Royaume-Uni – Quasi-arrêt de la reprise en juillet, sur fond de pénurie de main-d'œuvre

Royaume-Uni – Quasi-arrêt de la reprise en juillet, sur fond de pénurie de main-d'œuvre

En résumé

Après un taux de croissance soutenu au deuxième trimestre (4,8% en variation trimestrielle), la reprise a perdu nettement de son élan au début du troisième trimestre. Le PIB n’a crû que de 0,1% en variation mensuelle au mois de juillet (consensus : 0,6%), ce qui le laisse 2,2% sous son niveau d’avant-crise de février 2020.

La croissance a été nulle sur le mois dans les services. Son principal contributeur négatif a été une baisse de 2,3% des services professionnels, scientifiques et techniques, compensée par des hausses solides dans la sphère des communications et de l’information, les services financiers ainsi que dans les arts et les loisirs. La fin partielle des incitations fiscales dans l’immobilier en Angleterre et en Irlande du Nord a provoqué une chute des activités juridiques et de real estate. Il y a eu également un recul (-0,3%) dans les services à contact physique avec le client, notamment une chute de 2,5% des ventes au détail. Par ailleurs, l’activité dans la restauration a ralenti fortement avec une hausse de 1,1% en juillet après 14% en juin. Au total, le secteur des services se trouve à présent 2,2% sous son niveau de février 2020.

La production industrielle affiche une croissance de +1,2% sur le mois mais, si elle est positive, ce n’est que grâce au fort rebond de l’extraction minière (+22% sur le mois) et pétrolière (+28%), deux secteurs fortement volatils. La production dans le secteur manufacturier a été nulle sur le mois (après cinq mois de hausse). Les enquêtes de l’ONS (corroborées par les résultats d’enquêtes d’autres instituts tels que la CBI) montrent que les industriels souffrent de pénuries de main-d’œuvre, notamment européenne, alors que la hausse de la demande avec la réouverture de l’économie a propulsé les postes vacants bien au-delà de leur niveau de pré-crise. Le manque d’employés a été en outre exacerbé par la mise en place de nouvelles mesures gouvernementales, obligeant les personnes identifiées comme cas contacts à s’isoler pour dix jours. 

Enfin, la construction continue de baisser pour le quatrième mois consécutif (-1,6% sur le mois), en raison d’une baisse à la fois des nouveaux chantiers et des travaux de maintenance. Les résultats d’enquêtes mettent en évidence que des hausses de prix des matières premières, causées par les délais et les difficultés d’approvisionnement, ont été la principale raison de la baisse de l’activité dans le secteur.

Notre opinion – La faiblesse du PIB au mois de juillet suggère un net ralentissement au troisième trimestre et nous amènera certainement à réviser fortement à la baisse notre prévision de scénario central (qui est de 2,9% actuellement). L’effet d’acquis laissé par le mois de juillet pour le trimestre n’est en effet que de 0,9 point de pourcentage. Plusieurs facteurs concourent à l’explication de cet arrêt brutal de la croissance en juillet, certains temporaires, d’autres voués à être plus persistants. Tout d’abord, un ralentissement du rythme de croissance est tout à fait normal après les mois de forte hausse : fin de l’effet élastique en lien avec la réouverture de l’économie. Ensuite, en juillet, il y a le "pingdemic" (terme issu des mots "ping", notification en français, et "epidemic", épidémie). Ce terme illustre le fait que de nombreux Anglais étaient obligés de respecter un isolement de dix jours à la réception d’une alerte sur l’application de traçage du gouvernement, soit parce qu’ils étaient infectés, soit parce qu’ils étaient considérés comme cas contacts. En effet, le début du mois de juillet a vu une hausse des contaminations Covid atteignant un pic à près de 60 000 par jour au milieu du mois, ce qui a obligé le gouvernement à prendre de nouvelles mesures pour freiner la propagation du virus. Des salariés ont donc dû s’arrêter temporairement, provoquant des pénuries de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs et donc un arrêt de la production. Face aux appels alarmistes des industriels, le gouvernement a quelque peu assoupli ses critères d’isolement et, depuis mi-août, les personnes ayant reçu deux doses de vaccin n’ont plus besoin de s’isoler après avoir été en contact avec une personne testée positive à la Covid. Fin septembre, les dispositifs de chômage partiel arriveront à leur fin, ce qui devrait également conduire à une hausse du nombre de personnes à la recherche d’un emploi, et ainsi atténuer les tensions sur le marché du travail, sans toutefois les dissiper entièrement. Certains facteurs devraient continuer à générer des tensions sur le marché du travail : manque de main-d’œuvre européenne lié au Brexit, reprise incomplète dans certains secteurs et boom dans d’autres, inadéquation des compétences entre main-d’œuvre disponible et postes vacants, baisse de la participation au marché du travail des personnes âgées, déséquilibres entre offre et demande au niveau sectoriel mais aussi régional.

Article publié le 10 septembre 2021 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Royaume-Uni – Quasi-arrêt de la reprise en juillet, sur fond de pénurie de main-d'œuvre

La faiblesse du PIB au mois de juillet suggère un net ralentissement au troisième trimestre et nous amènera certainement à réviser fortement à la baisse notre prévision de scénario central (qui est de 2,9% actuellement). L'effet d'acquis laissé par le mois de juillet pour le trimestre n'est en effet que de 0,9 point de pourcentage. Plusieurs facteurs concourent à l'explication de cet arrêt brutal de la croissance en juillet, certains temporaires, d'autres voués à être plus persistants.

Slavena NAZAROVA, Economiste - Royaume-Uni, Pays scandinaves et Irlande