Asie : les retards de la vaccination inquiètent

Asie : les retards de la vaccination inquiètent

En résumé

Un temps admirée pour sa gestion de la pandémie, l’Asie inquiète maintenant par le retard pris dans sa campagne de vaccination. Loin des économies avancées qui allègent progressivement leurs mesures sanitaires, certains pays ont même dû se résoudre à intensifier les restrictions.

Le mouvement est global : Cambodge, Laos, Malaisie, Thaïlande et même Vietnam, tous ces pays ont dû prendre des nouvelles mesures allant du couvre-feu au confinement strict (dans la plupart des capitales et dans tout le pays en Malaisie). Bien sûr, les niveaux de contamination et de décès sont encore très loin de ceux qui ont pu être connus ailleurs, à commencer par l’Amérique latine, les États-Unis ou l’Europe. Il n’empêche que l’accélération du nombre de cas est prise très au sérieux par les autorités dans chaque pays, qui redoutent de laisser la situation leur échapper.

Les retards de la vaccination : plusieurs causes pour un même effet

Derrière la dégradation de la situation sanitaire, un trait commun à toute la zone Asie-Pacifique : le retard pris dans la campagne de vaccination. À niveau de développement équivalent, la différence entre les pays asiatiques et le reste du monde est flagrante. À peine 6% de la population japonaise a reçu sa première dose, alors que plus de 40% de la population américaine est entièrement vaccinée. L’Australie, la Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan : toutes les économies les plus avancées de la zone affichent aussi un retard conséquent. Sans même parler des pays les plus pauvres de l’Asean (Indonésie, Philippines, Thaïlande, Vietnam) où les campagnes ont à peine démarré.

Plusieurs causes expliquent ce retard : problèmes d’approvisionnement pour les pays les plus pauvres dépendant du mécanisme Covax, réticences de la population là où l’épidémie a fait peu de morts (Corée du Sud, Taïwan), lourdeurs administratives ralentissant l’approbation des vaccins (Japon, Corée du Sud), mauvais choix de vaccins (l’Australie et la Thaïlande avaient misé sur l’AstraZeneca, dont l’utilisation est restreinte pour les populations jeunes).

Une situation économique préoccupante

Pourtant, cette partie du monde aurait également bien besoin de retrouver le chemin de la normalisation, synonyme de redémarrage de la croissance. Il ne faut pas oublier en effet que l’Asie du Sud et du Sud-Est a déjà payé un lourd tribut économique à la crise, avec des récessions très profondes dans certains pays (6% en Malaisie ou en Thaïlande, 9% aux Philippines), surtout par rapport à leur trajectoire de croissance pré-crise. La sortie de récession est particulièrement lente dans ces trois pays, qui ont de surcroît épuisé leurs marges de manœuvre budgétaires et monétaires. Une situation qui tranche avec celle de l’Asie du Nord (Chine, Corée, Taïwan), qui affiche une santé insolente, portée entre autres par l’accélération de la demande en biens électroniques. Un scénario de reprise en V auquel le reste du continent ne pourra prétendre tant que la question sanitaire demeurera en suspens.

Asie : les retards de la vaccination inquiètent

Derrière la dégradation de la situation sanitaire, un trait commun à toute la zone Asie-Pacifique : le retard pris dans la campagne de vaccination. À niveau de développement équivalent, la différence entre les pays asiatiques et le reste du monde est flagrante. À peine 6% de la population japonaise a reçu sa première dose, alors que plus de 40% de la population américaine est entièrement vaccinée. L'Australie, la Corée du Sud, Hong Kong, Taïwan : toutes les économies les plus avancées de la zone affichent aussi un retard conséquent. Sans même parler des pays les plus pauvres de l'Asean (Indonésie, Philippines, Thaïlande, Vietnam) où les campagnes ont à peine démarré.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)