Brésil – Un resserrement monétaire vigoureux

Brésil – Un resserrement monétaire vigoureux

En résumé

À la suite d’une accélération à près de 0,9% au cours du mois, l’inflation en glissement mensuel (IPCA) s’est établie à 5,2% en février (après 4,6% en janvier). Les sources d’inflation sont essentiellement logées dans deux postes spécifiques[1] qui expliquent 70% de l’inflation mensuelle : en tout premier lieu, celui des transports (53% de l’inflation en février ; augmentation des prix des carburants) puis de l’éducation (17% ; ajustements des frais en début d’année scolaire). L’inflation tangente la borne supérieure de la cible de la Banque centrale (3,75% +/-1,25 p.p.). Le Comité de politique monétaire (COPOM) de la banque centrale (BCB) a relevé le taux directeur (Selic) de 75 points de base (pb) à 2,75%, à l'unanimité et au-delà des anticipations du marché (consensus à 50 pb).

Alors que la hausse mensuelle de l’indicateur avancé d’activité de la BCB en janvier (+1%, mais encore en baisse sur un an de -4%) dissimule une amélioration toute relative[2], que plane le risque d’un nouveau ralentissement marqué au premier trimestre en raison de la détérioration de la situation sanitaire, que les prévisions de croissance sont revues à la baisse[3], la BCB a procédé à sa première hausse de taux depuis juillet 2015 (le relèvement de 50 pb portait alors le Selic à 14,25%...).

Au terme d’un assouplissement massif, la BCB entame ainsi un processus de « normalisation partielle » de sa politique monétaire qu’elle justifie doublement : le PIB s’est fortement redressé fin 2020 (récupérant une large partie du recul subi au premier semestre) et les anticipations d’inflation dépassent la cible centrale. Les conditions requises par un soutien monétaire extraordinaire ont cessé. Dans son scénario central, les projections de la BCB situent l’'inflation autour de 5% fin 2021 (3,5% fin 2022). Ce scénario suppose une trajectoire du taux Selic à 4,5% fin 2021 et à 5,5% en 2022.

L’accélération de l’inflation est patente et le risque d’un maintien à un niveau excédant largement la cible durant un semestre est élevé. Le prix des matières premières ne peut être seul tenu pour responsable. En 2020, l’inflation a accéléré rapidement après avoir atteint un creux en mai sous l’effet de la hausse des prix des matières premières alimentaires, de la dépréciation du change, mais aussi du redressement de l’inflation sous-jacente alimentée par le rebond de la demande intérieure, elle-même soutenue par les transferts en faveur des ménages.

Bien que l’effet de la hausse très marquée du prix de l’énergie soit voué à disparaître « statistiquement » (sous réserve d’une stabilisation du prix du pétrole) et que la dynamique de la reprise s’essouffle, la perspective d’un nouveau soutien budgétaire d’urgence à la demande (de bien moindre ampleur qu’en 2020 et pour seulement quatre mois), la dépréciation passée du change (et son actuelle fragilité) contribueront à exercer des pressions haussières sur les prix jusqu’à la fin de l’été au mieux. La BCB est claire : une nouvelle hausse de 75 pb interviendra lors de sa prochaine réunion. Cela ne préjuge cependant pas d’un resserrement monétaire se poursuivant tout au long de l’année : la BCB n’est pas exagérément agressive ; après s’être montrée tolérante, elle prend de l’avance et pourrait marquer une pause au plus tôt au second semestre. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter démesurément de l’impact du resserrement du taux directeur sur le crédit[4] : le premier agent pénalisé sera l’État (il est estimé qu’une augmentation d’un point de pourcentage alourdit le besoin de financement public de 0,4% du PIB).

[1] Poids des composantes de l’indice des prix (IPCA) – Alimentation et Boissons : 21,1 ; Logement et équipement du foyer : 19,5 ; Habillement : 4,3 ; Transports : 19,9 ; Santé et soins personnels : 13,1 ; Dépenses personnelles : 10,4 ; Education : 6 ; Communication : 5,7 (source : IBGE, février 2021).

[2] À la progression du secteur des services (transports, services professionnels et administratifs) et de la production (en ralentissement) industrielle, s’oppose la baisse des ventes au détail (fin de l’aide d’urgence en janvier).

[3] Selon le rapport hebdomadaire de la BCB sur les anticipations de marché (Market Readout du 12 mars), la médiane des prévisions de croissance se situe à 3,2% pour 2021 (contre 3,4% un mois auparavant). Les prévisions d’inflation (fin 2021) se redressent (à 4,6%, contre 3,6% il y a un mois) tout comme celles du Selic (4,5%, contre 3,75%) et du dollar (5,30, contre 5).

[4] Brésil – Un vrai V (qui ne préjuge pas de la reprise à venir) – 11 mars 2021

Article publié le 19 mars 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Brésil – Un resserrement monétaire vigoureux

La BCB est claire : une nouvelle hausse de 75 pb interviendra lors de sa prochaine réunion. Cela ne préjuge cependant pas d'un resserrement monétaire se poursuivant tout au long de l'année : la BCB n'est pas exagérément agressive ; après s'être montrée tolérante, elle prend de l'avance et pourrait marquer une pause au plus tôt au second semestre. Il n'y a pas lieu de s'inquiéter démesurément de l'impact du resserrement du taux directeur sur le crédit : le premier agent pénalisé sera l'État ; il est estimé qu'une augmentation d'un point de pourcentage alourdit le besoin de financement public de 0,4% du PIB.

Catherine LEBOUGRE, Economiste