Inflation et métaux

Une hausse générale et soutenue du prix des métaux

Une flambée des prix des métaux qui s’accentue en ce début d’année pour atteindre des niveaux records pour le cuivre et le minerai de fer

Le cuivre a recouvré en juin son niveau d’avant-crise autour de 6 000 $/t et terminé l’année à 7 800 $/t, soit une progression de 68% par rapport à son point bas de mi-mars à 4 630 $/t. Sur les deux premiers mois de 2021, il a poursuivi sa tendance haussière terminant à 9 100 $/t, rejoignant ainsi son niveau record d’avril 2011 à près de 9 900 $/t, post-crise financière de 2008.

L’aluminium, qui avait chuté à 1 460 $/t à fin mars 2019, a terminé l’année à 2 000 $/t soit une hausse de 34% ; celle-ci s’est poursuivie avec un cours atteignant 2 200 $/t à mi-mars 2021.

Le nickel, utilisé pour la production d’acier inoxydable et de batterie pour véhicules électriques, s’est redressé de 54% à 16 800 $/t après son point bas de mars et a poursuivi son trend haussier, culminant avec une progression de 19% à fin février. Le lithium et le cobalt, autres métaux utilisés pour la production des batteries de véhicules électriques, ont également connu de très fortes hausses.

Le prix du minerai de fer est aussi à son plus haut niveau depuis 2011 avec un cours qui a terminé l’année 2020 à près de 160 $/t ‒ soit le double du point bas de mars 2020 ‒ et une progression de +10% sur le début de l’année portant son prix à 173 $/t.

Enfin, l’acier plat dont le prix avait reculé à 375 $/t en juin 2020 en Europe s’établit à la mi-mars à 750 $/t. Le redressement est encore plus spectaculaire pour l’acier aux États-Unis qui est passé de 440 $/t à près de 1 300 $/t à mi-mars, dépassant le niveau record de 2008 à 1 000 $/t.

La forte reprise chinoise et la transition énergétique, principaux moteurs de la hausse des prix, mais des facteurs propres à chacun des marchés des métaux y contribuent aussi

  • La forte reprise de l’économie chinoise, 50% de la demande mondiale de métaux, à partir de mars 2020 ; puis celle des industries occidentales au cours du deuxième semestre (construction, automobiles, biens de consommation) alors que les producteurs avaient réduit leur production pendant les confinements, la demande des secteurs utilisateurs ayant chuté.
  • Ces reprises ont été stimulées par la mise en place courant 2020 d’importants plans de relance en Chine, aux États-Unis, en Europe. Si les États-Unis ont annoncé en 2020 un plan cumulé historique de 5 000 milliards de dollars, le plan de relance chinois cible davantage les infrastructures et la transition énergétique que la propriété, qui avait fait l’objet du vaste plan d’urbanisation des années 2000 et avait engendré un cycle de forte hausse des prix des métaux.
  • Et par le renforcement des politiques climats à l’instar du Green Deal européen favorisant la transition énergétique et la décarbonation. Ceci va fortement accroître la demande de métaux comme le cuivre, l’aluminium, ainsi que ceux utilisés pour fabriquer les batteries de véhicules électriques comme le nickel, le lithium, le cobalt… La production européenne de véhicules électriques, stimulée par des mesures ciblées a dépassé la production chinoise en 2020 !  
  • Depuis fin décembre, un sentiment d’optimisme post-pandémie prévaut avec l’arrivée des vaccins contre la Covid-19 et la mise en place des campagnes de vaccinations.
  • La baisse du dollar en 2020, monnaie dans laquelle ils sont pour la plupart libellés sur les marchés d’échanges, a rendu les métaux plus attractifs, et les niveaux de stocks sont bas.
  • Pour l’acier, les principaux moteurs ont été la discipline de l’offre dans les pays occidentaux alors que la Chine a passé la barre du milliard de tonnes produites, les restrictions à l’importation, un coût du minerai de fer élevé compte tenu de difficultés d’approvisionnement des principaux pays miniers suite à des conditions météorologiques défavorables, au renforcement des contraintes règlementaires (barrages de résidus miniers au Brésil, protection de sites aborigènes en Australie) et à des coûts de fret volatiles.
  • Pour le cuivre et le zinc, des perturbations d’approvisionnement suite au ralentissement des activités minières des principaux producteurs d’Amérique latine (Pérou, Chili) frappés par la pandémie, à des grèves et au report de projets miniers.
  • Les craintes d’inflation soulevées par les plans de relance orientent les investisseurs vers les valeurs « refuges » que constituent, par exemple, l’or ou le cuivre, ou vers les métaux pour batteries de véhicules électriques.

Au-delà des fondamentaux qui s’améliorent, l’afflux d’intérêt spéculatif pour les matières premières joue pour beaucoup dans les très fortes hausses constatées actuellement sur les métaux.

Prix des métaux

Poursuite du trend haussier en 2021

Les prix des métaux sont engagés à court terme dans un trend haussier, soutenu par l’anticipation de l’afflux de demande généré par la transition énergétique et la décarbonation, dans un contexte d’offre insuffisante. C’est actuellement le cas du cuivre et du zinc pour lesquels les projets miniers ont été reportés en raison de la pandémie. C’est aussi le cas des métaux pour batteries de véhicules électriques comme le lithium, le cobalt, le nickel. Si une amélioration de l’offre est prévue à moyen terme, satisfaire la demande à long terme pourrait être plus difficile et engendrer de nouvelles tensions sur le prix des métaux.

La Chine, en dépit d’une relance « maîtrisée », l’Europe et les États-Unis, qui prévoient un plan additionnel de relance des infrastructures et de la transition énergétique de quelques milliers de milliards, contribueront tous trois à cet afflux de demande pouvant déséquilibrer les marchés.

Bien qu’à date, il n’y ait pas de hausse notable des prix à la consommation, la hausse des métaux inquiète les transformateurs qui pourraient la répercuter et donc alimenter l’inflation.

Inflation et métaux

Les prix des métaux sont engagés à court terme dans un trend haussier, soutenu par l’anticipation de l’afflux de demande généré par la transition énergétique et la décarbonation, dans un contexte d’offre insuffisante. C’est actuellement le cas du cuivre et du zinc pour lesquels les projets miniers ont été reportés en raison de la pandémie. C’est aussi le cas des métaux pour batteries de véhicules électriques comme le lithium, le cobalt, le nickel. Si une amélioration de l’offre est prévue à moyen terme, satisfaire la demande à long terme pourrait être plus difficile et engendrer de nouvelles tensions sur le prix des métaux.

Pascale MEGARDON AUZEPY, Ingénieur-Conseil