La BCE tranche prudemment sur son scénario d’inflation et allonge son horizon de moyen terme

La BCE tranche prudemment sur son scénario d’inflation et allonge son horizon de moyen terme

La BCE tranche prudemment sur son scénario d’inflation et allonge son horizon de moyen terme

Dans son discours du 24 novembre, F. Panetta, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, avait présenté sa classification du risque inflationniste en trois catégories : le bon, la brute et le truand.

La « bonne » inflation est celle qui ressort d'une demande robuste, d'une production à son niveau potentiel, avec une inflation sous-jacente et des anticipations ancrées à l'objectif de la banque centrale, et une dynamique salariale cohérente avec un tel objectif et avec les gains de productivité. Ce cercle vertueux alimente la croissance du revenu disponible et renforce la demande.

L'inflation est en revanche une « brute » lorsqu'elle dérive de chocs d'offre qui dépriment l'activité et érodent le revenu disponible. Cette situation demande une certaine patience de la part des banques centrales afin d'éviter toute restriction monétaire qui pourrait se traduire par une récession. Les manuels de macroéconomie suggèrent même une plus forte accommodation monétaire.

Enfin, un scénario inflationniste passe de « brute » à « truand » lorsque les anticipations d'inflation ne sont plus ancrées sur la cible de la banque centrale, et qu'une spirale de transmission de la hausse des prix des intrants aux prix de production et aux salaires s'enclenche justifiant l'intervention de la banque centrale.

La BCE, en ajustant ses prévisions d'inflation, achète le scénario de la « brute ». Elle remonte sa prévision d'inflation pour 2022 de 1,7% à 3,2% mais cette révision est bien plus modeste à l'horizon 2023 (de 1,5% à 1,8%) et sa projection d'inflation en 2024 est toujours inférieure à sa cible. C'est donc une inflation toujours transitoire et déterminée par un choc d'offre ayant des effets limités sur l'inflation sous-jacente dont la prévision est revue à la hausse, de 1,4% à 1,9% en 2022 et de 1,5% à 1,7% en 2023.

L'impact sur la croissance est modérément négatif en 2022, avec des prévisions en baisse de 4,6% à 4,2%, et limité dans le temps, avec une révision à la hausse de la croissance en 2023 (de 2,1% à 2,9%). Une érosion du pouvoir d'achat temporaire qui ne fait donc pas dérailler la croissance et qui demande néanmoins une certaine prudence.

Alors que la montée de l'inflation et de la cinquième vague de contamination a dispersé les anticipations d'action de la BCE, des options les plus restrictives aux options plus accommodantes, le risque accru pesant sur la croissance rendait toute réponse restrictive moins probable et justifiait l'acceptation d'une déviation temporaire de l'inflation de sa cible.

Tout assouplissement supplémentaire, qui aurait surpondéré le risque de récession, devait se heurter à des considérations de stabilité financière. Une éventuelle inversion de la séquence dans les instruments de politique économique (une remontée des taux en amont de la stabilisation de la taille du bilan) pour mimer le comportement d'autres banques centrales ne répondait pas non plus à ces considérations.

Ainsi l'action de la BCE s'est concentrée sur le maintien de conditions de financement favorables, sans s'engager à maintenir des volumes importants d'achats visant à éviter toute hausse de la partie longue de la courbe, mais en promettant de fournir un back-stop crédible contre tout risque de fragmentation.

C'est ainsi qu'elle réduit le montant de ses rachats de titres dans le cadre du programme d'urgence PEPP et qu'elle les arrête dès avril 2022. Mais elle étend d'un an, jusqu'à la fin 2024, l'horizon de réinvestissement en conservant toute la flexibilité du programme et se tient prête à reprendre les achats en cas de choc négatif lié à la pandémie.

L'horizon s'allonge aussi grâce à l'augmentation des montants d'achats dans le cadre du programme standard, l'APP, à 40 Mds€ au T1 2022 et à 30 Mds€ au T2 pour revenir au rythme actuel de 20 Mds€ par mois dès octobre 2022.

Toute décision sur la suite à donner au programme de TLTRO III est en revanche renvoyée à la prochaine réunion.

Article publié le 17 décembre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

La BCE tranche prudemment sur son scénario d’inflation et allonge son horizon de moyen terme

L'horizon s'allonge aussi grâce à l'augmentation des montants d'achats dans le cadre du programme standard, l'APP, à 40 Mds€ au T1 2022 et à 30 Mds€ au T2 pour revenir au rythme actuel de 20 Mds€ par mois dès octobre 2022. Toute décision sur la suite à donner au programme de TLTRO III est en revanche renvoyée à la prochaine réunion.

Paola MONPERRUS-VERONI, Economiste