Moyen-Orient – Le risque politique ne s'améliore pas

Moyen-Orient – Le risque politique ne s'améliore pas
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En résumé

En quelques jours, les populations de trois pays du Moyen-Orient ont été appelées à s’exprimer par les urnes pour le choix de leurs dirigeants. Dans ces trois pays, ces scrutins envoient un signal désagréable de crispations politiques de plus en plus fortes. Les processus électoraux tout comme les choix politiques illustrent le maintien du risque politique interne à un niveau très élevé au Moyen-Orient.

Algérie

Les élections législatives anticipées décidées par le président Tebboune pour légitimer sa politique ont mobilisé encore moins d’électeurs que lors des précédents scrutins. Le taux de participation officiel est de 23%, le plus bas constaté depuis l’indépendance du pays, il est aussi en forte baisse par rapport au scrutin de 2017 (30%). Certains partis politiques d’opposition (type FFS) avaient boycotté le scrutin et le mouvement populaire du Hirak avait été fortement réprimé avant les élections. Celles-ci n’ont d’ailleurs pas été tenues en Kabylie, région hostile au pouvoir central. La légitimité du scrutin en ressort donc affaiblie. Le FLN, ex-parti unique, sort vainqueur avec 105 sièges, suivi des représentants non affiliés (78), du MSP (islamistes, 64) et enfin du RND, le parti frère du FLN (57). Cette répartition obligera donc les partis du gouvernement (FLN et RND) à gouverner sous forme de coalition avec des voix extérieures.

Un résultat décevant pour le pouvoir et probablement au cœur de la démission récente du Premier ministre A. Djerad. Cette situation risque néanmoins de faire perdurer l’immobilisme tant politique qu’économique. Il est donc aussi probable que les mouvements sociaux du Hirak ne s’apaisent pas, compte tenu d’une situation économique qui continue de se dégrader.

Iran

Les élections présidentielles ont eu lieu le 18 juin sur une liste étroite de candidats pratiquement tous conservateurs, la candidature des réformistes crédibles ayant été invalidée par Khamenei. Ebrahim Raïssi, ministre de la Justice, conservateur dur et candidat malheureux aux deux précédents scrutins contre Hassan Rohani, était le candidat privilégié du pouvoir et a donc été élu dès le premier tour avec 62% de votes favorables, lors d’un scrutin que l’on peut qualifier de parodie de consultation populaire. Le désenchantement des électeurs iraniens, pourtant d’habitude très mobilisés pour les présidentielles (les taux de participation oscillent généralement entre 72% et 85%) est illustré par le très faible taux de participation de 49%. Moins d’un électeur sur deux est donc allé voter. Signe de la crispation du pouvoir et d’une image très dégradée des candidats "officiels", la campagne électorale n’a pratiquement pas eu lieu, rendue inutile par l’investiture officielle et la victoire de Raïssi acquise au départ. Si l’on met de côté la fraude électorale institutionnelle qui a porté Ahmadinejad à son deuxième mandat présidentiel en 2009 et a provoqué des émeutes, Raïssi est donc le président le plus mal élu de la République islamique. Ce constat et l’absence d’opposition politique tolérée par le régime retirent beaucoup de légitimité à cette élection. En Iran, le président a en fait des fonctions de Premier ministre. Khamenei, le "guide", est le véritable chef d’État. Raïssi, un ancien proche de l’ayatollah Khomeyni, a été impliqué dans les répressions politiques violentes des années 1980 et est considéré par les États-Unis comme un "complice de la violation des droits humains". C’est désormais l’interlocuteur privilégié de l’administration Biden pour la nouvelle négociation de l’accord sur le nucléaire civil, ce qu’il vient de réaffirmer. Washington attendait ce scrutin pour poursuivre les discussions. Raïssi plaide également pour une reprise des relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite.

Israël

En Israël, les législatives de mars dernier ont abouti à un éclatement du Parlement en treize partis politiques et ont aussi consacré l’effondrement du parti travailliste (6%). De nombreuses discussions et tractations ont eu lieu pour trouver une coalition improbable de partis et d’idéologies antagonistes dont la seule valeur commune était de faire partir Netanyahou (chef du parti conservateur le Likoud) du pouvoir. Cela a abouti à la nomination d’un Premier ministre issu d’un nouveau parti, Naftali Bennett, ex-bras droit de Netanyahou, de tendance droite radicale mais assez pragmatique. Celui-ci cédera son poste au bout de deux ans à Yaïr Lapid, chef du parti Yesh Atid, l’un des vainqueurs de l’élection. Avec une majorité d’une seule voix à la Knesset, le risque d’instabilité politique est élevé, car un parti islamiste fait aussi partie de cette coalition. Comme pour les précédents scrutins, il est probable que ce gouvernement n’aille pas au terme de son mandat. L’instabilité politique pourrait donc perdurer, car elle est inscrite dans le fonctionnement du scrutin à la proportionnelle. L’une des premières déclarations du nouveau Premier ministre Bennett a été de condamner les élections en Iran et de réaffirmer l’opposition à la renégociation d’un accord sur le nucléaire avec l’Iran.

Syrie

Début juin, une parodie d’élection a eu lieu en Syrie, dans les territoires restreints sous le contrôle de Damas, renouvelant Bachar Al-Assad au pouvoir, seul candidat à sa propre succession. La mise en scène du régime dictatorial a pour seule limite la durée de vie du dictateur.

Article publié le 25 juin 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Moyen-Orient – Le risque politique ne s'améliore pas

En Algérie, les élections législatives anticipées du 12 juin décidées par le président Tebboune pour légitimer sa politique ont mobilisé encore moins d'électeurs que lors des précédents scrutins. En Iran, les élections présidentielles du 18 juin ont eu lieu sur une liste étroite de candidats pratiquement tous conservateurs, la candidature des réformistes crédibles ayant été invalidée par Khamenei. En Israël, les législatives de mars dernier ont abouti à un éclatement du Parlement en treize partis politiques et ont aussi consacré l'effondrement du parti travailliste (6%). En Syrie, début juin, une parodie d'élection a eu lieu, renouvelant Bachar Al-Assad au pouvoir, seul candidat à sa propre succession.

Olivier LE CABELLEC, Economiste