Mexique – Un petit revers, d'importantes conséquences

Mexique – Un petit revers, d'importantes conséquences

En résumé

Dimanche 6 juin se tenaient les élections de mi-mandat[1], décisives puisqu’il s’agissait, outre les scrutins locaux, de renouveler la Chambre des députés. Les résultats fournis par l’INE (Institut National Électoral) confirment les prévisions des derniers sondages[2] qui positionnaient le parti du président Andrés Manuel López Obrador (AMLO), Movimiento Regeneración Nacional (MORENA), en tête des intentions de vote (42%). Bien qu’encore largement dominant, le poids de MORENA déclinerait et la coalition (Juntos Haremos Historia) formée par MORENA et ses alliés (Partido Verde et Partido del Trabajo) disposerait de la majorité au sein de la Chambre des députés tout en perdant la majorité qualifiée. Les partis traditionnels d’opposition, formant la coalition Va por México (le Partido Acción Nacional, PAN ; le Partido Revolucionario Institucional, PRI et le Partido de la Revolución Democrática, PRD), auraient donc significativement progressé et récolteraient entre 36% et 43% des sièges (contre 28% précédemment).

Au terme d’élections marquées par une grande violence (169 incidents ayant déjà fait 143 morts, plus de 30 candidats tués et nombreux incendies d’urnes électorales), si MORENA voit son pouvoir diminuer au Parlement, le parti est loin de subir une défaite. MORENA (39%) et ses alliés disposeraient d’une majorité parlementaire proche de 56% (contre 67% auparavant), mais ne jouiraient plus de la majorité qualifiée (deux tiers des 500 sièges), condition nécessaire mais non suffisante pour procéder à des réformes constitutionnelles. Amender la Constitution nécessite, en effet, une majorité qualifiée dans les deux chambres du Congrès (la majorité présidentielle ne dispose pas du nombre de sièges requis au Sénat) et une majorité simple dans au moins 17 des 32 congrès locaux. Or, en ce qui concerne les élections locales (gouverneurs et assemblées locales), les résultats préliminaires suggèrent une consolidation du pouvoir de MORENA, un parti d’à peine trois ans qui continue d’élargir sa domination territoriale avec une majorité relative dans 19 des 32 États. À noter, cependant, l’affaiblissement de MORENA à Mexico (bastion initial du mouvement et source de financement et de pouvoir au niveau national) où il aurait perdu 9 des 16 districts de l’État au profit du PAN.

La configuration du nouvel "ordre" législatif n’est pas définitive : elle ne sera définitivement connue qu’à la fin du mois d’août, date limite à laquelle les tribunaux électoraux doivent avoir résolu tout conflit en suspens. En effet, la probabilité de conflits post-électoraux (accusations d'irrégularités, demandes de recomptage des voix et, plus généralement, recours aux tribunaux) reste importante.

Ces élections peuvent s’apparenter à une sorte de referendum sur la présidence. Elles ont offert aux Mexicains la possibilité de s’exprimer sur la première moitié du mandat d’AMLO et sur son programme politique qu’il nomme la « Quatrième Transformation ». Or, malgré les ravages causés par la pandémie, la profondeur de la récession économique, l’apathie budgétaire pour contrer la crise et une érosion naturelle après deux ans et demi de mandat, la popularité du président est restée solide durant la campagne électorale (avec une cote de popularité encore supérieure à 60%[3]). Très récemment, face à la stabilisation progressive des cas de Covid-19 dans le pays, les inquiétudes de la population se sont recentrées vers des thèmes chers à AMLO : les sondés[4] se déclarent désormais davantage préoccupés par la sécurité (42%) et l'économie (24%) que par la pandémie (9%).

L’affaiblissement de son pouvoir législatif devrait contraindre MORENA à de plus grandes concessions. Interprétée par certains comme le désir des électeurs de freiner les ambitieux projets du programme politique du président, la perte de la majorité qualifiée à la Chambre basse par MORENA pourrait donner lieu à des discussions plus tendues au Congrès. La ratification d'éventuels amendements constitutionnels rendue désormais plus ardue a apporté un certain soulagement au milieu des affaires et le Peso s’est apprécié. Pour rappel, l’incertitude générée par les politiques du gouvernement a contribué au recul des investissements (baisse de 22% depuis le début du mandat du président).

Cependant, le risque que le président se montre toujours aussi "vocal" et poursuive des changements plus subtils nécessitant une majorité simple n’est pas exclu. Ceci concerne, par exemple, le projet de loi controversé visant à réformer le secteur de l’énergie et limitant l’investissement privé, approuvé à la majorité simple par le Congrès en février 2021, mais mis en attente car jugé non conforme à la Constitution. La majorité simple permet toutefois au président d'approuver le budget pour les trois prochaines années (la prochaine élection présidentielle se tiendra en juillet 2024) et de mener des réformes juridiques sur des lois secondaires. En effet, le contrôle du budget reste stratégique pour le président car ceci lui confère la possibilité de notamment poursuivre les travaux emblématiques d’infrastructure (tels que le Train Maya, la raffinerie Dos Bocas et l’aéroport Santa Lucia). Enfin, on ne peut exclure le risque de voir AMLO s’appuyer sur la "démocratie directe" tels que les plébiscites et les consultations populaires informelles, afin de contourner le Congrès et d'obtenir le "soutien du peuple".

De nombreux sujets permettront au cours du second semestre 2021 de tester les ambitions présidentielles mais aussi les institutions. On peut notamment citer : la suppression par le gouvernement de certaines agences autonomes (telles que l'Institut National Électoral, la Commission Antitrust et l'Institut National pour la Transparence), motivée par l’allègement des coûts mais perçue comme une volonté de contrôle par la présidence ; l’avis de la Cour suprême sur la constitutionnalité des réformes énergétiques ; de nouvelles lois judiciaires (notamment la loi « Zaldivar », passée par AMLO à la veille des élections, visant à prolonger le mandat d’A. Zaldivar, président de la Cour suprême politiquement aligné avec le président). Enfin, l’attention se portera sur l’annonce par AMLO de l’introduction d’une réforme fiscale suite aux élections de mi-mandat (dans le but d’améliorer la collecte fiscale).

Article publié le 11 juin 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

[1] Voir hebdomadaire du 21 mai 2021 – « Mexique : un survol préélectoral ».

[2] Oraculus – Pools of pools – Elección para la Cámara de Diputados 2021” – 17 mai 2021.

[3] Oraculus – Pools of pools – “Aprobación Presidencial” – 10 juin 2021.

[4] El Financiero - “Aprobación de AMLO Seguridad pública, el principal problema del país, según encuestados (Especial)”mai 2021.

Mexique – Un petit revers, d'importantes conséquences

Ces élections peuvent s'apparenter à une sorte de referendum sur la présidence. Elles ont offert aux Mexicains la possibilité de s'exprimer sur la première moitié du mandat du président et sur son programme politique qu'il nomme la "Quatrième Transformation". Or, malgré les ravages causés par la pandémie, la profondeur de la récession économique, l'apathie budgétaire pour contrer la crise et une érosion naturelle après deux ans et demi de mandat, la popularité du président est restée solide durant la campagne électorale (avec une cote de popularité encore supérieure à 60%).

Catherine LEBOUGRE, Economiste