Europe centrale et orientale, Asie centrale – Échanges commerciaux : le monde de demain sera-t-il favorable aux vieux effets de gravité ?

Europe centrale et orientale, Asie centrale – Échanges commerciaux : le monde de demain sera-t-il favorable aux vieux effets de gravité ?

En résumé

À chacune de ses étapes, la crise a ses indicateurs spécifiques. Il faut donc " séquencer " en permanence nos analyses de risques. Par exemple, le choc sanitaire initial pointait un arrêt des échanges, qui allait évidemment pénaliser les petits pays les plus ouverts. En Europe centrale, il s’agissait des Républiques tchèque et slovaque, de la Hongrie et des pays Baltes, tous à plus de 50% de taux d’ouverture. Certes, on est loin des niveaux stratosphériques de Singapour, mais cela représente tout de même une forte dépendance à la conjoncture extérieure. À l’inverse, Pologne, Serbie et Roumanie semblaient un peu mieux protégées par leur moindre taux d’ouverture. Au final, le choc externe n’a pas eu lieu, car la contraction des importations a été partout plus forte que celle des exportations. Quant aux revenus des travailleurs à l’étranger, ils ne se sont pas effondrés comme on le craignait.

À présent, tout peut s’inverser à nouveau, et dans un sens plus favorable. Car, en phase de reprise d’activité et d’accélération de la vaccination en Europe, les pays d’Europe centrale les plus ouverts pourront profiter de la reprise des échanges intra-zone. Mais jusqu’où ira l’effet d’attraction de la reprise européenne ?

C’est le bon moment pour s’en souvenir : l’Union reste le partenaire incontournable des pays d’Europe centrale et orientale, des Balkans, du Maghreb et même d’une Turquie pourtant si rebelle politiquement. Quant à la reprise du secteur automobile, elle va tracter l’Europe centrale ainsi que la Turquie ou le Maroc, pour lesquels le poste équipement automobile est devenu l’un des premiers à l’exportation (malheureusement aussi l’aviation pour le Maroc…)

Une analyse des échanges par pays corrige cependant un peu cet " effet masse " de l’Union et fait apparaître des tendances intéressantes, dont on ne sait cependant pas encore comment elles vont évoluer dans les mois à venir. 

La plus nette, c’est l’ancrage de la Chine dans les importations d’une grande majorité des pays de la région. Elle est désormais le premier pays fournisseur de la Russie, de l’Ukraine, de l’Ouzbékistan, et de l’Égypte. Toujours en matière d’importations, elle est devant l’Allemagne en Turquie, et troisième au Maroc derrière l’Espagne et la France, dont les positions restent très stables. Surtout, elle est derrière l’Allemagne (parfois loin derrière !) pour de nombreux pays d’Europe centrale (République tchèque, Pologne, Hongrie, Serbie…). Et bien sûr, elle est omniprésente en Asie centrale. Plus récemment, la ville de Pékin est aussi devenue le premier marché d’exportation pour l’Ukraine et pour la Géorgie (14% des ventes contre à peine 3% en 2014…).

La Chine n’est pas la seule à étendre son influence commerciale dans l’ombre de l’UE. Ainsi, la Turquie a progressé dans les échanges de l’Azerbaïdjan, devenant son deuxième partenaire en matière d’importations et d’exportations (respectivement derrière la Russie et l’Italie). Elle est aussi le premier fournisseur de la Géorgie, et augmente ses ventes vers la Bulgarie. Clairement, commerce et géopolitique turque vont de pair dans le Caucase. 

Reste un dernier point qui pourrait prendre de l’importance dans un environnement d’épidémie à tendance endémique, et de contrainte environnementale. Rappelons que de nombreux travaux de recherche ont mis en évidence ce paradoxe que la mondialisation est avant tout régionale, car " plus le commerce mondial se développe, plus la distance entrave le commerce "[1]. La mondialisation n’a en fait pas totalement échappé à ce que les économistes appellent l’effet de gravité du commerce international, grâce auquel la proximité garde son rôle. De fait, les pays Baltes continuent à échanger entre eux et la Finlande est le deuxième partenaire de l’Estonie. La République slovaque est quant à elle le seul pays d’Europe centrale où la Chine n’a pas progressé dans des importations et où la République tchèque, en revanche, garde une place importante (près de 18%). Plus au sud, la Roumanie est le deuxième marché d’exportation pour les Bulgares et leur deuxième fournisseur. Il est très probable que ce type de flux se développe, encore plus vite bien sûr si la réorganisation attendue des chaînes de valeur se met en œuvre, ce qui devrait aussi favoriser les pays à proximité de l’Union européenne.

Article publié le 4 juin 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

[1] La régionalisation, moteur de la mondialisation, La lettre du CEPII, mai 2016, M. Fouquin, J. Hugot

Europe centrale et orientale, Asie centrale – Échanges commerciaux : le monde de demain sera-t-il favorable aux vieux effets de gravité ?

La Chine n'est pas la seule à étendre son influence commerciale dans l'ombre de l'UE. Ainsi, la Turquie a progressé dans les échanges de l'Azerbaïdjan, devenant son deuxième partenaire en matière d'importations et d'exportations (respectivement derrière la Russie et l'Italie). Elle est aussi le premier fournisseur de la Géorgie, et augmente ses ventes vers la Bulgarie. Clairement, commerce et géopolitique turque vont de pair dans le Caucase.

Tania SOLLOGOUB, Economiste