La Chine célèbre les cent ans de la création du Parti communiste

La Chine célèbre les cent ans de la création du Parti communiste
  • L'emprise du PCC se confirme
  • "Un pays fort a besoin d'une armée forte"

En résumé

Des nombreuses commémorations prévues pour célébrer les cent ans de la création du Parti communiste chinois (en juillet 1921, à Shanghai), la plus attendue était sans nul doute le discours du président Xi Jinping sur la place Tiananmen. Tout un symbole.

Pour y assister, encore fallait-il se lever tôt – la convocation indiquait 7h30 –, renoncer à apporter son téléphone portable et suivre un protocole sanitaire drastique (certificat de vaccination – avec un vaccin chinois, nombreux tests et isolation de quinze jours à Pékin pour les locaux). À 8h, cent coups de canon ont été tirés, suivis par un défilé aérien d’avions de combat et d’hélicoptères. Une démonstration de force à l’image du discours combatif qu’a ensuite prononcé le président Xi.

L’emprise du PCC se confirme

Durant plus d’une heure, ce dernier, vêtu d’un costume Mao, a égrainé les victoires du Parti communiste, qui a fait de la Chine un "pays modérément prospère" et entraîné le "grand renouveau de la nation chinoise". La glorification du PCC et d’un de ses treize membres fondateurs, Mao Zedong, a en effet pris une part croissante dans la rhétorique présidentielle depuis 2017, lorsque Xi Jinping avait déclaré que "tout devait être placé sous la direction du Parti".

Alors que Deng Xiaoping et ses deux successeurs (Jiang Zemin et Hu Jintao) avaient rendu plus de pouvoir à l’État, notamment celui du contrôle des entreprises, l’administration s’est au contraire repliée sous Xi Jinping, pour laisser de nouveau plus de place au Parti. Au point que dans l’ordre protocolaire, il n’est maintenant plus rare de voir un ministre s’effacer devant son homologue du PCC. Ce dernier gère maintenant les médias, les affaires religieuses, la lutte contre la corruption et même la formation des nouveaux fonctionnaires. Un retour à l’ère Mao durant laquelle l’emprise du Parti était totale. Avec près de 95 millions de membres, dont une part croissante appartient à l’élite intellectuelle et économique du pays, son règne sans partage sur la vie politique chinoise est loin d’être terminé.

Autre évolution, et non des moindres, la réforme de la Constitution de 2018, qui permet à Xi de rester président à vie et de s’asseoir sur la limite de deux mandats que Deng Xiaoping avait justement fixée pour limiter les dérives autoritaires. Un impératif pour Xi qui se voit comme l’héritier de Mao et dont la "pensée" figure dans la Constitution, à égalité avec celle du Grand Timonier. Des errements du passé, de la Grande Famine à la Révolution culturelle, il n’a bien sûr jamais été question dans le discours.

"Un pays fort a besoin d’une armée forte"

Autre enseignement du discours, la justification de "l’accélération de la modernisation de la défense" de la Chine, dont la soumission à l’Occident de la fin des guerres de l’opium à la création de la République populaire (1949) a visiblement laissé des traces. "Les Chinois ne permettront jamais à quelconque force étrangère de les malmener, de les opprimer, de les asservir. Quiconque tentera d’agir ainsi se brisera sur la Grande Muraille d’airain que plus de 1,4 milliard de Chinois ont érigée avec leur chair et leur sang".

Au sujet de Taïwan, dont la réunification avec le continent reste "une nécessité historique", le ton se voulait moins militaire, le mot "pacifique" ayant été employé. Et cela malgré l’annonce des États-Unis et de Taïwan, la veille, sur la reprise des négociations visant à la signature d’un accord commercial, suspendues en 2016 avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Xi a toutefois invité son rival à ne pas "sous-estimer" la détermination de la Chine sur ce sujet.

Notre opinion – La réécriture d’une partie de l’histoire de ces cent dernières années s’est accélérée depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, qui s’inscrit nettement dans l’héritage de Mao plutôt que dans celui de Deng Xiaoping, le penseur de l’ouverture de la Chine.

"Seul le socialisme a pu sauver la Chine. Seul le socialisme aux caractéristiques chinoises a pu développer la Chine" a ajouté Xi, confortant une nouvelle fois son ambition de faire de la Chine un pays socialiste moderne d’ici 2035. Ce retour à une rhétorique plus marxiste n’est pas que dans les mots : l’emprise du Parti au détriment des entreprises privées s’est accentuée, les acteurs de la tech (Alibaba, Tencent) contrôlés de près et remis à leur place lorsque leur pouvoir menace un peu trop le Parti. Le renforcement des cellules du Parti dans les entreprises, notamment internationales, en est un autre signe.

Enfin, la libéralisation sociale et politique qui devait, selon le reste du monde, accompagner l’essor économique du pays ne s’est jamais produite. Au contraire, la Chine semble plus que jamais repliée sur elle-même, un sentiment accentué par la crise de la Covid-19 puisque ses frontières demeurent presque closes depuis mars 2020, et que la quarantaine de deux à trois semaines imposées à ceux qui parviennent toutefois à s’y rendre n’est a priori pas près de disparaître.

Article publié le 2 juillet 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

La Chine célèbre les cent ans de la création du Parti communiste

La réécriture d'une partie de l'histoire de ces cent dernières années s'est accélérée depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping, qui s'inscrit nettement dans l'héritage de Mao plutôt que dans celui de Deng Xiaoping, le penseur de l'ouverture de la Chine. "Seul le socialisme a pu sauver la Chine. Seul le socialisme aux caractéristiques chinoises a pu développer la Chine" a ajouté Xi, confortant une nouvelle fois son ambition de faire de la Chine un pays socialiste moderne d'ici 2035.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)