Chili – Rapide survol pré-électoral

Chili – Rapide survol pré-électoral

En résumé

La première étape historique du calendrier politique (dense avec la désignation des maires, conseillers municipaux et gouverneurs, puis les élections générales prévues le 21 novembre) a lieu les 15 et 16 mai. Il s’agit d’élire les 115 membres de l’Assemblée constituante chargée de rédiger la future Constitution. Cette élection fait suite au référendum d’octobre 2020, à l’issue duquel les Chiliens se sont prononcés à 79% pour réviser la Constitution héritée de la dictature d'Augusto Pinochet. Ce projet de "réécriture" est lui-même consécutif aux revendications sociales et politiques de fin 2019.

Face à la pandémie, le Chili s’est révélé audacieux et résistant : il avait des marges de manœuvre et les a utilisées. La Banque centrale (BCCh) a entrepris un assouplissement monétaire substantiel (taux directeur abaissé à 0,5%, large éventail de mesures non conventionnelles, telles que facilités de financement, programme d’achat d’actifs, élargissement des garanties). Les ressources budgétaires ont été mobilisées (à hauteur d’environ 9% du PIB) autour de deux axes : protection des emplois et des revenus (notamment des plus démunis) et promotion de projets d’investissement privés (programme de relance 2020-2021 "Paso a Paso, Chile Se Recupera"). Le gouvernement a également autorisé les cotisants au système de pension privé à effectuer deux retraits sur leur compte épargne-retraite (juin puis décembre). Après une chute du PIB massive au deuxième trimestre (-14% sur un an), la reprise s’est amorcée fin juin pour connaître cinq mois d’amélioration. À la fin du troisième trimestre, la moitié de la baisse de l’activité et un tiers des emplois perdus au cours des mois de mars à mai avaient été récupérés. Grâce (en partie) à une contribution externe positive (2 points de pourcentage), la récession a été « limitée » à 6% et le taux de chômage est passé de 7% à 10,3% en 2020. Les transferts auraient permis de faire reculer le taux de pauvreté de 15% à 11%[1].

Malgré la détérioration du solde budgétaire (à -7,3%, contre -2,9% en 2019), l’endettement public reste modéré (environ 32% du PIB). Selon la BCCh[2], en 2020, si les transactions courantes font apparaître un excédent (qui reflète intégralement l’amélioration du solde commercial et permet d’absorber largement la rémunération nette des actifs étrangers), le compte financier se solde par des sorties nettes de capitaux (1 milliard de dollars). Fait inédit, les investissements directs ont enregistré des sorties nettes (3,2 Mds USD) résultant d’investissements des résidents à l’étranger (11,7 Mds USD) excédant largement les flux entrants (8,5 Mds USD : apports en capital et réinvestissement des bénéfices, principalement dans le secteur des entreprises). Également inédit en période de crise, les investissements de portefeuille ont enregistré des entrées nettes (12,3 Mds USD) : les résidents (gouvernement et fonds de pension) ont réduit leurs actifs (5,4 Mds USD) et augmenté leurs passifs (6,9 Mds USD ; émissions obligataires des entreprises et du gouvernement). Les réserves de change ont diminué de 2,9 Mds USD (retrait de dépôts en devises détenus par les banques commerciales auprès de la BCCh) pour atteindre 39,2 Mds USD.

La situation épidémiologique se dégrade au Chili, obligeant à de nouvelles mesures de quarantaine. La reprise reste conditionnée par deux facteurs essentiels : d’une part, le contrôle de l’épidémie et l’ampleur de la campagne de vaccination et, d’autre part, l’activisme principalement fiscal. Si le premier semestre manque de vigueur, le second pourrait être marqué par une nette embellie. En décembre 2020, le Chili a en effet lancé une campagne vaccinale ambitieuse (près de 41% de la population a reçu une première dose de vaccin) et vise l’immunité collective en juin (80% de la population vaccinée). Par ailleurs, couplées à une politique monétaire qui restera expansionniste, les mesures fiscales continueront de soutenir l‘activité (6 Mds USD soit environ 2,4% du PIB) : prolongation des transferts monétaires destinés aux ménages jusqu'en juin et des prestations liées à la protection de l'emploi jusqu'en décembre 2021, création du programme Fogape-reactiva qui étend les prêts garantis par l'État aux PME. Enfin, un troisième projet de loi sur le retrait des fonds de pension est en discussion au Parlement. Portés par la hausse des prix des matières premières et la reprise chinoise[3], l’investissement[4] et la demande externe contribueront à soutenir la reprise. Les prévisions ont été revues à la hausse et une croissance proche de 6% n’est pas hors d’atteinte.

Article publié le 23 avril 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

[1] CEPAL, ONU – “Panorama Social de América latina 2020” – mars 2021.

[2] "Balanza de pagos, posición de inversión internacional y deuda externa, Resultados al cierre del 2020".

[3] Entre les premiers trimestres 2020 et 2021, les exportations chiliennes (21,7 Mds USD) ont augmenté de 26%, ce qui représente la plus forte croissance depuis 2011 (Banque Centrale du Chili, avril 2021). Cette augmentation est principalement due à la hausse du cours des métaux et des exportations de cuivre (+45%), qui représentent 51% des exportations totales.

[4] Dont le début du projet de construction d’un pipeline (investissement de 66 Mds USD prévu pour 2020-2029).

Chili – Rapide survol pré-électoral

La situation épidémiologique se dégrade au Chili, obligeant à de nouvelles mesures de quarantaine. La reprise reste conditionnée par deux facteurs essentiels : d'une part, le contrôle de l'épidémie et l'ampleur de la campagne de vaccination et, d'autre part, l'activisme principalement fiscal. Si le premier semestre manque de vigueur, le second pourrait être marqué par une nette embellie. En décembre 2020, le Chili a en effet lancé une campagne vaccinale ambitieuse (près de 41% de la population a reçu une première dose de vaccin) et vise l'immunité collective en juin (80% de la population vaccinée). Par ailleurs, couplées à une politique monétaire qui restera expansionniste, les mesures fiscales continueront de soutenir l‘activité.

Catherine LEBOUGRE, Economiste