Allemagne – Un contrat de coalition se profile avec moins de difficulté que prévu

Allemagne – Un contrat de coalition se profile avec moins de difficulté que prévu

En résumé

Les pourparlers en vue de former une coalition tripartite rassemblant le SPD, les Verts et les libéraux se sont poursuivis plus en profondeur la semaine dernière, avec l’amorce d’une feuille de route publiée dans la presse. Même si celle-ci n’est qu’une ébauche faisant l’objet d’approfondissements détaillés à venir, quelques grandes lignes directrices ressortent néanmoins de ces premières réunions exploratoires. Plusieurs grands sujets ont fait l’objet d’un accord de principe matérialisé plus qualitativement que quantitativement.

Sur les questions budgétaires, les libéraux ont obtenu qu’il n’y ait pas de hausses d’impôts (ni sur les revenus, ni sur les sociétés, ni même de modification de la taxe sur la valeur ajoutée) et que le frein à l’endettement soit maintenu en l’état et respecté. La réintroduction de l’impôt sur la fortune, pourtant souhaitée par le SPD et les Verts est finalement écartée. En revanche, le FDP n’a pas obtenu gain de cause sur la suppression complète de la taxe de solidarité initiée pour financer la réunification du pays, les dix pour cent des ménages les plus riches n’en seront pas exemptés. De leur côté, les sociaux-démocrates ont obtenu la hausse du salaire minimum horaire légal à 12 € de l’heure (contre 9,5 € aujourd’hui), la construction de 400 000 nouveaux logements (dont 100 000 réservés à des logements sociaux) par an et le maintien du niveau actuel des retraites à 48% du salaire net, pour des dépenses publiques additionnelles estimées à 10 Mds €. Le niveau des pensions ne sera donc pas réduit et l’âge de départ à la retraite pas davantage relevé. Par ailleurs, le parti social-démocrate espère également bénéficier de nouvelles recettes fiscales avec la mise en place d’un taux minimum d’imposition sur les sociétés à niveau mondial qui verrait le jour dans un avenir lointain.

De leur côté, les Verts ont obtenu l’accélération du développement des énergies renouvelables avec comme principales mesures l’utilisation systématique des nouvelles surfaces de toitures pour l’exploitation de l’énergie solaire et la mise à disposition de 2% de la surface terrestre du pays qui serait réservée à l’exploitation de l’énergie éolienne. Ils ont également réussi à faire acter l’abandon anticipé du charbon d’ici à 2030, soit huit ans plus tôt que ne le prévoyait l’ancien accord de coalition.

À ces mesures s’ajoutent également la nécessité commune de moderniser davantage le pays à l’aide de financements publics, notamment dans la protection du climat, la numérisation, la formation, la recherche et les infrastructures tout en respectant le cadre du frein à l’endettement. Si, pour l’heure, le financement de ces investissements n’est pas clairement tranché, certains évoquent la possibilité d’emprunter davantage en 2022, dans le cadre de la levée temporaire du frein à l’endettement, afin d’utiliser les fonds ultérieurement. Une autre piste plus réaliste serait que ces "investissements d’avenir" ou "investissements verts", soient financés par le biais de la banque publique d’investissement allemande, la KfW. Une possibilité qui permettrait ainsi d’éviter de gonfler les chiffres du déficit et de la dette et ainsi de respecter les critères du pacte de stabilité et de croissance de l’UE. Cette proposition pourrait faire écho auprès des institutions européennes et éventuellement faire l’objet d’un consensus européen plus large au sein des principaux grands pays européens.

Enfin, bien qu’en matière de distribution des postes ministériels rien ne soit encore décidé outre le positionnement évident d’Olaf Scholz à la chancellerie, Christian Lindner pourrait occuper le poste de ministre des Finances et les Verts obtiendraient celui d’un nouveau ministère chargé de la protection du climat. 

Notre opinion – Les négociations exploratoires en vue de former un nouveau gouvernement de coalition ont progressé plus rapidement que prévu, en dépit des divergences programmatiques décelées en amont. Il semble que les principaux protagonistes aient dépassé leurs différences pour rechercher de façon pragmatique les points d’accords à mettre en avant. Il en résulte une politique modestement audacieuse, mais néanmoins tournée vers les investissements d’avenir conduisant à la transformation écologique et numérique du pays, tout en conservant le cadre actuel du pacte de stabilité et de croissance encadrant le déficit et la dette.

L’idée d’un financement de ces investissements par l’intermédiaire de la banque publique d’investissement ressort comme le meilleur compromis possible et pourrait bien s’étendre à d’autres pays européens. Un contrat de coalition définitif pourrait être finalisé d’ici la deuxième moitié du mois de novembre, permettant ainsi l’élaboration du nouveau gouvernement avant Noël, comme le souhaitait le futur chancelier Olaf Scholz.

Article publié le 22 octobre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Allemagne – Un contrat de coalition se profile avec moins de difficulté que prévu

Les négociations exploratoires en vue de former un nouveau gouvernement de coalition ont progressé plus rapidement que prévu, en dépit des divergences programmatiques décelées en amont. Il semble que les principaux protagonistes aient dépassé leurs différences pour rechercher de façon pragmatique les points d'accords à mettre en avant. Il en résulte une politique modestement audacieuse, mais néanmoins tournée vers les investissements d'avenir conduisant à la transformation écologique et numérique du pays, tout en conservant le cadre actuel du pacte de stabilité et de croissance encadrant le déficit et la dette.

Philippe VILAS-BOAS, Economiste