Hongrie – La stratégie d'un pays qui souhaite devenir incontournable

Hongrie – La stratégie d'un pays qui souhaite devenir incontournable

En résumé

C’est l’ambition du chef du gouvernement, Viktor Orban, et sa réalisation passe par un renforcement des liens avec la Chine. Dans les discours officiels, la diplomatie hongroise déroule les liens historiques et l’amour inconditionnel que le peuple hongrois porte au peuple chinois. Cet amour se traduit en réalité par beaucoup d’intérêts économiques et politiques des deux pays. Progressivement, la Hongrie est en train de devenir une des grandes portes d’entrée de la nouvelle route de la soie en Europe et ce pas uniquement du point de vue des infrastructures, bien qu’elles soient déjà assez importantes.

Le terminal ferroviaire "Est-West gate" qui est en cours de construction reliera la Chine à l’Europe en garantissant le transport des marchandises en seize jours, selon les porte-parole du projet. Ce terminal serait le plus grand de la région et le projet s’élèverait à 60 milliards de dollars, financé à 80% par un milliardaire russo-hongrois.

Le deuxième projet ferroviaire en cours est celui qui relie Belgrade à Budapest. Il est quasiment intégralement financé par la Chine et s’élève à 3 milliards d’euros. Par ailleurs, V. Orban a fait voter une loi qui impose dix ans de secret sur les détails de ce marché conclu avec les autorités chinoises.

Côté infrastructures réseaux, la Hongrie a donné carte blanche à Huawei pour déployer la 5G, alors que la stratégie européenne sur la question est encore hésitante en matière de sécurité.

D’autre part, l’entreprise chinoise d’équipements informatiques Lenovo, a ouvert sa première usine de production en Europe, précisément en Hongrie et augmente progressivement ses capacités de production.

Mais la collaboration ne s’arrête pas là. Depuis deux ans, elle s’intensifie du point de vue idéologique et culturel. Plusieurs centres Confucius opèrent déjà dans le pays et, dernièrement, l’État a acheté un terrain d’une valeur de 2,3 milliards d’euros pour l’installation du premier campus universitaire chinois en Europe, d’une capacité de 5 000 à 6 000 étudiants. En 2024, l’université de Fudan devrait ouvrir ses portes aux étudiants hongrois et européens plus largement. Cette coopération arrive juste après la fermeture par le gouvernement de l’Université européenne financée par le milliardaire américain d’origine hongroise, George Soros.

Le virage idéologique s’inscrit également dans la volonté de V. Orban de théoriser ce qu’il a qualifié de volonté politique de "démocratie non libérale", dont l’université chinoise qui a par ailleurs inscrit dans ses traités "l’adhésion à la direction du parti communiste chinois" annonce déjà la couleur.

Enfin, les principaux financements externes de la Hongrie proviennent toujours de l’Europe et devraient s’accroître grâce à l’enveloppe européenne votée, après beaucoup de difficultés de négociation notamment avec la Hongrie. V. Orban sait bien qu’il peut s’imposer face à l’Europe de façon permanente, sans que des mesures drastiques soient prises pour exclure la Hongrie des aides ou des décisions politiques. La Pologne et la Hongrie se soutiennent toujours mutuellement sur les questions de dérives de l’État de droit. Cela leur permet d’alimenter un discours très critique vis-à-vis de l’Union tout en déployant leur autoritarisme.

Notre opinion – Du point de vue macro-économique, une des principales craintes pour la Hongrie porte tout d’abord sur sa situation budgétaire. Le solde budgétaire devrait se creuser autour de 9% du PIB et la dette publique, déjà élevée avant la crise – 66% du PIB en 2019 – devrait atteindre 76% du PIB en 2020.

Une série de mesures fiscales a été mise en place pour soutenir les entreprises et poursuivre les investissements publics. La reprise est estimée autour de 4% à 4,5% pour les deux années à venir avec l’hypothèse d’une reprise de la consommation et d’une augmentation des volumes de commerce extérieur.

L’enveloppe de l’UE, dont la Hongrie restera largement bénéficiaire, devrait aider à la reprise des investissements, même si elle sera soumise à plus de conditions. La situation politique devrait rester tendue entre l’UE et Budapest et il pourrait y avoir plus de délais ou des ralentissements dans le déboursement des fonds, mais le risque de rupture reste faible. L’autoroute autoritaire de V. Orban devrait rester encore praticable jusqu’à ce que les Hongrois eux-mêmes puissent éventuellement apporter une autre réponse.

Article publié le 5 février 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Hongrie – La stratégie d'un pays qui souhaite devenir incontournable

Du point de vue macro-économique, une des principales craintes pour la Hongrie porte tout d'abord sur sa situation budgétaire. Le solde budgétaire devrait se creuser autour de 9% du PIB et la dette publique, déjà élevée avant la crise (66% du PIB en 2019) devrait atteindre 76% du PIB en 2020. Une série de mesures fiscales a été mise en place pour soutenir les entreprises et poursuivre les investissements publics. La reprise est estimée autour de 4% à 4,5% pour les deux années à venir avec l'hypothèse d'une reprise de la consommation et d'une augmentation des volumes de commerce extérieur.

Ada ZAN, Economiste