Covid-19 en Afrique sub-saharienne : les dangers de la troisième vague

Covid-19 en Afrique sub-saharienne : les dangers de la troisième vague

En résumé

L’Afrique sub-saharienne a longtemps fait figure de continent épargné par la sévérité de la pandémie de Covid-19 sur le plan sanitaire. Si les chiffres sont très parcellaires sur l’étendue des contaminations et sur le coût humain, le peu de scènes d’hôpitaux saturés qui a pu être observé laissait une image moins dramatique du virus sur le continent. Aujourd’hui, la troisième vague qui frappe l’Afrique sub-saharienne laisse craindre des conséquences plus sévères. L’apparition et la diffusion du variant Delta, le même qui sévit en Inde, est responsable de cette inquiétude. Selon l’OMS, ce variant a désormais été repéré dans quatorze pays africains. La jeunesse de la population, présentée comme un rempart contre la mortalité lors des premières vagues, pourrait offrir une moindre protection face à ce variant.

Par ailleurs, des difficultés d’approvisionnement en oxygène sont rapportées dans plusieurs pays, avec comme conséquence de nombreux décès évitables. L’OMS pointe également le manque de respect des mesures de distanciation sociale comme étant responsable de cette nouvelle vague. Au Kenya par exemple, alors que le pays sort à peine de sa deuxième vague, le variant Delta se propage rapidement dans certaines régions, sur fond de retour des grands rassemblements.

Sur l’ensemble du continent, le nombre de nouveaux cas détectés la semaine dernière a augmenté de 31%, avec dix-huit pays sub-sahariens qui ont enregistré une augmentation de plus de 20%. La région la plus touchée est de loin l’Afrique australe, et en particulier l’Afrique du Sud, pays également le plus touché par les vagues précédentes. Ce regain épidémique frappe principalement les centres économiques et politiques que sont Johannesburg et Pretoria. Par conséquent, le gouvernement a été forcé de rétablir le niveau d’alerte 3 (sur cinq existants).

L’hiver en cours serait en partie responsable de la plus grande circulation du virus. Néanmoins, il est difficile d’ignorer les déboires de la campagne vaccinale qui font craindre que cette troisième vague ne soit pas la dernière. En effet, malgré un avantage certain par rapport à d’autres pays de la zone pour déployer la vaccination, seulement 1,8% de la population a reçu une première dose et moins de 1% est intégralement vaccinée.

Pour régler ce problème, l’Afrique du Sud souhaite s’appuyer sur son industrie pharmaceutique et une production locale de vaccins. Le président Ramaphosa défend à cet effet l’abandon de la propriété intellectuelle sur les vaccins existants pour permettre à son pays de les produire. C’est néanmoins une autre option qui, pour l’instant, se met en place : l’OMS et l’Afrique du Sud ont annoncé, il y a quelques jours, la création dans le pays d’un hub dédié au transfert de technologies sur les vaccins mRNA. Ce centre doit permettre aux entreprises des pays en développement d’apprendre à industrialiser ces technologies sous licence grâce à des partenariats avec des entreprises produisant déjà ce type de vaccins. Selon Cyril Ramaphosa et les experts de l’OMS, cette initiative devrait permettre à l’Afrique du Sud de produire ses premiers vaccins de ce genre dans un délai de neuf à douze mois.

En dehors de l’Afrique australe, l’Ouganda est le pays où la situation est la plus préoccupante. Dans ce pays d’Afrique de l’Est, les contaminations journalières se sont très rapidement envolées pour atteindre un nouveau pic. Là aussi le gouvernement a mis en place de nouvelles restrictions entrées en vigueur le 18 juin. D’autres pays, à l’image de la République démocratique du Congo, ont également dû durcir leurs règles sanitaires pour faire face à cette nouvelle vague.

Covid-19 en Afrique sub-saharienne : les dangers de la troisième vague

Début juin, l'Afrique comptait pour moins de 1% des doses de vaccins administrés. Cette réalité fait que les économies de la région évoluent désormais dans un univers de risques de plus en plus différent de celui des pays où la vaccination permet un début de retour à la normale. L'Afrique du Sud, par exemple, avait récemment enregistré de bonnes nouvelles économiques qui avaient permis la remontée de nombreuses prévisions de croissance pour 2021 (désormais entre +4% et +5%). Avec cette nouvelle vague et la possibilité d'une autre vague avant la fin de l'année, la fiabilité de la prévision décroît fortement. L'incertitude se concentre tout particulièrement sur les secteurs des services, pour lesquels les séquelles micro-économiques mettront d'autant plus longtemps à apparaître que l'activité n'a jamais encore pu pleinement reprendre.

Nathan QUENTRIC, Economiste