Pologne et Hongrie – Le plan de relance de la discorde

Pologne et Hongrie – Le plan de relance de la discorde

Pologne et Hongrie – Le plan de relance de la discorde

L’histoire du plan de relance européen aura été très fortement marquée par la Pologne et la Hongrie ! Tout d’abord, au moment du vote par les pays membres du plan budgétaire, dont l’Europe voulait se doter pour relancer les économies européennes après la crise économique et sanitaire de 2020, dans une perspective de réalisation de la transition énergétique. Les ambitions européennes et l’urgence de la mise en œuvre de ce plan se sont heurtées au blocage politique polonais et hongrois qui ont sensiblement retardé le processus.

Au cœur des disputes, la mise en place d’un mécanisme de respect de l’État de droit qui allait conditionner le déblocage des fonds. Ce mécanisme avait été spécialement préparé pour freiner les dérives institutionnelles venant de ces deux pays.

Après le douloureux vote du budget, l’UE se retrouve au cœur du problème. La Pologne et la Hongrie ont déposé leurs plans de relance nationaux, en juin 2021, conformément aux échéances imposées, mais la Commission a retardé leur validation au 30 septembre.

Si la Pologne et la Hongrie posent de sérieux problèmes à l’UE, c’est en raison d’importantes dérives des systèmes judiciaires affectant progressivement l’indépendance des institutions et donc le fonctionnement correct de la démocratie. Malgré de nombreux efforts diplomatiques et judicaires et faute d’outils d’intervention, l’introduction du mécanisme de respect de l’État de droit au cœur du budget de relance s’avère être quasiment le seul moyen de pression concret et efficace que Bruxelles puisse exercer à l’encontre des deux gouvernements. Pression qui peut également déclencher une rupture notamment dans la perception de l’opinion publique. La bataille juridique aura un volet très sensible de communication qui ne sera pas forcément à l’avantage de l’UE.

Cette campagne de décrédibilisation des institutions européennes, les gouvernements polonais et hongrois l’ont déjà commencé depuis longtemps avec notamment une orientation assez malicieuse des thèmes de désaccord. Les débats publics dans les deux pays ne portent pas sur la nomination des juges ou sur le niveau de corruption, mais plutôt sur les droits des LGBT ou les politiques migratoires : des questions de société assez clivantes, y compris dans les pays plus développés avec une culture d’ouverture plus consolidée dans le temps. Une stratégie qui permet aux gouvernements de déplacer l’attention sur des terrains plus émotionnels et moins consensuels sur lesquels les machines médiatiques du pouvoir peuvent surfer à leur guise.

À ce jeu-là, Bruxelles s’est engouffrée dans la brèche en suspendant les versements des aides aux régions qui se veulent « LGBT free », exposant ainsi l’ensemble des efforts de protection de l’État de droit de la part de l’UE à une forme de « réduction aux questions LGBT » en termes de communication publique.

Cette stratégie, volontairement poussée par les gouvernements locaux, pourrait coûter cher à la crédibilité de l’UE et déplacer l’attention ; alors que les travaux de l’UE portent sur un ensemble de thématiques, notamment d’indépendance des institutions, de liberté des médias, de protection des minorités plus globalement. Néanmoins, elle marque la volonté de Bruxelles de freiner les ambitions autoritaires des gouvernements d’Europe centrale.

Si l’UE arrive à tenir une position ferme en appliquant son mécanisme de protection de l’État de droit, les enjeux financiers pourraient bien faire changer les politiques hongroise et polonaise.

Les besoins de financement sont très importants, et particulièrement pour la réussite de la transition énergétique dont les deux pays ont grandement besoin. La pression des milieux d’affaires et le tarissement des investissements finiraient par affaiblir les positions des deux dirigeants charismatiques, Kaczynski en Pologne et Orban en Hongrie, voire même retourner l’opinion publique.

Si l’UE échoue à s’imposer justement au moment où elle s’est dotée d’un arsenal juridique plus robuste, il sera quasiment impossible de fléchir la tendance autoritaire des pays d’Europe centrale. Pire encore, les fonds européens pourraient contribuer au renforcement des dérives autoritaires ce qui serait un comble pour l’UE.

 

Article publié le 24 septembre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Pologne et Hongrie – Le plan de relance de la discorde

Si la Pologne et la Hongrie posent de sérieux problèmes à l'UE, c'est en raison d'importantes dérives des systèmes judiciaires affectant progressivement l'indépendance des institutions et donc le fonctionnement correct de la démocratie. Malgré de nombreux efforts diplomatiques et judicaires et faute d'outils d'intervention, l'introduction du mécanisme de respect de l'État de droit au cœur du budget de relance s'avère être quasiment le seul moyen de pression concret et efficace que Bruxelles puisse exercer à l'encontre des deux gouvernements. Pression qui peut également déclencher une rupture notamment dans la perception de l'opinion publique. La bataille juridique aura un volet très sensible de communication qui ne sera pas forcément à l'avantage de l'UE.

Ada ZAN, Economiste