Qatar – Prix et volumes du gaz en hausse et fin de l'embargo soutiennent la croissance

Qatar – Prix et volumes du gaz en hausse et fin de l'embargo soutiennent la croissance

En résumé

Après une année 2020 particulièrement douloureuse sur le plan économique, le Qatar se redresse pro­gressivement grâce à une bonne maîtrise de la crise sanitaire, du redressement des volumes de gaz exportés et de la fin de l’embargo de la part des pays du Golfe.

Effectivement, le bilan de l’année 2020 avait été particulièrement difficile pour l’émirat qui a subi à la fois une récession de 3,6% due à la chute de la demande mondiale d’énergie, aux confinements successifs et à l’arrêt du tourisme qui représente 10% du PIB et 5% des recettes d’exportation. Parallè­lement, la chute des recettes a entraîné un déficit courant de 2,5% du PIB. C’est une situation inédite pour le pays qui avait maintenu sa croissance en 2016 lors de la chute des prix des hydrocarbures ou a contrario avait gardé une balance courante excé­dentaire lors de l’embargo de 2017 (cf. graphique).

Profondément rentier et diversifié dans le tourisme, la crise a donc affecté les équilibres macro-écono­miques. Les déficits ont été en partie alimentés par le vaste plan de soutien public estimé à 13% du PIB et ont provoqué une hausse, totalement assumée par l’État, de l’endettement externe et public. La dette publique est ainsi passée de 67% à 89% du PIB entre 2019 et 2020.

La crise sanitaire est très maîtrisée depuis plus d’un an même si 10% de la population a été contaminée depuis le début de la pandémie. Avec un taux de vaccination parmi les plus élevés au monde (77% avec deux doses) et un solide système de santé qui a fortement contenu le nombre de décès (0,3% des contaminés en moyenne), le pays a été en mesure d’assouplir récemment les conditions de voyage des résidents et des visiteurs et peut désormais envisager le redressement du secteur touristique. 

Ne dépendant pas des quotas de l’OPEP en raison de sa production gazière et non pas pétrolière (le pays a quitté le cartel de producteurs de pétrole il y a trois ans, début 2019), les exportations de cette année ont bénéficié de la forte hausse de la demande en énergie et du redressement des volumes et des prix à 69 $ par baril depuis le début de l’année. Ainsi, les exportations totales ont progressé de 57% sur les trois premiers trimestres de 2021 par rapport à 2020.

En 2021, la croissance du PIB est plus tirée par le secteur hors hydrocarbures que le secteur gazier et une croissance de 2,5% est envisageable. Le retour aux excédents courants s’est d’ores et déjà matérialisé au premier semestre (à plus de 4% du PIB) et devrait atteindre 6,8% du PIB en année pleine. La fin de l’embargo début 2021 pourrait également donner un léger regain de croissance même si les chiffres du commerce international avec les pays du Golfe ne montrent pas encore de mouvement significatif à la hausse.

La signature récente de plusieurs contrats de livraison de GNL à long terme avec des acheteurs asiatiques et l’organisation de la Coupe du monde de football en fin d’année 2022 vont donner un regain de croissance qui se concrétisera lors des prochains trimestres. Une hausse du PIB de plus de 4% est donc probable pour l’année 2022.

Sur le plan fiscal, la très forte hausse des recettes énergétiques va permettre de retrouver des excédents budgétaires d’au moins 4% du PIB cette année et sans doute assurer un début de désendettement de l’État, et ce en dépit du soutien assuré auprès des nombreuses entreprises publiques et parapubliques en difficulté (notamment les compagnies aériennes) l’année dernière.

Article publié le 19 novembre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Qatar – Prix et volumes du gaz en hausse et fin de l'embargo soutiennent la croissance

Une forme d'incertitude existe toujours, dans le cas du Qatar, sur la taille et la composition du fonds souverain QIA (ses ressources semblent sanctuarisées en période de crise et étaient estimées à 300 milliards de dollars avant la crise). Mais le redressement des bourses mondiales post-crise et la forte hausse du prix des actifs rassurent sur la capacité du Qatar à rester un important créditeur net mondial compte tenu de sa nouvelle capacité à réduire à la fois sa dette publique et sa large dette externe (203 milliards de dollars).

Olivier LE CABELLEC, Economiste