Zone euro – La BCE en mode prudent

Zone euro – La BCE en mode prudent

En résumé

Des trois thèmes qui ont caractérisé la communication des membres du Conseil des gouverneurs au cours du dernier mois, à savoir les perspectives de croissance, les mesures de politique monétaire et la révision de la stratégie, seul ce dernier n’a pas fait l’objet d’une clarification lors du dernier conseil.

Concernant les perspectives de croissance, certains membres du Conseil avaient évoqué des risques haussiers pesant sur le dernier scénario de mars de la BCE justifiés par le déploiement de la campagne vaccinale en Europe et par l’impact (pourtant limité) du Plan de relance américain sur la croissance (+0,1 point en 2021 et +0,2 point en 2022) et l’inflation (entre 0,05% et 0,1% selon les estimations de la BCE) de la zone euro. D’autres, en revanche, évoquaient la persistance de risques baissiers liés à la faiblesse de la demande et aux excès de capacités sur le marché du travail, qui exercent une pression à la baisse sur l’inflation.

La BCE a finalement indiqué que "si la reprise de la demande mondiale et l’importante relance budgétaire soutiennent l’activité internationale et dans la zone euro, les perspectives économiques à court terme restent obscurcies par l’incertitude". En attendant la mise à jour de ses dernières prévisions de mars, prévue au mois de juin, la BCE consulte les acteurs économiques et tâte le terrain.

De sa dernière enquête auprès des entreprises (datant de janvier 2021), elle retient que si la demande est encore largement contrainte dans le secteur des services, dans le secteur manufacturier, l'offre parvient de moins en moins à suivre la demande en raison de pénuries d'intrants. Ces contraintes d'approvisionne­ment devraient s'aggraver au cours du deuxième trimestre de 2021 avant de s'atténuer progressivement au cours du second semestre. En réponse à la hausse des coûts des intrants dans une grande partie du secteur manufacturier, les prix de vente ont certes augmenté. Les clients des entreprises productrices se sont concentrés davantage sur la sécurisation de l'approvisionnement que sur la négociation des prix, ce qui a facilité dans une certaine mesure la répercussion de la hausse. Toutefois, cette hausse devrait être transitoire et pourrait être atténuée par les détaillants qui s'efforcent d'obtenir des remises plus importantes que celles dont ils ont bénéficié l'année dernière. De plus, les prix de vente dans une grande partie du secteur des services sont restés stables et, dans les services destinés aux consommateurs, ils sont faibles et soumis à des pressions à la baisse. Ainsi, par rapport au trimestre précédent, le nombre d’entreprises n’anticipant aucun changement dans leurs perspectives d’inflation est en hausse et le nombre de celles qui anticipent une remontée significative de l’inflation est en baisse.

L’enquête auprès des professionnels de la prévision (SPF) au deuxième trimestre 2021 ne signale pas non plus une révision à la hausse des anticipations d’inflation. Si sur l’année en cours les prévisions de l’inflation sous-jacente sont révisées à la hausse (de 0,8% à 1,1%), à plus long terme, la remontée des prévisions est marginale (de 1,5% à 1,6% pour 2025). Il en va de même pour les perspectives de croissance et d’inflation, inchangées à long terme.

Quant aux résultats de l'enquête sur la distribution du crédit bancaire (BLS) d'avril 2021 (sur les changements observés au cours du premier trimestre de 2021 et les attentes pour le deuxième trimestre de 2021), ils indiquent un resserrement modéré des critères d’octroi de crédits aux entreprises au premier trimestre de 2021. Ce resserrement est plus faible que prévu dans l'enquête précédente et fait suite à un resserrement plus important au cours des deux trimestres précédents. Il s'explique par un durcissement de la perception du risque et de la tolérance des banques à l'égard du risque, quoique moins marqué qu'au cours des deux trimestres précédents. Le moindre resserrement peut être lié à la prolongation des mesures de soutien budgétaire, au soutien continu de la politique monétaire et des mesures de supervision, et à l'amélioration plus générale de la confiance. Au deuxième trimestre 2021, le pourcentage de banques anticipant la poursuite du durcissement des critères d’octroi de crédits aux entreprises est inchangé. Par ailleurs, les banques signalent que la demande émanant des sociétés non financières a été moins importante, en raison d'un moindre besoin d'investissement, mais qu’elles l’anticipent en hausse au deuxième trimestre.

L’évaluation de ces informations, des différents indicateurs des conditions de financement ainsi que des perspectives d’inflation a donc convaincu le Conseil des gouverneurs de poursuivre les achats au titre du PEPP au cours du deuxième trimestre à un rythme nettement plus élevé que pendant les premiers mois de l’année, en ligne avec sa décision du mois de mars.

La BCE s’aligne donc sur la vision avancée par certains des membres du Conseil qui avaient souligné plus opportun de "faire plus" plutôt que moins, et ce pour plus longtemps. Elle ne confirme donc pas (du moins pour l’instant) les propos d’autres membres qui avaient assuré que la fin du programme PEPP se ferait à la date prévue, en mars 2022, ou ceux d’autres membres encore qui avaient évoqué une baisse du montant mensuel des achats dès l’été.

Ainsi la décision de la BCE permet d’ancrer les anticipations à très court terme, mais laisse peu de visibilité au-delà de l’horizon de sa prochaine réunion de juin. Sauf en ce qui concerne sa volonté de maintenir le nécessaire décalage avec les politiques monétaires d’autres juridictions (États-Unis, Canada, Royaume-Uni), décalage justifié par le retard de la reprise européenne et la différence de taille des plans de relance. Quant aux questions sur la révision de sa stratégie, la BCE renvoie à l’automne la communication de ses conclusions.

Article publié le 23 avril 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Zone euro – La BCE en mode prudent

L'évaluation des informations, des différents indicateurs des conditions de financement ainsi que des perspectives d'inflation a donc convaincu le Conseil des gouverneurs de poursuivre les achats au titre du PEPP au cours du deuxième trimestre à un rythme nettement plus élevé que pendant les premiers mois de l'année, en ligne avec sa décision du mois de mars.

Paola MONPERRUS-VERONI, Economiste