Zone euro – Conjoncture flash : PIB et emploi au T1 2021

Zone euro – Conjoncture flash : PIB et emploi au T1 2021
  • Zone euro : panorama conjoncturel mensuel

En résumé

  • La deuxième estimation du PIB au T1 2021 signale une meilleure évolution (-0,3% sur le trimestre) par rapport à l’estimation préliminaire (-0,7%) ainsi qu’à la plupart des prévisions. L’acquis laissé à la croissance de 2021 est de 2%. Le PIB s’est légèrement redressé en Italie (+0,1% après -1,8% au T4 2020), presque stabilisé en France (-0,1% après -1,5%), replié en Espagne (-0,5%) et davantage encore en Allemagne (-1,8% après +0,5%). Les différentes temporalité et sévérité des mesures de limitation de la circulation expliquent en large partie ses dynamiques contrastées.
  • Le PIB est encore de 5,1% inférieur au niveau pré-crise. Les différences entre pays se réduisent avec l’Allemagne qui creuse un peu plus son écart du niveau de fin 2019 (-5%), la France qui montre la meilleure récupération (-4,7%) et l’Italie qui réduit son retard (-6,4%). L’Espagne reste en revanche à la traîne (-9,4%).
  • C’est encore la consommation privée qui freine la croissance, mais le rythme de sa baisse (-2, 3%) diminue par rapport à la fin d’année (-2,9%). Ainsi elle creuse davantage l’écart par rapport au niveau d’avant-crise (-9,5%). C’est en Allemagne que le recul des dépenses des ménages est le plus marqué (-5,4%), tandis qu’il est moins prononcé en Italie (-1,2%) et en Espagne (-1%). La consommation privée se redresse en revanche en France (+0,2%) où l’écart au niveau pré-crise est le plus faible (-6,8%). Dans les autres grandes économies, la récupération de la consommation des ménages est bien plus en retard (autour de -10%).
  • La contribution de l’investissement à la croissance du PIB s’efface avec une croissance trimestrielle (0,2% après 2,5%) en perte d’élan. Ce ralentissement s’explique principalement par le moindre dynamisme de l’investissement en logement (0,5% après 1,9%) tandis que celui en d’autres constructions reste soutenu (1,4%). L’investissement productif maintient également une dynamique prononcée (1,2%) notamment dans la machine et équipement, mais il est amputé par sa composante de biens de transports qui marque un net repli (-6,7%). L’affaiblissement de l’investissement est commun à l’Allemagne (0,3% après 2,5%) et à la France (0,2% après 1,7%) mais, si outre-Rhin les deux composantes de l’accumulation perdent en puissance (la productive étant même en léger repli), en France c’est la construction qui recule tandis que l’investissement productif se redresse. Le repli de l’accumulation en Espagne (-1,9%) relève aussi d’une baisse davantage prononcée dans la construction (-5,2%) tandis que l’investissement productif se maintient. En Italie en revanche, l’accumulation de capital marque une franche accélération : 3,7% après 0,4%), commune à la construction et à la FBCF productive. Si l’investissement affiche encore un important écart par rapport au niveau pré-crise (-7,7%), l’effet n’est pas à chercher dans les grandes économies de la zone. C’est l’investissement en Irlande qui n’a toujours par compensé sa très forte baisse de 2020. L’investissement a déjà dépassé son niveau d’avant-crise en Italie (+2,3%), s’en rapproche en Allemagne (-1%) et en France (-2,3%), tandis qu’il est plus en retard en Espagne (- 8,9%).
  • Les échanges commerciaux ont aussi perdu leur élan, mais leur contribution à la croissance reste légèrement positive du fait d’un moindre ralentissement des exportations (+1% après +3,8%) que des importations (+0,9% après +4,5%). Ce sont les exportations hors zone qui expliquent le ralentissement des ventes à l’étranger. Le commerce intra-zone quant à lui se renforce.
  • En ligne avec l’évolution de l’activité, le nombre de personnes dans l’emploi a reculé de 0,3% sur le trimestre au premier trimestre 2021, après avoir légèrement crû au T4 2020 (+0,4%). Ainsi l’emploi se retrouve à un niveau de 2,1% inférieur à celui pré-crise. Mais les heures travaillées se sont une fois de plus repliées (-0,8%) et se retrouvent à un niveau inférieur de 7% à celui d’avant-crise.
  • L’emploi s’est replié en Allemagne (-0,1%), en France (-0,2%) et plus fortement en Italie (-0,9%), tandis qu’il a de nouveau progressé en Espagne (+1%). Si les créations d’emplois ont repris fortement dans le commerce en Espagne, ce n’est pas le cas ailleurs, où elles restent circonscrites à la construction. L’ajustement des heures travaillées (-1,4%) s’est rajouté à celui de l’emploi en Allemagne pour s’aligner avec la baisse de l’activité et, en Espagne (-2%), il a plus que compensé la reprise de l’emploi. La remontée de la durée travaillée a été modeste en France (+0,1%) ainsi que sa baisse en Italie (-0,2%).
