Inflation et Pétrole

Une appréciation du cours du pétrole peu liée à la reprise économique

Le prix du pétrole s’est fortement redressé au cours des mois de janvier et février, passant de 50 dollars par baril en décembre dernier à 62 dollars par baril en février pour le Dated Brent, bien au-delà des prévisions de décembre qui fixaient le prix du baril entre 40 et 45 dollars. Malgré un rebond de la consommation de pétrole depuis le premier confinement au printemps 2020, la croissance de cette dernière n’a pas accéléré entre décembre et février. Laissant à penser que la croissance du baril n’est pas liée directement à un rebond de la consommation post-pandémie. À l’image des États-Unis, les trajets entre le domicile et le lieu de travail dans de nombreux pays de l’OCDE restent en effet bien en deçà des niveaux d’avant la pandémie. Les données issues de Goggle montrent par exemple que les trajets en transports en commun demeure entre 30% et 40% de l’activité observée en janvier 2020 aux États-Unis. Alors que la forte reprise mondiale du trafic maritime et des porte-conteneurs, en particulier, a visiblement relancé la consommation de carburants maritimes, le trafic aérien reste très perturbé par les limites et les contraintes de déplacement des passagers. Le nombre de vols commerciaux est toujours très inférieur à ce que le secteur connaît normalement et devrait continuer à limiter fortement la consommation en carburants aéronautiques (kerojet) dans les mois à venir surtout si un passeport sanitaire voit le jour.

La forte hausse du prix du pétrole de ces derniers mois est essentiellement due au très bon respect des quotas par les gros pays producteurs du groupe OPEP+ et à la réduction supplémentaire d’un million de barils par jour appliquée par l’Arabie saoudite au cours des mois de février, mars et étendue à avril.

Depuis le dernier accord d’avril 2020 de l’OPEC+, tous les membres de l’organisation ont respecté scrupuleusement les quotas de réduction. Entre juillet et décembre 2020, l’OPEC et la Russie ont en effet suivi à hauteur de 100% et 95% respectivement les recommandations de limitation. En décembre et face à une reprise économique moins soutenue que prévu, les pays de l’organisation ont décidé d’un rythme de reprise de la production plus faible que prévu. D’autre part, dans un souci de cohésion des membres de l’OPEC+, l’Arabie saoudite a décidé de manière unilatérale de baisser sa production pour les mois de février et mars d’environ 1 million de barils/jour permettant ainsi à la Russie d’augmenter sa production d’environ 65 000 b/jour. Cette décision, renouvelée récemment pour avril, permet de maintenir le marché de l’or noir dans un déficit d’offre relatif en ce début d’année.

La croissance de la demande en pétrole demeure très liée à l’évolution mondiale de la pandémie, et le prix du baril devrait être encore très lié à l’offre durant l’année 2021. 

La consommation de pétrole devrait progressivement se redresser à mesure que les campagnes de vaccination s’étendent et accélèrent mais la demande en pétrole pourrait ne pas dépasser son niveau pré-crise (100 millions de barils par jour du dernier trimestre 2019) avant la fin 2022. Dans plusieurs pays de l’OCDE, il est même possible que la demande de pétrole ait déjà atteint son pic sous les effets du développement du télétravail, d’une perte sèche d’emplois par rapport à l’avant Covid-19 et du développement de la voiture électrique. L’Asie et les pays émergents seront donc les principaux moteurs de la croissance de la demande en produits pétroliers.

La demande en pétrole reste incertaine et tributaire de l’évolution de la pandémie Covid-19. L’équilibre du marché pétrolier dépendra ainsi de la capacité de l’OPEP+ à adapter sa production à l’évolution de la demande. L’Arabie saoudite, chef d’orchestre de ce groupe, devra s’assurer de la cohésion et d’un partage équitable des efforts de réduction. Le maintien de cette unité et, notamment, de l’adhésion de la Russie à la politique de l’OPEP+ a un prix qui sera certainement acquitté par l’Arabie saoudite, contrainte de supporter l’essentiel des efforts de réduction : elle y a déjà consenti pour les mois de février et mars en réduisant sa production d’un million de barils par jour supplémentaire sans contrepartie demandée à la Russie.

Inflation et pétrole

  

Notre scénario de prix du pétrole se fonde sur un équilibrage volontaire via l’offre du marché pétrolier par l’OPEP+ en 2021 et le premier semestre de 2022. L’Arabie saoudite et ses partenaires principaux adapteraient leurs productions afin de maintenir le marché pétrolier légèrement déficitaire, permettant progressivement de réduire les stocks. Cette stratégie devrait permettre aux membres de l’OPEP+ de maintenir les prix du pétrole dans une fourchette raisonnable entre 60 et 70 dollars par baril pour leurs finances publiques, tout en limitant le risque d’emballement de la production américaine de pétrole. Dans un environnement de prix modéré et un contexte de marché incertain, notre scénario suppose que les producteurs américains seront soucieux de privilégier la rentabilité aux volumes. Il envisage donc un prix du pétrole à 62 dollars et 67 dollars par baril en moyenne pour 2021 et 2022 respectivement.

Inflation et Pétrole

Alors que les perspectives de croissance de la demande pétrolière restent incertaines, nous envisageons un prolongement de la politique actuelle du groupe OPEP+, permettant au marché pétrolier de rester légèrement déficitaire sur le reste de 2021 et le premier semestre 2022. Ce scénario devrait maintenir les prix du pétrole entre 60 et 70 dollars par baril.

Stephane FERDRIN, Ingénieur-Conseil