NGEU, le plan de relance européen – Une nouvelle politique économique

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Le moteur franco-allemand pour tracer le chemin 

La philosophie du plan de relance européen trouve ses racines, bien en amont de la crise de la Covid-19, dans la prise de conscience par les États européens du caractère systémique des nouvelles rivalités de puissance. Dans ce nouveau contexte géopolitique mondial, l’efficacité du pouvoir technocratique des institutions européennes, qui s’est exercé principalement dans la préservation du marché unique et via le pouvoir règlementaire, est remise en question. L’avènement d’une Europe plus politique a été porté par la France d’E. Macron, rapidement suivie par une Allemagne autrefois réticente, mais plus récemment menacée par la politique commerciale américaine et chinoise. 

France et Allemagne ont commencé à renverser la stricte logique de marché et à dessiner la nouvelle politique économique européenne. Les trois principales politiques, la concurrence, la politique industrielle et la politique commerciale, ne peuvent plus continuer d’être compartimentées. Les deux grands pays promeuvent une vision stratégique de mise en cohérence de ces trois domaines. Le rôle de la puissance publique dans l’incitation à la nécessaire transformation des économies européennes a été réaffirmé. La mise en commun du potentiel technologique, jadis taboue dans plusieurs secteurs, est maintenant au cœur de cette nouvelle stratégie.

Le plan de relance européen s’inscrit dans cette nouvelle logique de riposte stratégique pour réactiver et optimiser le moteur interne de l’UE, pour piloter une remise à niveau technologique du continent autour d’un projet capable de mettre en cohérence croissance, soutenabilité, mobilité sociale et consensus démocratique. Il vise aussi à produire des interdépendances et des synergies entre pays, voire à créer de véritables initiatives supranationales, capables de générer des externalités positives pour les États impliqués et pour l’UE dans son ensemble.

Des plans nationaux ou européens ?

Nous avons souligné dans les podcasts précédents que les plans nationaux, bien que s’accordant à des priorités européennes, répondent d’abord à des défis internes. Le principal poste de dépense est la mobilité soutenable en Allemagne (19% des dépenses) et en Espagne (19%), l’inclusion et la cohésion en France (17%) et au Portugal (20%), l’efficacité énergétique en Grèce (17%) et en Belgique (20%), tandis qu’en Italie, ce sont les infrastructures ferroviaires (13%).

Il existe néanmoins une composante commune et transnationale dans les déclinaisons nationales. Tous les pays ont répondu présents pour s’inscrire dans les grandes priorités identifiées par l’Union. Souvent, la dépense dans la transition énergétique a été même supérieure au seuil de 37% fixé par la Commission européenne. Les pays ont également dépassé le minimum de 20% à allouer à la transformation numérique. Beaucoup de projets répondent en même temps à plusieurs des six piliers de dépense, avec des superpositions importantes entre les dépenses pour la transition énergétique et pour la croissance soutenable, mais aussi entre la transformation digitale et la résilience économique et sociale. La comparaison entre les plans est complexe puisque les pays recevant des montants plus importants des fonds peuvent se permettre une plus grande diversification.

Parmi les grands projets identifiés comme essentiels dans la stratégie industrielle européenne, des coopérations sont inscrites dans les plans nationaux dans le domaine de l’hydrogène et des batteries électriques entre la France et l’Allemagne, dans la microélectronique et la 5G entre la France, l’Allemagne et l’Espagne. L’Italie rejoint les trois pays dans le développement d’un projet de cloud, tandis que France et Espagne collaborent dans des projets de santé et d’ingrédients pharmaceutiques.

Le plan de relance ne pourra pas à lui seul déterminer le succès de la nouvelle stratégie industrielle de l’Union, mais ces initiatives pourraient donner lieu à des formes de coopération supranationale irréversibles, capables d’accélérer la coordination budgétaire européenne, et même de la dépasser, pour constituer le squelette d’une politique budgétaire commune, pourquoi pas financée par une dette commune.

Après ce panorama sur la composante européenne du plan de relance, nous vous proposons une deuxième série de podcasts sur les plans nationaux avec les exemples français, allemand, italien, espagnol et polonais.