Allemagne – L'élection du nouveau chef du parti conservateur confirme le choix de la continuité

Allemagne – L'élection du nouveau chef du parti conservateur confirme le choix de la continuité

En résumé

Les choix offerts aux délégués ?

Après la démission de Annegret Kramp-Karrenbauer de son poste de leader de l’Union chrétienne-démocrate en février dernier, l’élection pour sa succession a dû être reportée à plusieurs reprises en raison de la crise épidémique. Celle-ci s’est finalement tenue ce week-end à l’issue de deux journées de conférences numériques au cours desquelles les 1 001 délégués du parti ont dû départager les trois candidats en lice pour la présidence du parti.

Friedrich Merz, un ancien chef de groupe parlementaire de la CDU devenu homme d’affaires, incarnait l’aile droite de ce renouveau, avec un discours économique libéral en faveur des entrepreneurs. Il se distinguait surtout de ses concurrents sur la question migratoire en plaidant pour une immigration plus strictement encadrée. Il préconisait également une réforme du système de retraite ainsi qu’une gestion plus rigoriste des dépenses publiques. Son objectif de faire pencher le parti davantage sur son bord droit afin de récupérer des électeurs de l’extrême-droite suscitait cependant le plus grand scepticisme d’une partie des délégués de la CDU. Le risque étant de perdre davantage d’électeurs centristes au profit des Verts et du SPD qu’il n’en gagnerait avec l’Afd.

Armin Laschet, le ministre président de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, se présentait comme étant le candidat de la continuité post-Merkel, garant de la cohésion de la CDU et de l’orientation centriste du parti. Il s’appropriait le bilan économique favorable des dernières années et mettait en avant sa bonne gestion régionale de la crise sanitaire.

Le troisième candidat était Norbert Röttgen, le président de la commission des affaires étrangères au Bundestag. Il portait un discours résolument tourné vers les défis de la mondialisation, l’écologie et le numérique. Il est principalement connu pour ses prises de position virulentes vis-à-vis de la Chine et de sa politique agressive d’investissement en Europe.

Le candidat de la continuité

Si au premier tour de scrutin, aucun des trois candidats n'a obtenu la majorité absolue requise, c’est cependant F. Merz qui obtient la première place avec 385 voix, suivi de près par A. Laschet avec 380 voix, puis N. Röttgen avec 224 voix, le condamnant au banc de touche pour le second tour. Au terme du second tour, c’est finalement Armin Laschet qui s’est imposé avec 521 voix, contre 466 pour Friedrich Merz. C’est donc le candidat de la ligne centriste et de la continuité des années Merkel que les délégués du parti ont choisi pour président la CDU. Celui-ci a ensuite remercié le parti de la confiance qui lui avait été accordée, ainsi que ses deux concurrents pour cette campagne électorale "équitable". Il a également pris soin de souligner combien il était important de préserver cet esprit d’équipe qui permettra à l’Union de fournir le prochain chancelier lors des élections fédérales de septembre. Il sait néanmoins qu’il devra s’attendre à des négociations serrées avec son allié bavarois de la CSU, Markus Söder, très haut placé dans les sondages et qui pourrait lui aussi revendiquer la course à la chancellerie.

Les enjeux des prochaines législatives fédérales ?

Pour l’heure, le dernier mandat d’Angela Merkel a renforcé le poids des conservateurs dans les sondages, tandis que le SPD a considérablement perdu de sa notoriété au profit des Verts qui prennent la place de deuxième force politique du pays. Le prochain candidat conservateur à la chancellerie, quel qu’il soit, devra intégrer dans ses ambitions l’option d’une alliance avec les Verts qui sera déterminante pour l’élaboration d’un futur gouvernement. Maintenant que la CDU s’est assurée d’une transition en douceur avec le choix d’Armin Laschet à la tête du parti, elle sait que de nombreux défis majeurs attendent encore le pays : investir massivement dans les changements technologiques, afin de conserver sa place de première puissance économique européenne, rendre son plus pays plus attractif à l’immigration pour combler son déficit des naissances et, enfin, prendre une part plus significative dans la question de la défense et de la sécurité européenne.

Article publié le 15 janvier 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine – Actualisé le 18 janvier 2021

Allemagne – L'élection du nouveau chef du parti conservateur confirme le choix de la continuité

Maintenant que la CDU s'est assurée d'une transition en douceur avec le choix d'Armin Laschet à la tête du parti, elle sait que de nombreux défis majeurs attendent encore le pays : investir massivement dans les changements technologiques, afin de conserver sa place de première puissance économique européenne, rendre son plus pays plus attractif à l'immigration pour combler son déficit des naissances et, enfin, prendre une part plus significative dans la question de la défense et de la sécurité européenne.

Philippe VILAS-BOAS, Economiste