Turquie – Pierre et le Loup

Turquie – Pierre et le Loup
  • Précaution de méthode
  • La politique intérieure explique beaucoup
  • Un choix volontaire
  • Comment expliquer la « stratégie du choc » ?
  • Mais la posture de cavalier seul dans un monde monétaire globalisé est-elle possible ?
  • Le risque majeur : la crise de confiance financière interne

En résumé

Les événements financiers de la semaine dernière en Turquie ‒ le remplacement du responsable de la Banque centrale et la chute concomitante de la devise ‒ relèvent à la fois de l'économie, de la finance, mais aussi de la politique. De plus, la véritable portée de ces événements ne peut être comprise qu'en prenant en compte tous ceux, du même genre (limogeages de gouverneurs de la Banque centrale, pressions de l'État sur la politique monétaire, crises répétées du change…), qui les ont précédés. Syndrome de Pierre et le Loup : à force de parler d'une crise de liquidité qui n'arrive jamais, on oublie que sa probabilité, à chaque nouveau choc, augmente. Reste à savoir où sont les segments les plus fragiles de l'économie.

Turquie – Pierre et le Loup

Depuis plusieurs années déjà, la Turquie affiche un besoin de financement externe trop important, aujourd'hui de l'ordre de 20% du PIB. La question d'un risque de liquidité latent n'est donc pas une nouveauté. Plusieurs années aussi que cette crise de liquidité n'arrive pas. D'une part, à cause de ce stop and go de l'économie qui, dans ses phases de croissance, attire les investisseurs. D'autre part, parce que la dette externe est surtout privée et que les grandes entreprises ont déployé des stratégies de couverture face aux chocs de change répétés. Enfin, la Turquie représente un marché en croissance proche de l'Europe, dynamisé par une population jeune, et porté par une capacité entrepreneuriale et manufacturière exceptionnelle. Beaucoup d'entreprises ne peuvent donc ni ignorer ni rayer ce pays de leur stratégie, ce que peuvent faire plus facilement des investisseurs financiers, qui eux, voient le risque de change (qu'ils portent) plus que la croissance du PIB. Cette situation stratégique de la Turquie lui assure cependant un coussin de financement du commerce international qui soutient à moitié ses financements externes.

Tania SOLLOGOUB, Economiste