Inde – Un deuxième trimestre qui rassure

Inde – Un deuxième trimestre qui rassure

En résumé

Un rebond, mais quel rebond ? Voilà la question qui agitait les marchés alors que les chiffres de la croissance indienne du deuxième trimestre allaient être publiés. Il faut dire que le climat d’incertitudes était grand, dans ce pays au système statistique encore parcellaire, notamment en matière de consommation privée, pourtant premier moteur de la croissance indienne.

Finalement, le chiffre attendu est sorti : 20,1% de croissance en glissement annuel. Reste maintenant à savoir ce qu’il traduit en termes de puissance de reprise.

Le niveau pré-crise devrait être retrouvé d’ici la fin de l’année

Malgré une récession parmi les plus profondes au T2 2020, l’Inde avait renoué avec une croissance positive dès le T4. Le risque était que l’élan, encore fragile, ait été coupé par la dégradation très rapide de la situation sanitaire en avril 2021, liée à la propagation du variant Delta et aux restrictions qu’il avait entraînées. Et si l’Inde ne fait pas encore partie du club très fermé des pays ayant déjà retrouvé, voire dépassé leur niveau de PIB pré-crise, les chiffres du T2 2021 lui permettent de s’en rapprocher, puisque ce dernier s’établit maintenant à 97% de son niveau en fin d’année 2019.

Le contenu de la croissance : la consommation se redresse, l’investissement surprend toujours

Comme lors des trois trimestres précédents, la bonne surprise est plutôt à chercher du côté des chiffres de l’investissement, qui a une nouvelle fois apporté une forte contribution à la croissance (13,5 pp), notamment grâce au secteur de la construction, moins touché par les restrictions qu’en 2020.

La consommation privée a également accéléré et apporté une contribution de 10,7 pp à la croissance, mais demeure bien en retrait de son niveau habituel, pénalisée par les restrictions mises en place, notamment dans les grandes villes et dans le secteur des services.

Du côté du commerce extérieur, l’Inde retrouve progressivement le niveau de déficit commercial et courant qu’elle connaissait avant la crise, en raison de la hausse des prix du pétrole renchérissant la valeur des importations indiennes. Cette dernière masque donc en partie les bonnes performances à l’exportation indiennes, portées par les produits chimiques et pharmaceutiques, les métaux, l’or et les pierres précieuses.

Enfin, la consommation publique commence à décélérer, apportant une contribution négative à la croissance (-0,8pp) mais reste encore très au-dessous de son niveau pré-crise.

Quelles perspectives pour le reste de l’année ?

En rythme annuel, nul doute que les chiffres du deuxième trimestre sont bons. Ils masquent cependant un net ralentissement puisque l’on estime que l’activité était 17% inférieure à celle du trimestre précédent.

Avec le reflux des cas de Covid-19 et l’allègement des restrictions, l’économie dispose de réservoirs de croissance importants, qui devraient soutenir l’activité tout au long du second semestre – en particulier via la consommation privée – à condition que la situation sanitaire ne se dégrade pas à nouveau.

La croissance devrait ainsi se situer autour de 9,5% en 2021, avant de ralentir autour de 7,5% en 2022.

Notre opinion – Les nouvelles du deuxième trimestre laissent à penser que le pire est peut-être passé, et que même en cas de nouveau choc sanitaire son impact sur l’économie n’atteindrait jamais celui du T2 2020. La campagne de vaccination progresse cependant à un rythme encore insuffisant (40% de la population est partiellement vaccinée, 12% l’est totalement) pour que l’immunité collective soit atteinte d’ici la fin de l’année.

Les défis qui attendent l’Inde une fois la phase de normalisation passée sont immenses. Déjà, le pays devra composer avec des moussons de plus en plus erratiques, à l’image de celles de la saison 2021. Retard voire absence des pluies dans certains États, inondations d’ampleur historique dans d’autres : le changement climatique met à rude épreuve le modèle agricole qui fait encore vivre plus de la moitié de la population indienne. Et ce d’autant plus que la Covid-19 a durablement affaibli un marché du travail déjà atrophié : taux d’emploi de 43% en 2020 – quand le seuil « acceptable » est fixé à 57% par l’OIT, taux de participation de 46% (et à peine supérieur à 20% pour les femmes), informalité généralisée… La Covid-19 a renforcé ces tendances en contraignant des millions de travailleurs migrants à regagner les campagnes et en échouant à absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail (environ 12 millions par an). Le Pew Research Center estime que 75 millions d’Indiens sont retombés dans la pauvreté depuis 2020. Un grand bond en arrière qui prendra du temps à s’effacer.

Article publié le 10 septembre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Inde – Un deuxième trimestre qui rassure

La consommation privée a également accéléré et apporté une contribution de 10,7 pp à la croissance, mais demeure bien en retrait de son niveau habituel, pénalisée par les restrictions mises en place, notamment dans les grandes villes et dans le secteur des services.

Sophie WIEVIORKA, Economiste - Asie (hors Japon)