États-Unis – Un plan de sauvetage au-delà des attentes

États-Unis – Un plan de sauvetage au-delà des attentes

En résumé

Le plan de relance économique de Joe Biden, baptisé "plan de sauvetage américain" (the American Rescue Plan ou ARP) a été adopté par le Congrès mercredi 10 mars et officiellement signé par le président le lendemain jeudi 11 mars. Il comprend des aides totalisant 1 900 milliards de dollars, soit environ 9% du PIB.

Les ménages, en particulier ceux à faibles revenus, sont les grands bénéficiaires de ce plan, avec des aides totalisant plus de 900 Mds $, soit près de la moitié de ce plan. Ce dernier prévoit, en effet, une multitude de mesures de soutien, parmi lesquelles des aides immédiates sous la forme de versements directs de 1 400 $ par personne pour les personnes gagnant moins de 75 000 $ par an et les couples mariés dont les revenus ne dépassent pas 150 000 $, le prolongement (jusqu’au 6 septembre) du complément hebdomadaire d’allocation chômage de 300 $ qui devait expirer le 14 mars, des crédits d’impôt substantiels liés aux enfants, des aides pour la santé, pour le paiement des loyers/crédits immobiliers, des aides alimentaires, etc. Une version antérieure du plan du gouvernement prévoyait une hausse du salaire fédéral minimal, mais elle n’a finalement pas pu être incluse dans le projet de loi final.

Parmi les mesures phares du plan figure également un soutien financier considérable (350 Mds $) aux collectivités intra-fédérales qui a pour objectif de prendre en charge les dépenses supplémentaires et la perte de recettes fiscales occasionnées par la crise.

Le plan prévoit des aides de près de 220 Mds $ au secteur de l’éducation pour accélérer la reprise de l’activité scolaire avec des fonds distribués aux crèches, aux établissements d’enseignement primaire et secondaire et aux universités.

Le plan consacre plus de 140 Mds $ à la lutte contre la pandémie, avec des fonds visant à améliorer la prise en charge des situations d’urgence de l’épidémie, à renforcer la campagne de dépistage et à accélérer la campagne de vaccination. À ce titre, Joe Biden a annoncé avoir pour objectif d’administrer 100 millions de doses au cours des cent premiers jours de son mandat.

En revanche, contrairement aux précédents plans de soutien, l’aide aux entreprises est plus limitée et plus ciblée. Après une première tranche d’aide aux restaurateurs de 15 Mds $ adoptée en décembre 2020, l’État fédéral complète son soutien au secteur par une nouvelle tranche de crédits de 25 Mds $. Le plan prévoit des prêts garantis aux très petites entreprises, y compris des prêts-subventions aux organisations à but non lucratif et à certaines entreprises de médias. Le secteur des transports se voit octroyer une aide spécifique sous forme de subventions et de prêts auprès de l’État fédéral (notamment pour venir en aide aux entreprises du transport aérien).

Le montant du plan final a dépassé de loin les anticipations de marché, y compris les nôtres (1 000 Mds $). Au lendemain des élections dans l’État de Géorgie, la majorité étroite du Parti démocrate au Sénat laissait présager une marge de manœuvre trop réduite, susceptible de compromettre le passage de l’intégralité du plan. Finalement, l’utilisation de la procédure de réconciliation budgétaire (pour laquelle une majorité simple est requise au Sénat) a permis de voter le plan, sans avoir besoin du soutien de la part du Parti républicain (mais cela n’a en revanche pas permis d’intégrer la hausse du salaire minimum fédéral).

Selon les estimations du CBO du 5 mars, l’impact sur le déficit sera concentré sur l’année 2021 avec des dépenses estimées à 1 100 Mds $ cette année, 476 Mds $ l’année prochaine et 115 Mds $ en 2023, le reste étant réparti sur les huit années jusqu’en 2031.

Il s’agit du troisième programme américain de dépenses majeures pour lutter contre les effets de la pandémie, après The Coronavirus Aid, Relief and Economic Security Act (CARES Act) de 2 200 Mds $ de Donald Trump, le plus vaste plan de soutien dans l’histoire du pays, et le plan de décembre de 900 Mds $. Ainsi, depuis le début de la pandémie, le gouvernement américain a pris des mesures totalisant 5 000 milliards de dollars.

Le plan a été voté par le Congrès après la publication le 5 mars dernier de chiffres de l’emploi meilleurs que prévu pour le mois de février. Les créations nettes d’emplois dans les secteurs non-agricoles se sont élevées à 379 000, dépassant largement les 200 000 anticipées par le consensus. En dépit des températures glaciales ayant provoqué une baisse de l’emploi dans la construction, le secteur privé a créé 475 000 emplois nets grâce à un net rebond des embauches dans le secteur des loisirs et de l’hôtellerie. Le taux de chômage s’est replié à 6,2% après 6,3%. S’il a fortement diminué depuis son plus haut taux à 14,8% atteint en avril dernier, il reste bien supérieur à son niveau d’avant-crise de 3,5% et son recul a été favorisé par une baisse de près de 2 points de pourcentage du taux de participation à 61,4% depuis le début de la crise. L’écart dans l’emploi total non-agricole par rapport à son niveau de pré-crise reste significatif à 9,5 millions, après 9,9 en janvier.

Article publié le 12 mars 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

États-Unis – Un plan de sauvetage au-delà des attentes

Nous avons révisé à la hausse nos prévisions de croissance pour 2021 et 2022, à 5,1% et 3,8% en moyenne annuelle respectivement contre 4% et 3% précédemment. Le PIB récupérerait son niveau d’avant-crise au T3 de cette année. Cela reflète non seulement le nouveau plan de soutien, mais aussi un impact plus fort à court terme du plan de décembre de 900 Mds $. En effet, les aides directes aux ménages (sous la forme de chèques de 600 dollars) semblent produire des effets immédiats sur les dépenses de consommation, comme le signale la hausse de 5% des ventes au détail en janvier. Les indicateurs disponibles suggèrent un rythme de croissance au T1 proche de celui du T4 2020, autour de 4% annualisé. La croissance devrait se renforcer au T2, en raison de versements aux ménages, et atteindre un pic au T3 : les progrès dans la campagne de vaccination devraient alors être jugés suffisants pour permettre une accélération de l’assouplissement des restrictions sociales. Une décélération graduelle de la croissance devrait ensuite avoir lieu en 2022, avec la baisse prévue du stimulus budgétaire.

Slavena NAZAROVA, Economiste - Royaume-Uni, Pays scandinaves et Irlande