Europe centrale et orientale – Aperçu de l'état de la démocratie

Europe centrale et orientale – Aperçu de l'état de la démocratie

En résumé

Le think tank Globsec basé en Slovaquie a récemment publié un rapport sur la perception de la démocratie et de la gouvernance en Europe centrale. L’étude inclut dix pays des pays baltes jusqu’à la Bulgarie, en passant par les pays du Višegrad et de l’Europe centrale.

Les principales conclusions montrent qu’il y a encore un déficit considérable d’institutions et de processus démocratiques dans cette zone et ce malgré les meilleures performances de certains pays (pays baltes ou Tchéquie par exemple). Les indices de démocratie de Freedom House en 2020 placent les trois républiques baltes ainsi que la Tchéquie et la Slovaquie dans une catégorie de démocraties consolidées. La Pologne, la Bulgarie et la Roumanie sont classifiées en démocraties semi-consolidées et enfin la Hongrie se trouve dans la classification des régimes hybrides. Au-delà des classements, deux pays particulièrement (la Pologne et la Hongrie) régressent sur leurs constructions démocratiques. La Pologne est critiquée sur l’affaiblissement de l’indépendance du système judicaire et les libertés individuelles, alors que la Hongrie enregistre un recul non seulement sur les libertés individuelles et l’indépendance des institutions, mais également une plus forte perception de la corruption et un affaiblissement du système électoral. En revanche, l’Estonie améliore son classement grâce à une meilleure gouvernance et des institutions plus fortes.

Plus globalement, les sondages montrent que les pays avec un meilleur classement sur la qualité de la démocratie bénéficient d’un plus large appui de la population sur la gouvernance.

La question de la confiance ou plutôt de la défiance dans les médias officiels est un autre sujet sensible pour cette zone, qui par ailleurs a connu beaucoup de bouleversements ces dernières années à la fois en termes de réglementation, mais également dans la composition du capital des actionnaires. Dans sept pays sur dix, la majorité des personnes interrogées ne font pas confiance aux médias de leur pays. Toutefois, il y a d’importantes divergences d’opinion entre les pays et au sein d’un même pays. En Tchéquie, en Slovaquie et en Roumanie, par exemple, les sondages indiquent que la majorité des gens pensent que les médias de leur pays sont plutôt libres et en Pologne, en Bulgarie et en Hongrie c’est l’inverse, c’est-à-dire qu’une minorité pense que les médias sont libres et sans influence.

Globalement, la perception des populations quant à l’indépendance des médias est relativement cohérente avec le classement de Word Press Freedom lndex 2020. Il est intéressant de relever qu’en Pologne et en Hongrie plus de 64% et 62% des personnes interrogées pensent que ce sont les gouvernements (plus que les oligarques) qui influencent les médias.

Enfin, quant aux éventuels conflits de valeurs entre l’est et l’ouest de l’Europe, les Tchèques et les Slovaques se montrent les plus méfiants dans les sondages, avec respectivement 45% et 35% des personnes interrogées qui perçoivent les valeurs de l’UE comme une menace pour leurs propres valeurs. Les Polonais et les Hongrois, contrairement aux discours politiques de leurs gouvernements, se sentent très peu menacés par les valeurs européennes, avec des réponses affirmatives de seulement 16% et 22% respectivement.

Europe centrale et orientale – Aperçu de l'état de la démocratie

L'ensemble de l'étude et les résultats des différents sondages montrent bien que, malgré les victoires électorales récentes des gouvernements populistes, les enjeux de liberté et de gouvernance restent fragiles et polarisent les populations. Dans un cadre de crise sanitaire et économique, les modèles politiques de discours clivants, accompagnés de politiques distributives assez généreuses, risquent d'atteindre leurs limites et cela s'observe déjà en Pologne avec une forte fragilisation de la majorité au pouvoir. Sauront-ils se réinventer ou feront-il basculer l'opinion publique, assez encline à la sécurité ? Il faut le reconnaître, l'année s'annonce assez chargée politiquement et pas uniquement.

Ada ZAN, Economiste