi du financement de la reprise en attendant l'après-crise

Afrique sub-saharienne : le défi du financement de la reprise en attendant l'après-crise

En résumé

Le FMI a récemment publié ses nouveaux chiffres sur la croissance mondiale en 2021, rehaussant légèrement ses prévisions de reprise pour l’Afrique sub-saharienne. La réouverture des économies fin 2020 aura permis d’amoindrir le choc et donc d’espérer un dynamisme plus important en 2021. Pourtant, si plusieurs économies ont fait preuve de dynamisme à la réouverture (Nigéria, Afrique du Sud), il est difficile de vanter la reprise qui s’annonce et qui sera d’ailleurs plus molle en Afrique qu’ailleurs.

Gérer crise et reprise simultanément

Pour commencer, à court terme les États doivent se préoccuper d’affronter de probables deuxième ou troisième vagues avec des capacités fiscales de soutien aux économies déjà épuisées. L’année 2020 a ajouté 6 points de pourcentage aux dettes publiques de la région (% PIB) et un 17e pays a rejoint la liste des souverains sub-sahariens en détresse sur leur dette ou avec un risque élevé de l’être. Les revenus des gouvernements se sont également contractés bien au-delà des contractions de leur PIB et peineront à se redresser en 2021. Le FMI souligne donc que les mesures de confinement de la première vague ne seront pas viables en 2021 dans ces pays, mais que les alternatives représenteront malgré tout des coûts supplémentaires pour les États. Ces dépenses s’ajoutent à celles liées à la vaccination, avec là aussi des contraintes fiscales qui pèsent sur l’efficacité de la réponse : la région vaccine encore peu et, selon le FMI, la campagne pourrait ne pas fournir de véritable couverture épidémique avant fin 2023. Cette lenteur signifie qu’à moyen terme, des États contraints fiscalement devront orchestrer simultanément la reprise de leur économie et la lutte contre de nouvelles vagues épidémiques.

Le risque d’un " Covid long " pour les finances externes

L’écart qui commence à se creuser, entre une incertitude sanitaire qui pourrait durer jusqu’en 2023 en Afrique et les anticipations d’inflation dans les pays développés sur fond de reprise économique, constitue un frein au retour pérenne des investissements de portefeuilles et des IDE. En dehors des secteurs extractifs, il sera difficile de stabiliser ces flux pourtant cruciaux pour le financement de la reprise. Plus qu’ailleurs, celle-ci dépend de la capacité des États à attirer des capitaux privés pour financer les importants besoins d’infrastructures. Le FMI estime ainsi que la zone fera face à un besoin de financement extérieur additionnel de 425 milliards de dollars d’ici 2025 pour récupérer des conséquences économiques de la crise. Une telle divergence contraint donc également les politiques monétaires de la région, alors même que des problématiques d’inflation imposent déjà des arbitrages difficiles.

Une faible marge de manœuvre monétaire sur fond d’inflation

En effet, le financement des économies par l’assouplissement des conditions monétaires atteint des limites en raison des nombreux facteurs d’inflation qui frappent la zone. Certains de ces facteurs sont directement liés à la crise comme la faiblesse de nombreuses monnaies de la zone ou encore les problèmes logistiques entraînés par les fermetures de frontières. D’autres facteurs d’inflation sont liés à la reprise qui a surtout lieu ailleurs et qui supporte la hausse des prix des denrées alimentaires et des matières premières, y compris énergétiques. Ces tendances haussières viennent se mêler à des déterminants locaux multiples. D’anciens problèmes de tarification de l’énergie dans la zone sont, par exemple, sources d’inflation énergétique. Cela passe principalement par la baisse de subventions sur l’essence et la hausse des prix de l’eau et de l’électricité. Ces mesures sont prises pour préserver les réserves en devises (Nigéria), les bilans des entreprises publiques durement touchées (Afrique du Sud) ou encore sur demande des prêteurs multilatéraux (Nigéria, Soudan). Les catastrophes climatiques (Soudan, Soudan du Sud, Nigéria, Bénin…) et les conflits armés (Tigré, Nigéria, Cameroun…) sont également de puissants vecteurs d’inflation, principalement sur la nourriture, allant parfois jusqu’à l’insécurité alimentaire. Dernier exemple, dans un contexte de baisse du commerce international, les structures oligopolistiques de certains marchés ont parfois provoqué de vives tensions inflationnistes freinant la reprise (ex : secteur du ciment au Nigéria).

Avec moins à leur disposition, les gouvernements africains devront faire plus et surtout gérer en même temps crise et reprise. Les contraintes fiscales fournissent la première explication de cette divergence avec le reste du monde. Or, plus la divergence de temporalité dans la reprise grandit, plus la zone fera face à des difficultés pour satisfaire ce besoin de financement additionnel, peu importe la réalité de la situation sanitaire et vaccinale.

La reprise des pays développés et de la Chine est certes positive au travers de la demande pour les matières premières africaines, mais elle pourrait entraîner d’importantes frictions pour certaines économies. Le FMI met donc en garde contre les risques qu’une reprise inégale à l’échelle mondiale ferait peser sur la pérennisation du retour des capitaux privés dans la zone. L’institution pointe un risque de cercle vicieux entre accroissement de la contrainte fiscale, étouffant la croissance, et difficulté de financement pour les souverains.

 

Article publié le 23 avril 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Afrique sub-saharienne : le défi du financement de la reprise en attendant l'après-crise

Avec moins à leur disposition, les gouvernements africains devront faire plus et surtout gérer en même temps crise et reprise. Les contraintes fiscales fournissent la première explication de cette divergence avec le reste du monde. Or, plus la divergence de temporalité dans la reprise grandit, plus la zone fera face à des difficultés pour satisfaire ce besoin de financement additionnel, peu importe la réalité de la situation sanitaire et vaccinale.

Nathan QUENTRIC, Economiste