  • L’écart de l’emploi par rapport au niveau pré-crise est plus important en Espagne (-3,5%) en Italie (-2,8%), tandis qu’il est faible en Allemagne (-1,6%) et en France (-1,2%). Mais, en termes d’heures travaillées, le retard est similaire entre pays (de -7% en zone euro).
  • On peut dresser un premier bilan des dynamiques à l’œuvre sur le marché du travail en 2020. Après un faible repli au T1 2020 (-0,3%) et un recul plus marqué au T2 (-3%), l’emploi s’est redressé au T3 (+1%) et au T4 (+0,4%). Ces évolutions ont été nettement moins marquées que celles de l’activité sur la même période. Le seul chiffre de l’emploi ne raconte en effet pas la totalité de l’histoire, car la durée du travail s’est beaucoup contractée sous l’effet des dispositifs de chômage partiel. Le recul cumulé des heures travaillées a atteint 16,9% au deuxième trimestre 2020. Si l’on cumule la baisse du nombre de personnes employées et celle des heures travaillées, le résultat est plus cohérent avec le repli de l’activité. Le redressement des heures travaillées au troisième trimestre (+14,4%) a été rapide mais s’est interrompu au T4 (-1,6%).
  • Aussi le taux de chômage, après une première baisse au T1 2020 (à 7,3%), a légèrement augmenté au T2 (7,6%) pour remonter plus rapidement au T3 (8,6%) et entamer une baisse au T4 (8,3%). Il se trouve à 8% en avril 2021, de peu supérieur à son niveau pré-crise. D’habitude, lors d’une crise économique, le taux de chômage signale bien la dégradation du marché du travail. Mais, dans cette crise, il ne relate qu’une partie de l’histoire. Les chômeurs, qui normalement auraient été disponibles à travailler et qui auraient recherché un emploi, ont pu abandonner leur recherche à cause des moindres opportunités ou parce que non disponibles à travailler immédiatement à cause d’autres responsabilités (garde d’enfants). De ce fait, ils n’ont plus été comptabilisés comme chômeurs. La part des personnes disponibles à travailler mais ne cherchant plus un emploi a monté de 14,7% après les premières restrictions au T1 2020, atteint un pic au T2 (+46%) et diminué au T3 (-27%) pour se stabiliser au T4. À fin 2020, leur niveau est de 22,2% supérieur à celui de la fin 2019.
  • En dépit des effets visibles sur l’emploi et le chômage, il y a donc eu des sorties importantes de la population active car la disponibilité à travailler et la capacité à trouver un emploi ont été affectées. Ainsi, si l’année 2020 a été caractérisée par des flux nets de l’emploi vers le chômage de l’ordre de 410 000 personnes, les transitions nettes de l’emploi vers l’inactivité ont été davantage importantes : 1,7 million de personnes. Mais surtout, on a constaté que l’augmentation du chômage s’est associée à des flux nets du chômage vers l’inactivité concernant 327 000 personnes. Ainsi, 30,6% des chômeurs sont devenus inactifs en 2020 (plus que le 25% de 2019), tandis que 29,6% ont trouvé un emploi (moins que le 33% de 2019). Les transitions du chômage vers l’inactivité ont été particulièrement élevées en Italie (44,5%), moins en France (29%) et en Espagne (26,4%).
  • Une part importante des personnes qui étaient déjà inscrites dans les agences pour l’emploi n’étaient plus en recherche active d’emploi ou n’étaient plus disponibles pour travailler. L’indicateur de sous-utilisation de main-d’œuvre ou du halo du chômage a donc fortement augmenté au cours du deuxième trimestre 2020 dans la zone euro. Il a atteint 8,3% de la population active (élargie) en Allemagne, 15,3% en France, 23,6% en Italie et 25% en Espagne. La sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui a fortement diminué au cours de l’été, s’est stabilisée en fin d’année à un niveau très élevée par rapport à celui d’avant-crise. Fin 2020, elle se monte à 8,3 points de la population active (étendue) contre 7,5% avant la crise. Additionnée au taux de chômage, elle constitue 16% de la force de travail.
Zone euro – Conjoncture flash : PIB et emploi au T1 2021

Le PIB est encore de 5,1% inférieur au niveau pré-crise. Les différences entre pays se réduisent avec l'Allemagne qui creuse un peu plus son écart du niveau de fin 2019 (-5%), la France qui montre la meilleure récupération (-4,7%) et l'Italie qui réduit son retard (-6,4%). L'Espagne reste en revanche à la traîne (-9,4%).

Paola MONPERRUS-VERONI, Economiste