Hong Kong – Comment gérer une reprise "en K" ?

Hong Kong – Comment gérer une reprise "en K" ?
  • Effacer le double choc de 2019 et 2020
  • Gérer une économie de plus en plus hétérogène
  • Les clés du succès : vaccination et soutien aux ménages

En résumé

L’économie hongkongaise émerge doucement de la crise : la croissance du premier trimestre (7,9% en glissement annuel) signe le premier trimestre de progression de l’activité depuis le T2 2019. Sa composition, qui s’appuie pour l’instant essentiellement sur le commerce extérieur, est le signe de déséquilibres plus structurels dont les stigmates se font encore sentir.

Effacer le double choc de 2019 et 2020

Il ne faut pas l’oublier : Hong Kong est une des rares économies en Asie à être entrée en récession avant la crise de 2020, alors que son niveau d’activité était déjà réduit par des mois de manifestations. Si bien que si l’on prend en compte ces deux années de récession, le niveau du PIB fin 2020 était de 7,3% inférieur à celui de fin 2018, et donc que – si l’on en croit les prévisions du FMI (croissance de 4,3% en 2021 et de 3,8% en 2022) – Hong Kong ne devrait retrouver son niveau de PIB pré-récession qu’à fin 2022.

Gérer une économie de plus en plus hétérogène

De plus, ce double choc a principalement impacté les mêmes industries. Hong Kong présente ainsi un profil particulièrement net de reprise "en K", où trois types de secteurs peuvent être différenciés.

  1. Les secteurs qui ont été peu ou pas touchés par la crise, au premier rang desquels le secteur financier ;
  2. Les secteurs touchés par la crise, mais en pleine dynamique de reprise, notamment ceux liés à l’import/export ;
  3. Les secteurs touchés par la crise dans lesquels la dynamique de reprise est beaucoup moins nette, qui sont principalement liés à l’activité touristique (hôtellerie, restauration) et à la consommation des ménages.

Cette segmentation est particulièrement nette dans les statistiques du chômage. Le taux de chômage est ainsi passé de 3,4% en janvier 2020 à 7,2% en février 2021 (une légère décélération a été observée en mars, où il a atteint 6,8%), mais demeure à des niveaux très hétérogènes (4,7% dans le secteur de la finance, 6,2% pour les activités liées à l’import/export, 11,1% pour le commerce de détail, l’hôtellerie et la restauration).

Si la consommation privée montre des signes de reprise depuis février, c’est avant tout en raison de forts effets de base : la hausse de 31,5% en glissement annuel des ventes au détail en février 2021 n’est que le miroir de leur chute de 46,7% en février 2020, et ne compense donc pas les pertes de l’année précédente. Le niveau de l’indice des ventes au détail sur les trois premiers mois de l’année 2020 demeure ainsi encore 20% inférieur à celui de l’année 2019, 30% inférieur à celui de l’année 2018.

Soleil derrière ces nuages, le commerce extérieur montre de véritables signes de reprise. Déjà moins affecté par la crise sanitaire et indépendant des flux liés au tourisme, il profite depuis le début de l’année d’une accélération de la demande mondiale, notamment en provenance des États-Unis, son deuxième client. 

Les clés du succès : vaccination et soutien aux ménages

Si Hong Kong fait figure de bon élève de la vaccination parmi les pays d’Asie (13% de la population a reçu au moins une dose), le rythme de la campagne demeure encore trop lent pour envisager une réouverture totale des frontières à court terme.

D’autant que la stratégie vaccinale du territoire a enregistré quelques déconvenues : alors que Hong Kong avait misé sur trois vaccins (AstraZeneca, Pfizer et Sinovac), les approvisionnements du premier ont été suspendus en raison des effets secondaires relevés dans d’autres pays sur les moins de soixante ans et le troisième a été reconnu par les autorités chinoises elles-mêmes comme peu efficace.

Hong Kong a beau dire prendre "toutes les mesures nécessaires" pour alléger les mesures pesant sur les déplacements frontaliers avec la Chine (son principal pourvoyeur de touristes), aucun calendrier officiel n’est pour l’instant annoncé. Le compteur de visiteurs étrangers reste donc pour l’instant bloqué sous les 10 000 par mois, contre plus de 5 millions avant la crise.

À court terme, les autorités hongkongaises ont donc opté pour de nouvelles mesures de soutien budgétaires aux ménages. Ces derniers vont ainsi recevoir des bons de consommation pour un montant total de 5 000 HKD par personne (soit un peu plus de 500€).

Notre opinion – La structure très particulière de l’économie hongkongaise et ses déséquilibres évidents entre taille de l’économie domestique et extérieure en font une représentante particulièrement éclairante de la reprise "en K", observée un peu partout ailleurs.

Les hausses spectaculaires en glissement annuel de certains indicateurs ne doivent pas faire oublier que l’économie émerge d’un long tunnel de six trimestres consécutifs de récession, et que le niveau pré-crise de ces mêmes indicateurs est encore loin d’être atteint.

Dépendant de la Chine continentale sur la question des frontières terrestres et client de son vaccin a priori peu efficace, la reprise du tourisme à Hong Kong, clé de voûte de la stratégie de normalisation de l’économie, est encore aussi lointaine qu’incertaine.

Article publié le 7 mai 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Hong Kong – Comment gérer une reprise "en K" ?

Dépendant de la Chine continentale sur la question des frontières terrestres et client de son vaccin a priori peu efficace, la reprise du tourisme à Hong Kong, clé de voûte de la stratégie de normalisation de l'économie, est encore aussi lointaine qu'incertaine.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)