Royaume-Uni – L'inflation atteint 3,2% en août et devrait grimper vers 4% au T4

Royaume-Uni – L'inflation atteint 3,2% en août et devrait grimper vers 4% au T4

En résumé

L’indice des prix à la consommation CPI a accéléré à +3,2% sur un an outre-Manche au mois d’août, après 2,1% en juillet, atteignant un plus haut depuis mars 2012. L’inflation sous-jacente se hisse également à 3,2%, contre 1,8% en juillet et au plus haut depuis octobre 2011.

L’accélération de l’inflation semble la conséquence principalement d’effets de base mais aussi de hausses de prix inhabituellement élevées au mois d’août cette année.

Des effets de base

Les prix dans les hôtels, les cafés et les restaurants contribuent le plus (+0,69 point de pourcentage, pp) à la variation du taux d’inflation annuel sur le mois (+1,1 pp). Leur taux d’inflation moyen est passé de 2,2% en juillet à 8,6% en août, sous le jeu d’effets de base dans la restauration. En août 2020, les prix dans les cafés, les bars et les restaurants avaient baissé fortement (-5,8%) alors qu’ils ont été globalement stables en août 2021. Cela est dû à la mesure Eat-Out-to-Help-Out (EOHO) qui avait été mise en place par le gouvernement pour soutenir la demande dans le secteur après la fin de la première vague de Covid. Le EOHO attribuait un rabais de 50% sur les repas (jusqu’à un plafond de 10 livres sterling). À cette mesure s’ajoute la réduction en août 2020 de la TVA de 20% à 5% dans le secteur (ce taux est toujours en vigueur et devrait être porté à 12,5% le 1er octobre).   

D’autres contributions positives à la variation du taux d’inflation annuel entre juillet et août sont apportées par les prix dans le secteur des loisirs et de la culture (+0,25 pp), suivis par les prix des produits alimentaires et des boissons non-alcoolisées (+0,11 pp) et enfin, par les prix des biens d’équipement ménagers (+0,05 pp).

Des hausses de prix sur le mois

Les indices CPI et CPI sous-jacent (hors énergie, alimentation, boissons alcoolisées et tabac) augmentent tous les deux de 0,7% sur un mois en août 2021 contre des baisses respectives de 0,5% et 0,6% en août 2020. Cette hausse de 0,7% est parmi les plus élevées et représente près du double de la moyenne historique des variations mensuelles de l’indice CPI enregistrées au mois d’août entre 1997 et 2020. Les contributions les plus fortes proviennent des composantes transport, loisirs et culture, ainsi que de la restauration et de l’alimentation.

Au sein de la composante transport, il convient de noter la hausse anormalement élevée des prix des voitures d'occasion. Ceux-ci sont sur une trajectoire haussière depuis le mois d’avril (+18,4%) avec une hausse de 4,9% au mois d’août. Alors que la demande a augmenté avec la réouverture des concessionnaires, une pénurie mondiale de semi-conducteurs affecte la production de voitures neuves et incite les consommateurs à se tourner vers le marché des voitures d'occasion. Parmi les contributions à la hausse de l’indice transport, on note aussi la progression des tarifs de transport aérien et maritime pour le troisième mois consécutif. 

Concernant l’indice des prix des produits alimentaires et des boissons non-alcoolisées, il affiche une progression de 1,1% en moyenne sur le mois d’août 2021, ce qui représente sa plus forte variation mensuelle depuis août 2008. L’ONS note que cette hausse des prix reflète probablement l’impact des pénuries de main-d’œuvre dans le secteur ainsi que l’augmentation des tarifs dans le transport maritime sur fond de reprise de la demande dans le sillage de la réouverture de l’économie. Toutefois, là aussi, jouent des effets de base défavorables (notamment pour le café, le thé et le cacao, les huiles et les graisses, les pains et les céréales).

Notre opinion – Une accélération du taux d’inflation au mois d’août, après le plongeon en juillet, a été anticipée du fait de facteurs bien identifiés comme le EOHO et la TVA, mais son ampleur a dépassé de 0,2 point de pourcentage notre prévision (3%). L’envolée du taux d’inflation se poursuivra à court terme, en raison de plusieurs facteurs, certains temporaires et d’autres de nature plus persistante :

  • Relèvement de la TVA dans les secteurs du tourisme à 12,5% prévu le 1er octobre prochain et à 20% le 1er avril 2022
  • Hausse des prix administrés de l’énergie de 10% en octobre
  • Prix du pétrole revus à la hausse en raison d’une probabilité moindre d’un accord entre les États-Unis et l’Iran
  • Problèmes d’offre dans les secteurs marchands : pénuries de matières premières, difficultés d’approvisionnement et d’acheminement vouées à perdurer probablement encore un an.
  • Manque de main-d’œuvre dans certains secteurs en lien avec le déséquilibre offre/demande consécutif à la pandémie et au Brexit.

Selon nos nouvelles prévisions, le taux d’inflation atteindrait 3,8% en moyenne au quatrième trimestre (et 3,9% en décembre) et se maintiendrait à ce rythme au premier trimestre. Courant 2022, il reculerait fortement pour finir l’année légèrement au-dessus de la cible de 2% (à 2,2% en moyenne au quatrième trimestre) :

  • Les effets de base liés à la hausse des prix de l’énergie vont sortir du calcul du glissement annuel, provoquant une forte chute du rythme d’inflation.
  • Les pénuries de biens devraient petit à petit se dissiper avec la normalisation de la situation sanitaire et économique mondiale.

Sur le marché du travail, la fin du dispositif de chômage partiel le 30 septembre 2021 devrait contribuer à atténuer les tensions actuelles, sans toutefois les résoudre complètement. Certains secteurs pourraient continuer de souffrir de difficultés de recrutement en raison de facteurs de long terme tels que la numérisation ou la nouvelle politique d’immigration post-Brexit (significativement plus restrictive pour les ressortissants européens que la libre circulation car les empêchant d’intégrer des emplois faiblement qualifiés).

Article publié le 17 septembre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Royaume-Uni – L'inflation atteint 3,2% en août et devrait grimper vers 4% au T4

Selon nos nouvelles prévisions, le taux d'inflation atteindrait 3,8% en moyenne au quatrième trimestre (et 3,9% en décembre) et se maintiendrait à ce rythme au premier trimestre. Courant 2022, il reculerait fortement pour finir l'année légèrement au-dessus de la cible de 2% (à 2,2% en moyenne au quatrième trimestre).

Slavena NAZAROVA, Economiste - Royaume-Uni, Pays scandinaves et Irlande