Asie du Sud-est – La reprise épidémique menace la trajectoire de reprise de certains pays

Asie du Sud-est – La reprise épidémique menace la trajectoire de reprise de certains pays

En résumé

Alors que les campagnes de vaccination ont débuté sur tous les continents, certains pays d’Asie font face à une résurgence de l’épidémie les obligeant à prendre de nouvelles mesures de distanciation sociale.

Tour d’horizon des nouvelles mesures sanitaires

La Malaisie a ainsi annoncé un nouveau confinement strict, qui devrait durer au moins jusqu’au 4 février, le nombre de cas étant passé d’environ 7 000 par semaine en novembre à plus de 25 000 en janvier.

Après la découverte d’un nouveau cluster dans un marché aux poissons de Bangkok, les autorités thaïlandaises ont également ordonné la fermeture de toutes les écoles, encouragé les entreprises à reprendre le télétravail et limité l’ouverture des restaurants et la taille des rassemblements. Bien que le nombre de cas reste très faible (environ 1 500 par semaine, la Thaïlande avait jusqu’ici réussi à conserver des chiffres bien plus faibles – moins de 100 nouveaux cas par semaine).

Devant une flambée du nombre de cas – probablement de surcroît très sous-estimé du fait de la faible capacité de test du pays – et une hausse de la mortalité, l’Indonésie s’est elle aussi résolue début janvier à prendre de nouvelles mesures dans les provinces les plus touchées (et notamment dans la métropole de Jakarta). Les écoles restent ainsi fermées, l’offre de transports en commun fortement réduite, les manifestations et les rassemblements sont interdits et de nouvelles restrictions sont appliquées sur les jauges des restaurants et des lieux de culte.

Le Japon a étendu l’état d’urgence, déjà en vigueur dans la région de Tokyo, à de nouvelles métropoles (Osaka et Kyoto notamment). Ce dernier entraîne notamment la fermeture à 20 heures des restaurants. Les Japonais sont également invités à rester travailler chez eux et à limiter au maximum leurs déplacements, même si aucune sanction pour non-respect n’est pour le moment prévue. Devant ce contexte sanitaire difficile, de nombreuses voix s’élèvent pour reporter les Jeux Olympiques de Tokyo à 2032, ce qui a pour le moment été exclu par le Premier ministre japonais, qui souhaite accueillir les athlètes cet été.

Enfin, si les statistiques chinoises ne font pas état d’une flambée des cas, de nombreux reconfinements locaux ont eu lieu ces dernières semaines, notamment dans les provinces du Hebei et du Heilongjiang. Un revers pour le pays qui avait célébré en grande pompe la "victoire totale sur le virus" en juin dernier et un motif d’inquiétude, alors que le Nouvel An chinois, synonyme de déplacements en masse (notamment vers des pays voisins comme la Thaïlande), approche (12 février). Les autorités ont d’ailleurs invité les travailleurs à rester sur place.

En revanche, l’Inde, de loin le pays le plus atteint en Asie, parvient pour le moment à contenir l’épidémie, après un affolement à la fin de l’été. Idem pour les Philippines, qui ont connu un confinement parmi les plus longs et les plus stricts, même si un léger rebond dû aux fêtes de Noël, très suivies dans ce pays catholique, est perceptible.

Quel impact à prévoir sur l’activité ?

Chaque renforcement des mesures sanitaires se traduit par un coût en termes d’activité. Le secteur des services nécessitant un contact (hôtellerie, restauration, transports) reste toujours le plus pénalisé. Pour les pays les plus touristiques de la zone (Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande), c’est aussi la perspective d’une deuxième année blanche qui s’annonce, aucun de ces pays ne prévoyant de rouvrir ses frontières à court terme.

Ces quatre pays risquent donc d’avoir une reprise plus lente que prévu. Si la Malaisie profite en tant que pays producteur d’une stabilisation du prix du pétrole, lui permettant notamment de remplir ses caisses (les revenus de l’État liés au pétrole représentent un peu plus de 20% des recettes totales) et que l’Indonésie a connu une récession d’ampleur modérée en 2020 (-2%), les Philippines et la Thaïlande sont deux pays plus exposés, en forte récession.

Les mesures sanitaires ont également un fort impact sur la consommation privée de biens non-alimentaires, surtout en cas de confinement plus strict, comme en Malaisie.

Cette nouvelle vague de mesures vient de surcroît s’ajouter à une situation économique plus complexe qu’elle n’y paraît en Asie. Bien sûr, le continent reste un espoir et un réservoir de croissance, d’autant plus que les rares économies en croissance en 2020 y sont situées (Chine, Taïwan, Vietnam) et ont nécessairement un effet d’entraînement sur leurs voisins.

Si l’on s’en tient aux données brutes, la perte de croissance moyenne des pays asiatiques figure parmi les plus élevées, ce qui peut surprendre. Peut-être parce que les performances de l’Asie du Nord occultent celles de l’Asie du Sud-est, plus dépendante du tourisme, plus dépendante des services, plus touchée par la crise sanitaire.

En relatif, ces performances ne paraissent pas si catastrophiques : une récession de 8% est attendue aux Philippines en 2020, c’est 6% en Thaïlande, à comparer aux -9% du Mexique ou aux -7% de la Colombie. Mais ce serait oublier que ces pays partaient de hauts taux de croissance (6% pour les Philippines en 2019, 5,1% pour l’Indonésie, 4,5% pour la Malaisie, 4,2% pour l’Inde ; seule la Thaïlande accusait déjà un certain ralentissement avec ses 2,4%), en comparaison de l’atonie de l’Amérique latine. Reste aussi à savoir comment des populations habituées à de hauts taux de croissance et à une amélioration graduelle de leurs conditions de vie vont réagir.

Asie du Sud-est – La reprise épidémique menace la trajectoire de reprise de certains pays

Les pays d'Asie n'ont bien sûr pas dit leur dernier mot : ils sont jeunes, flexibles, ouverts, ont des finances publiques plus saines que le reste des émergents, des entreprises mieux dotées en trésorerie, des ménages plus épargnants. C'est sans doute pour cela qu'ils n'attirent pas encore le regard des marchés qui ne démontrent pas d'inquiétude via des attaques sur le change notamment. La grande inconnue reste bien sûr la durée de la crise, qui conditionnera la nécessité – ou non – pour les pays les plus exposés de revoir leur modèle de croissance et leur spécialisation sectorielle. Il n'empêche que l'Asie du Sud-est, hors Vietnam, est peut-être plus malade qu'il n'y paraît et que la convalescence risque d'être longue.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)