Moyen-Orient & Afrique du Nord – Entre déflation et hyperinflation, une région très contrastée

Moyen-Orient & Afrique du Nord – Entre déflation et hyperinflation, une région très contrastée

En résumé

L’inflation moyenne de la région est issue de l’addition pondérée de taux hétéroclites et reflète très imparfaitement la situation régionale. Tirée à la hausse par l’Égypte et l’Iran, deux poids lourds économiques à l’inflation historiquement forte, elle s’est établie en moyenne à 9,2% en 2020 et la prévision pour 2021 ressortirait à 8,7%. Cette inflation élevée est d’ailleurs fortement influencée par les régimes de change fixe au dollar américain (peg) et par la dévaluation brutale de certaines devises qui créent immédiatement de l’inflation importée en raison de balances commerciales excessivement déficitaires dans les pays non pétroliers.

À l’autre extrémité du spectre, on trouve les pays pétroliers du Golfe à la politique monétaire non indépendante, puisque solidement ancrée au dollar américain et à la politique de la Fed de taux historiquement bas. Les pegs des monnaies du Golfe assurent donc une inflation très modérée, garante, par la stabilité des prix, de la préservation du pouvoir d’achat des ménages, et donc d’une politique de protection sociale contre les chocs externes. Pour les pays non pétroliers, un peg est aussi une assurance de stabilité des prix et donc d’attraction des investissements étrangers.

En 2020, la région illustre bien, en termes d’inflation, la diversité, voire l’hétérogénéité du monde émergent. Hors pays en guerre (Yémen et Syrie) ou pays en crise majeure (Liban et Iran) qui connaissent tous des épisodes de forte inflation, voire d’hyperinflation, l’inflation moyenne de la région s’est élevée à 1% en 2020, un chiffre en légère hausse par rapport à 2019.

Effectivement, l’année 2020 a été marquée par la crise sanitaire et économique qui a entraîné des récessions dans tous les pays (à l‘exception de l’Égypte) et une contraction, parfois brutale, de la demande et donc de la consommation des ménages. Cela a généralement entraîné une baisse des prix, assez partagée dans tous les pays de la région, sur les biens de consommation courante des ménages, sauf en Arabie où l’impact de la hausse de la TVA de 10% s’est fait fortement ressentir.

Par ailleurs, trois pays du Golfe connaissent depuis quelques trimestres une crise d’excès d’offre immobilière qui pèse sur les prix des actifs, lesquels sont assez fortement pondérés dans les indices. Bahreïn et les Émirats (surtout Dubaï) ont donc subi une déflation assez forte en 2020 (-2,1%), mais indirectement corrélée à la crise. Effectivement, dans les Émirats, la déflation dure depuis deux années. Quant au Qatar, la déflation (-2,6% en 2020) dure depuis trois années, en partie en raison de la croissance du PIB déprimée par la longue crise diplomatique, commerciale et financière (2017-2020) avec ses voisins saoudiens et émiratis qui s’est achevée il y a quatre mois.

Dans quels pays de la région l’inflation est-elle menaçante ?

À l’exception des pays en guerre ou en crise cités plus haut, où l’inflation s’accompagne parfois de pénuries et alimente de très fortes tensions sociales, seuls deux pays semblent se détacher : la Tunisie et, dans une moindre mesure, l’Algérie.

En Tunisie, l’inflation dépasse les 5% et reste élevée depuis 2017, une inflation importée alimentée par la dépréciation régulière du dinar. Cette situation de quasi-stagflation (la croissance est très médiocre) est porteuse de risques, car elle provoque une spirale inflation-salaire illustrant une politique économique de fuite en avant.

En Algérie, l’évolution des prix est sous contrôle étroit des autorités. Mais une dépréciation du dinar pourrait, là aussi, alimenter une résurgence de l’inflation importée dans les prochains trimestres, si la baisse des réserves en devises se poursuit à un rythme aussi élevé.

Pour l’année 2021, les prévisions d’inflation de la plupart des pays se situent entre 1% et 3%, un scénario cohérent avec une phase de reprise de la croissance et de sortie des récessions de 2020.

Dans ce panorama général, l’Égypte fait, au Moyen-Orient figure d’exception tant par sa croissance (le pays a échappé à une récession en 2020) que par l’inflation. En phase de désinflation après une douloureuse période de forte inflation importée après 2017, la politique monétaire devrait se poursuivre pour contenir l’inflation à moins de 7%.

Quant au Liban, la hausse des prix de 85% en 2020, qui pourrait perdurer en 2021, n’est qu’un indicateur parmi d’autres de la crise multiforme qui frappe le pays et qui devrait déboucher sur des pénuries de certains produits dans les prochains mois.

Article publié le 30 avril 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Moyen-Orient & Afrique du Nord – Entre déflation et hyperinflation, une région très contrastée

Les craintes d'une hausse de l'inflation en 2021 sous l'influence d'une conjoncture et de la contagion d'une hausse aux États-Unis ne semblent absolument pas justifiées pour le Moyen-Orient. La hausse de l'inflation en 2021 doit plutôt se comprendre comme une sortie de la déflation de 2020 ou plutôt comme un retour à la normale de la consommation interne, après une crise majeure.

Olivier LE CABELLEC, Economiste