Zone euro – La hausse de l'inflation enclenchera-t-elle la boucle prix-salaires ?

Zone euro – La hausse de l'inflation enclenchera-t-elle la boucle prix-salaires ?

Zone euro – La hausse de l'inflation enclenchera-t-elle la boucle prix-salaires ?

La première estimation de l’inflation en septembre signale une nouvelle accélération de la hausse des prix (de 3% en août à 3,4% sur un an) dans la zone euro. L’inflation sous-jacente (hors composantes volatiles) augmente de 1,6% à 1,9%, sous l’effet de la plus forte inflation dans les services (de 1,1% à 1,7%), tandis que la croissance des prix des biens industriels perd en vigueur (de 2,6% à 2,1%). Les prix de l’énergie continuent de tirer vers le haut l’indice général des prix à la consommation (de 15,4% en août à 17,4% en septembre).

Au fur et à mesure que la hausse de l’inflation se renforce et persiste, on peut craindre des effets de second tour sur les salaires qui viendraient renforcer le caractère durable de l’inflation. Les effets directs du renchérissement des produits consommés par les ménages sont en effet une incitation puissante à réclamer des hausses de salaire afin de compenser l’érosion du pouvoir d’achat.

La dynamique des salaires devrait rester modérée au cours des prochaines années. L'apparition de pressions salariales soutenues nécessite un marché du travail suffisamment tendu, ce qui exigera la résorption d'une quantité considérable de ressources inutilisées sur le marché du travail. Or, les capacités excédentaires sur le marché du travail, qui, avant la crise de la Covid-19, n’avaient toujours pas retrouvé leur niveau d’avant la grande crise économique et financière, se sont accrues au cours de la dernière année et ne seront pas rapidement résorbées.

Malgré le fait que la dynamique des salaires négociés en 2020 intégrait des revendications portées avant la crise et des accords conclus principalement au T1 2020 avant le confinement, celle-ci est restée très modérée (1,8% en moyenne annuelle) pendant toute l’année dans la zone euro. L’effet de la crise est plus visible sur les hausses salariales négociées au T1 2021 qui affichent un net ralentissement à 1,4%. L’accélération enregistrée au T2 2021 (1,7%) est en partie due à des facteurs de rattrapage ponctuels de la rémunération liés à la pandémie, présents surtout en Allemagne où les salaires négociés ont accéléré de 1,3% au T1 2021 à 1,9% au T2 2021. Les salaires effectifs ont progressé bien plus modérément dans la zone euro en 2020 (-0,1%), sous l’effet de la forte baisse des heures travaillées. La nette accélération du salaire par tête au T2 2021 (8,1% après 1,4%) ne s’explique que par la forte baisse du chômage partiel. 

L’évolution des salaires négociés au T3 s’annonce modérée bien qu’encore alimentée par des éléments temporaires de rattrapage. En France, le salaire mensuel de base affichait un rythme annuel de 1,4% au T2 2021 après 1,5% en moyenne en 2020. Avec une prévision de 1,6% pour 2021 et 1,8% pour 2022, la Bundesbank prévoit une hausse des salaires négociés moins dynamique que sur la période pré-crise en Allemagne. En Italie, après une hausse de 1,1% en 2019 et de 0,6% en 2020, les accords négociés au T1 2021 ne permettent pas de projeter d’accélération en 2021 (0,6%).

Malgré des accords de branche peu généreux et donnant priorité au maintien de l’emploi, les salaires effectifs pourront bénéficier d’une remontée des heures travaillées, due à la fois à la baisse du chômage partiel et à la hausse des heures supplémentaires, notamment dans les secteurs signalant des tensions sur la main-d’œuvre. À ce stade, ils reflètent plus des ajustements de la durée du travail et des primes exceptionnelles que d’une véritable intégration d’une inflation plus élevée.

Certains indicateurs semblent plaider en faveur d’une saturation du marché du travail. Les difficultés des entreprises à pourvoir certains postes sont signalées par l’augmentation des postes vacants, résultat de la recomposition de la structure productive et de l’accélération de la demande pour certaines professions. La rareté de la main-d’œuvre est signalée comme le facteur le plus contraignant à la fois dans l’industrie, les services et la construction. Mais seulement peu de secteurs témoignent de ce resserrement des contraintes et la plupart de ceux qui déclarent en souffrir y étaient déjà confrontés avant la crise. Les dispositifs de chômage partiel, bien qu’utiles pour éviter de briser le lien avec l’emploi, peuvent à court terme avoir freiné la réallocation de l’emploi vers les secteurs à plus forte demande.

Article publié le 1er octobre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Zone euro – La hausse de l'inflation enclenchera-t-elle la boucle prix-salaires ?

Malgré le fait que la dynamique des salaires négociés en 2020 intégrait des revendications portées avant la crise, celle-ci est restée très modérée (1,8% en moyenne annuelle) pendant toute l'année dans la zone euro. En dépit d'accords de branche peu généreux et donnant priorité au maintien de l'emploi, les salaires effectifs pourront bénéficier d'une remontée des heures travaillées, due à la fois à la baisse du chômage partiel et à la hausse des heures supplémentaires, notamment dans les secteurs signalant des tensions sur la main-d'œuvre. Leur évolution reflètera plus des ajustements de la durée du travail et des primes exceptionnelles qu'une véritable intégration d'une inflation plus élevée.

Paola MONPERRUS-VERONI, Economiste