Asie – Les nuances de la transition démographique

Asie – Les nuances de la transition démographique
  • Un nord vieillissant, un sud en plein essor

En résumé

L’avenir de la population mondiale se joue encore en Asie. Les projections réalisées par les Nations unies montrent qu’à horizon 2050, cinq des dix pays les plus peuplés (Inde, Chine, Pakistan, Indonésie, Bangladesh) se situent dans cette zone. Les situations sont en revanche très hétérogènes suivant les pays. Alors que la Chine, confrontée à une accélération rapide du vieillissement de sa population, autorise depuis mai 2021 trois enfants par famille, d’autres économies de la zone, comme les Philippines ou le Pakistan, entament à peine leur transition démographique.

Un nord vieillissant, un sud en plein essor

À horizon 2100, le classement des pays par population devrait donc connaître quelques modifications de taille. La première, et non des moindres, c’est que la population de l’Inde devrait dépasser celle de la Chine dans les cinq prochaines années. Le Japon, quatrième pays le plus peuplé d’Asie jusqu’au milieu des années 1990, n’occuperait plus que la huitième place en 2100, avec une population d’à peine 75 millions d’habitants, contre près de 130 millions à son apogée. Le Pakistan passerait devant l’Indonésie, alors que les Philippines distanceraient largement le Vietnam, pourtant d’une taille comparable aujourd’hui.

Les pays d’Asie peuvent ainsi se classer en trois grands groupes : ceux qui ont ou vont achever leur transition démographique très prochainement, ceux qui devraient l’achever à horizon 2060, et ceux pour lesquels l’échéance est beaucoup plus lointaine, au-delà de 2060.

Le premier groupe rassemble sans surprise les économies les plus avancées de la zone (Japon, Corée du Sud, Taïwan), dans lesquelles la faible natalité s’est accompagnée d’un vieillissement rapide de la population. On y retrouve également la Chine, qui a connu la transition démographique la plus rapide du siècle et tente maintenant de raviver la fécondité, sans succès pour l’instant, mais aussi de manière plus surprenante la Thaïlande.

Plus surprenante car ces deux pays (Chine et Thaïlande) ont des niveaux de PIB par habitant bien plus faibles que les autres économies du groupe (entre 15 et 20 000 dollars par habitant en parité de pouvoir d’achat (ppa) pour la Chine et la Thaïlande, contre 40 à 50 000 dollars pour la Corée, le Japon ou Taïwan). Le vieillissement de la population est donc un défi pour le système de retraite (presque inexistant dans ces deux pays) et le coût de la main d’œuvre, la Chine et la Thaïlande ayant en partie fondé leur développement sur une production à bas coûts.

Au sein du deuxième groupe, le Bangladesh, le Vietnam et l’Inde sont trois économies encore relativement pauvres et rurales (le taux d’urbanisation y est inférieur à 40%), mais aussi très exposées au changement climatique. L’enjeu pour ces pays est donc que la transition démographique s’accompagne d’un développement de l’industrie et des services, qui permettrait d’absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail, plutôt que de les cantonner à de l’agriculture de subsistance dans les campagnes.

Enfin, le troisième groupe réunit des économies de tailles très hétérogènes : deux petits pays (moins de 50 millions d’habitants), le Cambodge et la Malaisie, dans lesquels la hausse de la population est constante, mais graduelle. Pour un pays comme la Malaisie, dans lequel le PIB par habitant en ppa atteint déjà les 30 000 dollars, cet essor démographique peut même représenter un atout face à des économies concurrentes (Thaïlande ou Vietnam). Les Philippines, dont la population devrait augmenter de 50% en soixante ans, ainsi que l’Indonésie et le Pakistan, qui dépasseront les 400 millions d’habitants à horizon 2100, sont des pays dans lesquels la transition démographique pose de vrais défis en matière d’infrastructures. D’autant que ces derniers sont aussi particulièrement exposés au changement climatique (cyclones pour l’Indonésie et les Philippines, canicules au Pakistan), et qu’ils présentent un niveau de développement encore très faible (PIB par habitant en ppa inférieur à 12 000 dollars).

Notre opinion – La démographie est un des multiples facteurs de l’hétérogénéité croissante observée entre les pays d’Asie. Trop rapide dans certains pays (Chine, Thaïlande), incontrôlée dans d’autres (Philippines, Indonésie, Pakistan), la transition démographique renvoie les économies à leurs faiblesses structurelles et les interroge sur la soutenabilité de leur modèle de croissance. Intégration des entrants sur le marché du travail, urbanisation, services publics, infrastructures sur fond de changement climatique : autant de défis à relever pour ces économies encore émergentes, dans lesquelles le rôle de l’État reste de surcroît souvent circonscrit à ses missions régaliennes et ne parvient pas à lever les ressources nécessaires à l’accueil d’une population toujours croissante.

Article publié le 26 novembre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Asie – Les nuances de la transition démographique

La démographie est un des multiples facteurs de l'hétérogénéité croissante observée entre les pays d'Asie. Trop rapide dans certains pays (Chine, Thaïlande), incontrôlée dans d'autres (Philippines, Indonésie, Pakistan), la transition démographique renvoie les économies à leurs faiblesses structurelles et les interroge sur la soutenabilité de leur modèle de croissance. Intégration des entrants sur le marché du travail, urbanisation, services publics, infrastructures sur fond de changement climatique : autant de défis à relever pour ces économies encore émergentes, dans lesquelles le rôle de l'État reste de surcroît souvent circonscrit à ses missions régaliennes et ne parvient pas à lever les ressources nécessaires à l'accueil d'une population toujours croissante.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)