Royaume-Uni – La BoE a confirmé son positionnement relativement hawkish en mai

Royaume-Uni – La BoE a confirmé son positionnement relativement hawkish en mai

En résumé

Le comité de politique monétaire (MPC) de la Banque centrale d’Angleterre (BoE) a voté à l’unanimité le maintien de son taux directeur à 0,1% à l’issue de sa réunion du mois de mai. La taille cible du programme d’achats de titres d’État (gilts), qui est toujours censé s’achever en fin d’année, a été laissée inchangée à 875 milliards de livres (895 Mds £ en incluant le programme d’achats de titres d’entreprises).

En ligne avec nos anticipations et sur fond d’une nette amélioration des perspectives économiques, dont le rapport de politique monétaire du mois de mai fait état, la BoE a annoncé qu’elle réduirait le rythme de ses achats de gilts légèrement (de 4,4 Mds £ par semaine à 3,4 Mds £). Elle souligne qu’effectivement il ne s’agit pas de changement de politique monétaire, car le montant total cible des achats de gilts reste le même, mais d’une consé­quence technique de la décision prise en novembre 2020 de mener les achats d’actifs jusqu’à la fin de cette année. En outre, le chef économiste de la Banque centrale, l’éminent faucon Andy Haldane, a voté pour une réduction de 50 Mds £ du programme d’achats de gilts, soit une taille cible passant de 875 Mds £ à 825 Mds £.

Le vote de M. Haldane et la décision du MPC de ralentir ses achats ("tapering") dès le mois de mai (qui ne faisait pas consensus parmi les écono­mistes) ont été des surprises hawkish, même si le chef économiste avait, à maintes reprises, exprimé son optimisme sur les perspectives économiques, notamment sur la consommation des ménages et l’inflation. Pour lui, la demande domestique allait être plus forte que prévu dans les projections centrales du comité, ce qui allait amplifier les pressions sur les coûts et faire peser des risques haussiers sur l’inflation à moyen terme.

En termes de forward guidance, le MPC reste prêt à faire tout ce qui est nécessaire ("whatever action is necessary") pour respecter son mandat. Concer­nant un éventuel resserrement futur de sa politique monétaire, il n’a pas changé son intention de "ne pas resserrer la politique monétaire au moins jusqu’à l’apparition de signes clairs qu’un progrès significatif a été réalisé pour éliminer les capacités non utilisées et que la cible d’inflation de 2% allait être atteinte de manière soutenable".

Pour la majorité des membres du MPC, il s’agit de conditions nécessaires mais non suffisantes pour entamer tout resserrement de la politique monétaire. Pour eux, il faut que la politique continue de lutter fortement contre les risques baissiers entourant les perspectives, afin de soutenir l’économie et d’éviter qu’un resserrement inapproprié des conditions monétaires ne ralentisse le retour vers la cible. Certes, ces risques avaient diminué depuis février mais pour la majorité du MPC ces considérations continuaient de s’appliquer.

Les décisions du MPC ont été prises à la lumière de révisions significatives des prévisions économiques à court terme. Pour 2021, la croissance s’établirait à 7,25%, contre 5% prévu précédemment. C’est la conséquence d’une moindre chute du PIB anticipé pour le premier trimestre (-1,5% contre -4,2% en février), d’un assouplissement plus rapide que prévu des restrictions sur l’activité et la mobilité par le gouvernement, et de l’extension du stimulus budgé­taire à court terme. La BoE anticipe également un soutien plus fort à la consommation des ménages provenant de l’utilisation du stock d’épargne accu­mulée pendant la crise (10% du stock serait consom­mé au lieu de 5% supposé précédemment). L’éco­nomie retrouverait son niveau d’avant-crise à la fin de cette année avec un niveau du PIB pour le T4‑2020 supérieur de 1,3% aux prévisions précé­dentes. Le taux de croissance atteindrait son pic au T2-2021 à 4,3% sur le trimestre, resterait très élevé aux T3-2021 (3,9%) et T4-2021 (2%), avant de ralentir début 2022 et retrouver un rythme de 0,3% (inchangé par rapport à février et inférieur à la tendance d’avant-crise) en moyenne par trimestre en 2022 et 2023. Pour 2022, la croissance en moyenne annuelle s’affiche en baisse de 5% à 4,5%, conséquence des révisions du profil de PIB en 2021.  

Concernant l’évolution des prix à la consommation, l’inflation CPI a surpris significativement à la baisse au T1-2021 (de 0,2 point de pourcentage par rapport aux prévisions de la BoE). Mais un output gap moins important (-1,25% au T2-2021, contre -2,5% anticipé en février), des prix de l’énergie en hausse et le report de la hausse de la TVA dans les secteurs du tourisme et de la restauration, ont conduit la BoE à rehausser ses prévisions d’inflation. Un dépasse­ment de la cible plus prononcé est anticipé pour cette année et l’année prochaine, suivi par une modération vers la cible fin 2022. L’inflation CPI atteindrait 2,5% en moyenne au T4-2021, contre 1,9% prévu en février, et resterait supérieure à la cible pendant la majeure partie de 2022.

À moyen terme, sous l’hypothèse d’un taux directeur constant à 0,1%, l’inflation CPI est prévue à environ 2,1%, soit très légèrement supérieure à la cible. En revanche, sous l’hypothèse d’un taux directeur suivant les anticipations de marché (c’est-à-dire une hausse d’environ 50 points de base sur les trois prochaines années à 0,6% début 2024, avec un premier relèvement en 2023), l’inflation CPI serait proche, mais très légèrement en-dessous, de sa cible à moyen terme. Selon nous, cela représente de nouveau une validation implicite par la BoE des anticipations de marché sans pour autant inciter à un repricing vers le haut.

Notre opinion – Avec sa décision de ralentir ses achats d’actifs dès le mois de mai et de maintenir son objectif de fin du programme "autour de la fin de cette année", la BoE confirme son positionnement relativement hawkish parmi les grandes banques centrales mondiales. Mais sa tonalité pourrait devenir moins restrictive dans les prochains mois avec le départ de M. Haldane du MPC en juin, la majorité du MPC étant toujours relativement préoccupée par les risques baissiers autour des perspectives de croissance et par un éventuel resserrement trop important des conditions financières (via une hausse des taux et une appréciation de la livre).

En l’absence de surprise forte côté demande (et le scénario central de la BoE nous semble déjà assez optimiste), nous n’anticipons pas de nouvelle réduction des achats d’actifs dans les prochains mois. La BoE n’a rien indiqué de nouveau sur sa stratégie de sortie, qui reste à l’étude. Selon nous, elle devrait procéder d’abord à une baisse technique de son programme d’achats d’actifs avant toute hausse de taux. Nous n’anticipons donc pas de changement de taux avant 2023 (sachant que les projections du MPC suggèrent un premier relèvement vers la mi-2023).

Article publié le 7 mai 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Royaume-Uni – La BoE a confirmé son positionnement relativement hawkish en mai

En l'absence de surprise forte côté demande (et le scénario central de la BoE nous semble déjà assez optimiste), nous n'anticipons pas de nouvelle réduction des achats d'actifs dans les prochains mois. La BoE n'a rien indiqué de nouveau sur sa stratégie de sortie, qui reste à l'étude. Selon nous, elle devrait procéder d'abord à une baisse technique de son programme d'achats d'actifs avant toute hausse de taux. Nous n'anticipons donc pas de changement de taux avant 2023 (sachant que les projections du MPC suggèrent un premier relèvement vers la mi-2023).

Slavena NAZAROVA, Economiste - Royaume-Uni, Pays scandinaves et Irlande