UE – La BCE clarifie sa stratégie face à la montée de l'inflation

UE – La BCE clarifie sa stratégie face à la montée de l'inflation

En résumé

L’estimation finale de l’inflation en septembre confirme une nouvelle accélération de la hausse des prix (de 3% en août à 3,4% sur un an) dans la zone euro. L’inflation sous-jacente (hors composantes volatiles) augmente de 1,6% à 1,9%. Les plus fortes contributions à la croissance de l’indice des prix viennent des prix de l’énergie (en hausse de 17,4%) et des prix des services (en accélération, de 1,1% en août à 1,7%), tandis que la croissance des prix des biens industriels perd en vigueur (de 2,6% à 2,1%).

Face à cette montée, la BCE se mobilise afin que des anticipations d’une inflation plus élevée ne se traduisent pas par des anticipations d’une remontée précoce des taux ou d’une réduction anticipée de ses programmes de rachats de titres.

Par la voix de son chef économiste, P. Lane, elle rappelle les trois conditions devant se matérialiser avant une première remontée des taux :

1 -  L’inflation doit atteindre la cible de 2% bien avant la fin de l’horizon de projection de la BCE.

2 -  Cette cible doit être atteinte durablement jusqu’à la fin de la période de projection.

3 -  Les progrès réalisés en termes d’inflation sous-jacente doivent être suffisamment avancés pour être cohérents avec la stabilisation de l’inflation au niveau de sa cible dans le moyen terme.

Les deux premières conditions garantissent que la politique de fixation du taux d’intérêt ne réagisse pas à des chocs inflationnistes temporaires, qui s’estomperaient avant la fin de l’horizon de projection de la BCE. La troisième condition vise à différencier l’inflation globale de sa composante plus persistante et moins volatile.

La BCE cherche donc à canaliser les anticipations d’inflation vers les bons fondamentaux. Elle pourra se réjouir de leur remontée, si les anticipations intègrent sa nouvelle stratégie et sa volonté de construire un "coussin" d’inflation à moyen terme (la cible symétrique d’inflation autour de 2%) suffisant pour reconstituer ses marges d’action monétaire. Elle veut éviter que ces anticipations confondent des dynamiques qui ne sont que transitoires et des tendances permanentes.

La BCE veut, en effet, éviter toute mésinterprétation des tendances récentes de l’inflation et alerte sur les dynamiques complexes à l’œuvre. La remontée la plus récente de l’inflation est liée non seulement aux prix de l’énergie, mais aussi à l’accélération des prix des services dont les salaires sont la composante principale. La remontée récente des salaires dans les services n’est toutefois qu’un déplacement ponctuel du niveau des salaires, un ajustement à une hausse transitoire non anticipée du niveau des prix. La BCE met donc en garde : il ne s’agit pas d’un changement de la tendance des salaires, ni par conséquent de l’inflation sous-jacente.

Elle rappelle aussi l’ensemble des implications macro-économiques de la remontée des prix de l’énergie sur la tendance des prix. Elle évoque les pressions à la baisse sur l’inflation sous-jacente exercées par la détérioration des perspectives de croissance, du fait du renchérissement des coûts, ainsi que les effets de richesse négatifs liés à la dégradation des termes de l’échange.

Par la voix d’un autre membre du Conseil des gouverneurs, I. Schnabel, la BCE invite à ne pas tirer des conclusions trop hâtives sur la nature du choc inflationniste. Elle souligne l’incertitude qui entoure encore les dynamiques d’inflation. Car, s’il est vrai que les évolutions récentes sont en grande partie attribuables à des facteurs temporaires liés à la pandémie, il est tout aussi vrai que la pandémie a produit des ruptures qui peuvent entraîner des effets plus permanents sur l’inflation, que ce soit la transformation digitale, la transition énergétique ou des changements de comportement pouvant altérer la relation entre prix, salaires et activité. Les études de la BCE n’ont pas réussi à ce jour à mettre en évidence un changement dans le comportement de fixation des prix qui pourrait aller à l’encontre des rigidités salariales et de la viscosité des prix observées au cours des dernières décennies. Mais des changements structurels poussant l’inflation dans des directions différentes pourraient s’ajouter aux facteurs temporaires liés à la pandémie.

Article publié le 22 octobre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

UE – La BCE clarifie sa stratégie face à la montée de l'inflation

La BCE cherche à canaliser les anticipations d'inflation vers les bons fondamentaux. Elle pourra se réjouir de leur remontée, si les anticipations intègrent sa nouvelle stratégie et sa volonté de construire un "coussin" d'inflation à moyen terme (la cible symétrique d'inflation autour de 2%) suffisant pour reconstituer ses marges d'action monétaire. Elle veut éviter que ces anticipations confondent des dynamiques qui ne sont que transitoires et des tendances permanentes.

Paola MONPERRUS-VERONI, Economiste