États-Unis – Piètre croissance au troisième trimestre

États-Unis – Piètre croissance au troisième trimestre

En résumé

Le PIB américain a crû de 2% en rythme trimestriel annualisé au troisième trimestre (soit 0,5% en variation trimestrielle non annualisée), après 6,7% au deuxième trimestre. Le rythme de croissance a faibli fortement, passant de 12,2% en variation sur un an au deuxième trimestre à 4,9%. Toutefois, l’activité est restée 1,4% au-dessus de son niveau d’avant-crise (quatrième trimestre 2019).

Cette décélération est principalement due à un ralentissement plus important que prévu de la consommation des ménages. Selon le BEA (Bureau of Economic Analysis), elle reflète l’impact sur l’économie d’une résurgence des cas Covid-19 qui a entraîné de nouvelles restrictions et des retards dans la réouverture des établissements dans certaines parties du pays. À ce facteur s’ajoute la diminution des aides publiques, telles que les prêts-subventions aux entreprises, les subventions aux gouvernements étatiques et locaux et les prestations sociales. En conséquence, la consommation des ménages accuse un net ralentissement : à 1,6% (annualisé), après 12% au deuxième trimestre. Sa contribution à la croissance s’élève à 1,1 point de pourcentage. On observe un rééquilibrage des dépenses privées vers les services au détriment des biens : les dépenses en services augmentent, toutefois moins qu’au trimestre précédent (7,9%, après 11,5%), tirées par les dépenses en voyages à l’international, services de transport et dépenses de santé, tandis que les dépenses de biens baissent (notamment celles en véhicules et pièces automobiles).

La plupart des autres composantes du PIB sont également en deçà des attentes. L’investissement s’est ainsi replié légèrement sur le trimestre (-0,1% annualisé contre un rebond anticipé) et a apporté une contribution nulle à la croissance trimestrielle. Cela reflète une contraction de l’investissement résidentiel privé pour le second trimestre consécutif (-7,7% annualisé, après -11,7% au deuxième trimestre) et la poursuite du ralentissement dans l’investissement non résidentiel privé (1,8% annualisé, après 9,2% au deuxième trimestre), tandis que l’investissement public a été stable sur le trimestre. Le commerce extérieur a contribué négativement à la croissance du PIB (pour -1,4 point de pourcentage annualisé), décevant les anticipations d’une légère contribution positive ; les exportations s’étant repliées (-2,5%), tandis que les importations ont augmenté (+6%).

Enfin, du côté des contributions positives, on note surtout la forte contribution des variations de stocks (1,9 point de pourcentage à la croissance trimestrielle annualisée), qui vient après deux trimestres de contribution négative. Enfin, la consommation publique enregistre un rebond de 0,9% annualisé sur le trimestre, contribuant pour 0,1 point à la croissance du PIB, ce qui reflète une hausse des rémunérations dans le secteur de l’éducation.

Notre opinion Le variant Delta semble avoir pesé de manière plus importante que prévu sur l’activité et notamment sur la consommation des ménages au début du troisième trimestre. La situation sanitaire s’est améliorée depuis, ce qui devrait profiter aux secteurs qui sont les plus exposés aux contacts physiques. Le quatrième trimestre devrait donc s’inscrire en accélération par rapport au troisième trimestre. En effet, après un plongeon en juillet, la consommation des ménages a rebondi en août et en septembre, créant les bases d’un acquis plus fort. Enfin, le mouvement de reconstitution des stocks devrait se poursuivre dans les prochains trimestres après plusieurs trimestres de déstockage.

Cela dit, le ralentissement observé au troisième trimestre n’est pas dû uniquement à la résurgence de l’épidémie de Covid au début de l’été ou à la fin des aides de l’État. Il est aussi dû à une baisse du pouvoir d’achat des ménages et à une rechute de leur confiance. La hausse de l’inflation conjuguée à la fin des aides publiques (notamment les allocations chômage) a provoqué une baisse du revenu disponible personnel réel pour le deuxième trimestre consécutif (-5,6%, après -30,2% au deuxième trimestre). Si la consommation des ménages a continué de progresser, c’est grâce au coussin d’épargne accumulée pendant la crise (1 600 milliards de dollars au troisième trimestre, contre 1 900 milliards au deuxième trimestre) et à la chute du taux d’épargne qui baisse à 8,9%, après 10,5% au deuxième trimestre, tout en restant supérieur au niveau d’avant-crise. Dans les prochains mois, le potentiel de normalisation du taux d’épargne combiné à l’amélioration sur le marché du travail devrait continuer de soutenir la consommation des ménages. Toutefois, les nuages s’accumulent sur les perspectives de court terme avec l’accélération de l’inflation, dont le pic est prévu en fin d’année seulement, et qui devrait entamer un peu plus la confiance des ménages déjà en repli. Une résurgence de l’épidémie au cours de l’hiver n’est par ailleurs pas à exclure. Les risques autour de la croissance restent donc orientés à la baisse.  

Article publié le 29 octobre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

États-Unis – Piètre croissance au troisième trimestre

Le variant Delta semble avoir pesé de manière plus importante que prévu sur l'activité et notamment sur la consommation des ménages au début du troisième trimestre. La situation sanitaire s'est améliorée depuis, ce qui devrait profiter aux secteurs qui sont les plus exposés aux contacts physiques. Le quatrième trimestre devrait donc s'inscrire en accélération par rapport au troisième trimestre. En effet, après un plongeon en juillet, la consommation des ménages a rebondi en août et en septembre, créant les bases d'un acquis plus fort. Enfin, le mouvement de reconstitution des stocks devrait se poursuivre dans les prochains trimestres après plusieurs trimestres de déstockage.

Slavena NAZAROVA, Economiste - Royaume-Uni, Pays scandinaves et Irlande