Les insectes : une protéine qui fait mouche

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Alors que le nombre d'habitants sur la planète et la demande en protéines ne cessent de croître, les insectes sont considérés, notamment par l'Organisation des Nations-unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), comme une ressource d'avenir pour l'alimentation humaine comme pour celle des animaux d'élevage. En France, les projets de grande envergure de production de farine d'insectes à destination de l'alimentation animale se multiplient. Décryptage de cette filière émergente.

Les protéines d’insecte sont considérées comme une nouvelle solution pour satisfaire la demande additionnelle en protéine liée, entre autres, à la hausse de la population mondiale. La production, proche de 0 en Europe aujourd’hui, pourrait ainsi dépasser le million de tonnes d’ici 2030.

En parallèle, les verrous réglementaires se lèvent progressivement quant à l’utilisation de protéines d’insecte pour l’alimentation animale : d’abord autorisée pour les animaux de compagnie, elle l’a été pour l’aquaculture il y a trois ans par l’Union européenne.

Un des arguments en faveur des protéines d’insecte à destination de l’alimentation animale est leur mode de culture. Ainsi, comparé à des protéines végétales (soja par exemple), les besoins en espace et en eau sont considérablement réduits pour produire la même quantité de protéine. Un autre facteur mis en avant par les promoteurs des protéines d’insecte est l’économie circulaire, en effet, les insectes sont nourris à partir de coproduits céréaliers ou issus de l’industrie agroalimentaire, ce qui permet de limiter le gaspillage via l’utilisation d’éléments peu ou non valorisés. Enfin, à partir de l’insecte, ce ne sont pas seulement des protéines qui sont produites, mais également de l’huile destinée aux animaux d’élevage ou encore de l’engrais pour le secteur agricole.

Deux insectes sont principalement utilisés dans le cadre de la production de protéine : la mouche soldat et le ver de farine, la première ayant reçu les faveurs d’une majorité d’acteurs. Ces insectes ont été choisis en raison de leur taux de bioconversion élevé et des commodités offertes par leur élevage. Pour autant, penser qu’ils sont similaires serait une erreur. Le ver de farine se nourrit de coproduits céréaliers (son de blé ou de riz), quand la mouche soldat est alimentée par des coproduits de l’industrie agro-alimentaire, par nature plus variables dans leur composition. De fait, le recours à l’un ou l’autre insecte concourt à des logiques industrielles différentes : le choix du ver de farine tend à des unités industrielles de très grande taille avec des approvisionnements centralisés, quand la mouche soldat permet l’installation d’unités de taille variable, mais au plus près d’une ressource d’intrant homogène.

Pour autant, le succès à venir de la protéine d’insecte n’est pas exempt d’incertitudes. Économiquement, son succès est lié à l’atteinte d’une compétitivité prix face aux aliments aujourd’hui utilisés. Par ailleurs, la stabilité du taux de bioconversion sera clé pour être compétitif sur ce marché au sein duquel la hausse des capacités tendra à orienter les prix à la baisse, quand ceux des intrants risquent de l’être à la hausse.

En outre, la taille finale du marché reste encore soumise à de nouvelles autorisations règlementaires pour étendre le champ des animaux pour lesquelles la protéine d’insecte pourra être utilisée comme aliment : son instruction est en cours pour la volaille et la filière porcine à la Commission européenne.

Enfin, s’il est peu probable que nous retrouvions des insectes entiers dans nos assiettes, du fait de la barrière psychologique que cela représente, les protéines d’insectes pourraient bien s’imposer comme ingrédients fonctionnels, par exemple en nutrition sportive. L’avis positif rendu par l’autorité sanitaire européenne en janvier 2021 pour les farines issues du ver de farine en alimentation humaine est de nature rassurer les acteurs sur l’ouverture future de ce marché.

Les insectes : une protéine qui fait mouche

Le succès à venir de la protéine d’insecte n’est pas exempt d’incertitudes. Économiquement, son succès est lié à l’atteinte d’une compétitivité prix face aux aliments aujourd’hui utilisés. Par ailleurs, la stabilité du taux de bioconversion sera clé pour être compétitif sur ce marché au sein duquel la hausse des capacités tendra à orienter les prix à la baisse, quand ceux des intrants risquent de l’être à la hausse.

Arnaud REY, Ingénieur-Conseil