France – Recul du taux de chômage au quatrième trimestre 2020

France – Recul du taux de chômage au quatrième trimestre 2020

En résumé

Comme lors du premier confinement, le taux de chômage recule en France au quatrième trimestre 2020 et s'établit à 8,0% pour la France entière, après 9,1% au T3. Il retrouve ainsi un niveau similaire à celui d'avant-crise (8,1% au T4 2019). Cependant, cette baisse est légèrement trompeuse et doit être interprétée avec précaution. En effet, il convient de rappeler que pour être comptabilisé comme chômeur au sens du BIT, il faut être sans travail, être disponible dans un délai de deux semaines et être à la recherche active d’un emploi. Ainsi, avec l’interruption des recherches liée à l'arrêt de l'activité dans certains secteurs, certaines personnes sont sorties du chômage et contribuent à la hausse du halo autour du chômage (le "halo du chômage" est constitué des personnes qui sont sans emploi et en recherchent un, mais ne sont pas au chômage au sens du BIT). La part des inactifs hors du halo du chômage augmente également nettement au quatrième trimestre.

Selon l'Insee, la hausse du halo du chômage n’explique que partiellement la baisse du chômage au quatrième trimestre. En effet, le recul du taux de chômage serait également dû à la hausse du taux d'emploi, d'après l'enquête sur l'emploi. Le taux d’emploi correspond à la part des personnes ayant un emploi sur l’ensemble des personnes en âge de travailler (quinze à soixante-quatre ans). Cela voudrait donc dire que des créations nettes d’emplois ont eu lieu au T4, ce qui expliquerait en partie la baisse du chômage. Nous noterons également qu'après une forte reprise des embauches en intérim au T3, le taux d'emploi en CDI augmente au quatrième trimestre. Le taux d’emploi en intérim reste quant à lui stable, la reprise ayant été perturbée par les fermetures administratives dans des secteurs comme la restauration, il ne diminue cependant pas, car d'autres secteurs ayant fortement recours à l'intérim (construction, industrie notamment) ont pu poursuivre leur activité.

Si la hausse du taux d'emploi est un signal plutôt favorable concernant la résilience du marché du travail pendant cette crise, le taux de sous-emploi a également fortement progressé au quatrième trimestre. Avec le confinement, le recours au chômage partiel a augmenté et de nombreux salariés ont dû travailler à temps partiel sans le souhaiter. De plus, l'Insee indiquait début février une légère baisse de l'emploi salarié privé au quatrième trimestre. La publication détaillée du nombre de personnes en emploi (salarié ou non, dans le privé et dans le public) à la fin du mois de février devrait nous permettre d'expliquer plus précisément la baisse du taux de chômage.

Notre opinion – Ainsi, les mesures de soutien continuent à limiter les impacts de la crise sur le marché du travail. La baisse du chômage au quatrième trimestre est assez inattendue et, malgré la dimension méthodologique (liée à la hausse du halo du chômage et à la définition de chômeur), les destructions d’emplois semblent toujours très limitées.

Nous continuons cependant à craindre une hausse du chômage dans les mois à venir. Elle serait liée au redémarrage poussif de l'activité dans certains secteurs, à une probable hausse des défaillances et à la levée progressive des mesures de soutien. Cette hausse resterait relativement contenue. En effet, si comme l'indique l'Insee, le taux d’emploi progresse, en particulier en ce qui concerne les CDI, cela pourrait traduire une certaine confiance des entreprises en la capacité de redémarrage rapide de l'activité. Les rebonds rapides de la consommation suite aux deux confinements et la relative solidité de l'investissement jusqu'à présent vont également dans ce sens. Enfin, les rigidités relatives du marché du travail français devraient limiter les destructions d'emplois dans les secteurs les plus fragilisés.

Article publié le 19 février 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

France – Recul du taux de chômage au quatrième trimestre 2020

Ainsi, les mesures de soutien continuent à limiter les impacts de la crise sur le marché du travail. La baisse du chômage au quatrième trimestre est assez inattendue et, malgré la dimension méthodologique (liée à la hausse du halo du chômage et à la définition de chômeur), les destructions d'emplois semblent toujours très limitées. Nous continuons cependant à craindre une hausse du chômage dans les mois à venir.

Pierre BENADJAOUD, Economiste