Italie – Mario Draghi, l’homme providentiel européen, sera-t-il celui de l’Italie ?

 Italie – Mario Draghi, l’homme providentiel européen, sera-t-il celui de l’Italie ?

En résumé

Les allers-retours se sont succédé depuis vendredi dernier entre le Montecitorio (Chambre des députés) et le Quirinale (présidence de la République). Les consultations qui ont suivi la démission de Giuseppe Conte se sont mues en un mandat exploratoire mené par le président de la Chambre, Roberto Fico. Ce dernier a tenté de rassembler les partis autour de la table des négociations, le week-end dernier, en commençant par rencontrer la majorité actuelle. Le président de la Chambre avait jusqu'à mardi pour parvenir à un accord de majorité. Malgré les deux jours de négociation, les points de désaccords semblaient difficiles à dépasser. D'un côté, le M5S restait attaché à préserver l'exécutif actuel. De l'autre, Italia Viva demandait plus de discontinuité en remettant sur la table l'épineux sujet de la demande des prêts du Mécanisme européen de stabilité (MES). Face au constat d’échec de Roberto Fico, le chef de l'État a pris, mardi soir, le relais dans la gestion de la crise. Ce dernier faisait face à deux options : la formation d’un gouvernement apolitique ou la voie des urnes. La convocation d'élections anticipées a vite été écartée par le président. En effet, l'organisation d'un scrutin en pleine pandémie a été jugée préjudiciable pour l'Italie. En outre, la tenue d'élections impose un gouvernement d'affaires courantes, qui ne serait pas en mesure de répondre aux enjeux et aux défis de la crise.

Gouvernement apolitique ce sera. Bien que la nomination de Mario Draghi ne soit pas une surprise, puisque son nom circulait déjà dans les couloirs, il n'était pas sûr que ce dernier réponde présent à l'appel du chef de l'État. Cette nomination a été saluée par les partenaires européens, mais aussi par les marchés, avec un spread italien qui atteint un minimum historique. La tâche n'en sera pas plus aisée pour "super Mario" qui, bien qu'il remporte le match en extérieur, doit encore convertir l'essai en Italie. On se dirige donc vers un "gouvernement Ursula", soit une composition similaire au compromis ayant permis, au Parlement européen, de voter pour U. von der Leyen en tant que présidente de la Commission européenne. Avant même la fin des consultations qui ont débutées jeudi avec les petits groupes et devraient se poursuivre aujourd’hui avec Forza Italia, Fratelli d'Italia et le Parti démocrate et demain avec la Ligue et le M5S, les différentes couleurs politiques se positionnent. Tout le gratin de la politique italienne a fait le déplacement à Rome, de Silvio Berlusconi à Beppe Grillo, en passant par Casaleggio, le patron de la plateforme Rousseau du M5S. Les déclarations des uns et des autres permettent de déchiffrer plus précisément la scène qui s'y joue. Chacun abat ses cartes. Il y a ceux qui ne peuvent pas dire non à l’appel de Mario Draghi, Forza Italia, en tête, qui a déjà déclaré par le biais du Cavaliere qu'ils étaient prêts à soutenir un gouvernement d'union nationale, mais aussi, Italia Viva, à l'origine de la manœuvre. Avec l'éclatement de l'espace politique italien, les forces modérées et centristes ne suffisent plus à former une majorité. Avec quelques réserves, le Parti démocrate serait également de la partie, mais deux inconnues demeurent : le M5S et la Ligue. Le positionnement de l'un ou l'autre fera pencher l'union nationale à droite ou à gauche de l'hémicycle.

Le M5S, qui aborde cette crise divisé, est tiraillé entre ses deux ailes. Beppe Grillo continue de jouer le rôle de l’arbitre équivoque, cela permettra-t-il de maintenir une union des jaunes ou bien cette ultime divergence sera le point de départ de la scission, mettant fin à l'expérience des 5 étoiles au pouvoir ? Le vote par la plateforme Rousseau est un passage obligé, mais les députés et sénateurs du M5S qui représentent encore la plus importante force politique dans les chambres sont partagés entre ceux qui voteraient oui à Draghi ; ceux qui soutiendraient Draghi mais sans sacrifier les totems du mouvement et ceux moins nombreux, qui verraient une alliance avec l’ancien président de la BCE comme une trahison à leurs idéaux. La porte n'est donc pas totalement fermée à une coalition avec les 5 étoiles. Cet argument pèsera d’autant plus au sein du Parti Démocrate que si l'alliance avec le M5S n'est plus, le PD se verrait contraint de s'asseoir à la même table que Matteo Salvini. Une partie de l’aile gauche des démocrates refuse encore une alliance avec la Ligue. Une ligue qui devient de plus en plus gourmande et annonce déjà la couleur en demandant des ministères, avant même sa visite au Palazzo Chigi.

Deux inconnues auxquelles il faudrait en ajouter une troisième, le degré d'habilité politique de l’ancien président de la BCE.

Article publié le 5 février 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

 Italie – Mario Draghi, l’homme providentiel européen, sera-t-il celui de l’Italie ?

Gouvernement apolitique ce sera. Bien que la nomination de Mario Draghi ne soit pas une surprise, puisque son nom circulait déjà dans les couloirs, il n’était pas sûr que ce dernier réponde présent à l’appel du chef de l’État. Cette nomination a été saluée par les partenaires européens, mais aussi par les marchés, avec un spread italien qui atteint un minimum historique. La tâche n’en sera pas plus aisée pour "super Mario" qui, bien qu’il remporte le match en extérieur, doit encore convertir l’essai en Italie.

Sofia TOZY, Economiste