Italie – Politique italienne : l'heure des mariages et des divorces

Italie – Politique italienne : l'heure des mariages et des divorces

En résumé

Après le gouvernement d’union, comment les partis vont-ils aborder les nouvelles échéances électorales, municipales d’abord, puis présidentielles ensuite qui devraient ouvrir la voie aux législatives ?

Début 2021, la crise politique enclenchée par le retrait d’Italia Viva a conduit à la chute du gouvernement Conte II. Afin d’éviter la tenue d’élections anticipées qui auraient été préjudiciables à l’ensemble des forces politiques, y compris pour la Ligue, un accord de gouvernement d’union nationale a été trouvé sous la tutelle de Mario Draghi. Ce dernier s’est appuyé sur l’ensemble des forces politiques du pays, à l’exception du groupement politique de Giorgia Meloni qui se situe à droite du parti de Matteo Salvini. Outre la complexité d’une échéance électorale en pleine pandémie, plusieurs facteurs ont conduit à cette union nationale dont la validation du plan de relance à laquelle l’ensemble des couleurs politiques, à l’exception de Fratelli d’Italia, a participé. Or, cette alliance opportune semble avoir  enclenché dans son sillage une recomposition du paysage politique italien.

À droite, l’esprit est à la consolidation. Les deux formations de droite que sont la Ligue et Forza Italia de Silvio Berlusconi ont annoncé leur rapprochement sans pour autant fermer la porte à Fratelli d’Italia. Ce dernier talonne à présent la Ligue dans les sondages et capitalise sur son rôle de seul parti d’opposition. L’ambition affichée à grands coups d’annonces est d’aborder l’échéance électorale sous une même bannière, mais sous une forme qui reste encore sujet à discussion. D’un côté, Silvio Berlusconi, qui continue de rassurer sur son état de santé, vante les mérites d’une fusion, première étape, selon lui, à la création d’un grand parti italien de centre-droit sur le modèle américain qui inclurait toute les formations de droite. Un héritage de fin de règne qui donnerait à la politique italienne la stabilité qui lui fait défaut, selon l’ancien Premier ministre. De l’autre, Salvini tempère et prône une fédération. Mais appartenir au même bord ne suffit pas à créer un mariage réussi et les bases des deux partis s’inquiètent déjà des velléités d’union affichées par les deux leaders. Un chemin encore long donc qui pourrait se faire par étapes, la première étant de s’accorder sur une proposition de réforme fiscale commune, privilégiant ainsi les atomes crochus programmatiques. D’autant que chacun court pour ses propres intérêts. Silvio Berlusconi entretient encore le rêve, qui n’est plus si secret, de la présidence. Capitalisant sur l’union du centre-droit, il souhaite consolider les appuis lui permettant de réaliser ses dernières volontés. L’ambition présidentielle du Cavaliere reste une ambition et semble avoir peu de chance d’aboutir pour le moment. Son habileté politique lui permet néanmoins de faire d’une pierre deux coups, puisqu’en fusionnant avec la Ligue, il fait oublier le sort de "peau de chagrin" que subit son parti dans les urnes. En tant que seule formation libérale de cette famille politique, il continue cependant de posséder une carte maîtresse. Pour ce qui est de la Ligue, un mariage avec FI, qu’il soit sous le régime de la communauté ou en séparation de biens, constituerait une opération favorable et acterait la normalisation du parti en dépit des frasques passées de son leader. Une Ligue raisonnée et raisonnable donc, mais qui, en acceptant de faire partie du gouvernement d’union nationale, en paie le prix dans les sondages d’opinion. Bien que Matteo Salvini reste à la tête du premier parti italien, il a dû céder une partie de son fonds de commerce à sa voisine de droite, Giorgia Meloni, qui grignote de fait une partie de son électorat.

À gauche, le parti démocrate a également élu un nouveau secrétaire général, Enrico Letta, après la démission de Nicolas Zingaretti en mars. Mais c’est la refonte du mouvement cinq étoiles (M5S) qui occupe les esprits. Miné par de fortes distensions internes depuis 2020, le M5S devait se réincarner à travers un nouveau leadership en la personne de Giuseppe Conte. La mue du parti semble loin d’être achevée avec comme point de discorde les nouveaux statuts du mouvement. Mais avant cela, il aura fallu à Giuseppe Conte régler l’épineux problème de Rousseau, le nom de la plateforme de vote, clé de voute du modèle de démocratie directe du M5S. La place de la plateforme gérée par David Casaleggio, fils de l’un des cofondateurs du mouvement, pose problème depuis longtemps en raison de l’influence politique de son propriétaire. Dans sa conquête du leadership, Giuseppe Conte, tout d’abord soutenu par le fondateur Beppe Grillo, devait acter la séparation avec Rousseau. Une entreprise compliquée et un feuilleton de plusieurs mois qui s’est soldé par un divorce un peu amer, une importante dette et Giuseppe Conte qui récupère la garde des données hébergées sur la plateforme. Il restait alors la question des statuts qui devraient être votés en juin, entérinant ainsi la réflexion amorcée lors des États généraux en novembre 2020. C’était sans compter sur la volte-face de Beppe Grillo jeudi dernier, qui, par ce biais, fait revenir Rousseau par la petite porte. Le chef des Grillini ne semble pas prêt à lâcher les rênes de sa formation et souhaite un leadership à deux têtes où il continuera à s’attribuer le rôle de garant du mouvement. Une de diarchie de commandement qui n’est pas du goût de Giuseppe Conte, qui, face à l’impasse, pourrait annoncer sa potentielle défection.

Italie – Politique italienne : l'heure des mariages et des divorces

En regardant les spreads, une seule chose vient à l'esprit : méfiez-vous de l'eau qui dort. L'agenda politique rythmé par les municipales, et le début du semestre blanc (une période de six mois avant l'élection présidentielle prévue pour début 2022 qui empêche la tenue de toutes élections législatives anticipées) impose une sérénité de gouvernance somme toute relative due en grande partie à l'habileté de Mario Draghi. Une fois cette échéance passée, les partis de la coalition peuvent déclencher des élections anticipées avant la fin de la mandature prévue pour 2023, mais non sans avoir voté une nouvelle loi électorale. Un horizon qui semble lointain pour le moment, mais qui laisse pointer le retour en grande pompe du risque politique italien et ce qu'il comporte de turbulences.

Sofia TOZY, Economiste