Asie émergente – Le FMI toujours plus pessimiste sur les perspectives de croissance

Asie émergente – Le FMI toujours plus pessimiste sur les perspectives de croissance

En résumé

Le FMI a dévoilé la semaine dernière l’actualisation de ses prévisions de croissance. Avec une hausse du PIB estimée à 7,2% en 2021 (après une récession de 0,8% en 2020), l’Asie ressort comme la zone du monde affichant la croissance la plus dynamique – après la récession la plus modérée.

Cette prévision cache toutefois des disparités énormes entre pays : Asie émergente contre Asie développée, Asie du Nord contre Asie du Sud. L’Asie est de surcroît la seule zone dont les prévisions ont été dégradées depuis avril 2021.

Les économies de l’Asean, qui avaient si bien récupéré de la crise financière de 2008-2009, sont, cette fois-ci, celles qui semblent récupérer le plus lentement de la crise. Le FMI anticipe ainsi une croissance modérée en 2021 au regard de la profondeur de la récession dans ces économies (à l’exception du Vietnam) : 3,2% en Indonésie, 3,5% en Malaisie (contre 6,5% prévus en octobre 2020), 3,2% aux Philippines (contre 7,4% en octobre 2020, et après une récession de 9,6% en 2020), à peine 1% en Thaïlande (après une récession de 6,1%) et 3,8% au Vietnam. Les perspectives pour 2022 sont un peu plus encourageantes, mais ces pays (hors Vietnam) ne devraient pas retrouver leur niveau de PIB pré-crise avant fin 2022 au plus tôt. 

Plusieurs facteurs explicatifs

Le premier est sanitaire : à l’exception de la Malaisie, la couverture vaccinale de ces pays reste largement insuffisante, ce qui les a exposés à la recrudescence des cas de Covid-19 liés au variant Delta depuis mai. Certains pays (Malaisie, Philippines, Vietnam) ont dû se résoudre à remettre en place des mesures sanitaires extrêmement contraignantes (confinements ou fermeture des commerces dits non-essentiels), qui ont un effet immédiat et profond sur l’activité. La prévalence du risque sanitaire complique aussi la réouverture des frontières, pourtant nécessaire au modèle économique des pays les plus dépendants du tourisme (Philippines, Thaïlande, Vietnam).

Le deuxième facteur est lié au contexte économique chinois, dans lequel se matérialisent en même temps : une baisse de la demande interne, liée au comportement des ménages chinois, une volonté d’internalisation de certaines activités de production (la stratégie de « circulation duale ») afin de diminuer la dépendance vis-à-vis de l’extérieur et un recentrage de la demande externe encore plus fort sur les matières premières, qui ne sont pas toujours la spécialisation principale de ces économies asiatiques, plutôt industrialisées. Résultat, le commerce extérieur, pourtant si porteur pour certains pays actuellement (et notamment pour l’Asie du Nord – Corée, Taiwan – et ses semi-conducteurs dont la Chine ne peut pas encore se passer), n’est pas assez puissant pour compenser la faiblesse des autres composantes de la croissance, consommation privée en tête.

Le troisième est le reflet de la forte dégradation des conditions sur le marché du travail, particulièrement dans les économies les plus informelles. L’Organisation internationale du travail souligne ainsi qu’avec l’Amérique latine, l’Asie du Sud est la région dans laquelle le nombre d’heures travaillées a le plus baissé en 2020, particulièrement chez les travailleurs les plus jeunes et les moins qualifiés.

Le quatrième et dernier facteur est le risque qu’une hausse de l’inflation, notamment des prix des matières premières, fait peser sur la consommation déjà fragile dans ces pays. À l’exception des Philippines, l’Asie du Sud est généralement peu affectée par les pressions inflationnistes, qu’elle essaye de limiter depuis les crises asiatiques de la fin des années 1990. À l’exception de la Malaisie, les économies asiatiques sont en revanche toutes importatrices nettes de pétrole. La hausse du prix des matières premières énergétiques et sa transmission à l’économie réelle (transport, chauffage, électricité) pourraient ainsi contraindre un peu plus le budget des ménages déjà très affectés par la crise.

Notre opinion – Pour les pays d’Asie du Sud, la priorité est déjà de lever la menace du risque sanitaire en accélérant les campagnes de vaccination. Sans surprise, les pays les moins avancés sont les moins développés de la zone, mais aussi ceux présentant les défis logistiques les plus forts (insularité des Philippines et de l’Indonésie). L’amélioration de la situation sanitaire leur permettrait ainsi de se redonner un peu d’air en organisant la réouverture des frontières et la reprise du tourisme.

À moyen terme, les pays les plus dépendants de cette activité (Thaïlande en tête) ont sûrement compris que la poursuite du développement d’un tourisme de masse, en partie alimenté par la Chine, n’était pas soutenable. Pour des considérations écologiques, mais aussi parce que les frontières de la Chine risquent de demeurer closes encore longtemps, et que les autorités encouragent le développement d’un tourisme domestique. À court terme cependant, ce secteur reste le seul capable d’absorber une main-d’œuvre jeune et peu qualifiée, à la propension à consommer importante. De quoi momentanément panser les plaies de deux années noires en attendant une vraie transformation du modèle de croissance.

Article publié le 15 octobre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Asie émergente – Le FMI toujours plus pessimiste sur les perspectives de croissance

Pour les pays d’Asie du Sud, la priorité est déjà de lever la menace du risque sanitaire en accélérant les campagnes de vaccination. Sans surprise, les pays les moins avancés sont les moins développés de la zone, mais aussi ceux présentant les défis logistiques les plus forts (insularité des Philippines et de l’Indonésie). L’amélioration de la situation sanitaire leur permettrait ainsi de se redonner un peu d’air en organisant la réouverture des frontières et la reprise du tourisme.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)