Hongrie – Le 4x4 de Viktor Orbán

Hongrie – Le 4x4 de Viktor Orbán

En résumé

Viktor Orbán vient de remporter son quatrième mandat aux élections législatives du 3 avril dernier. Peu de surprise quant à l’issue des urnes, malgré les efforts des partis de l’opposition pour s’unir dans une grande et unique coalition. En revanche, l’ampleur de la victoire a surpris même le clan majoritaire. Le résultat était bien plus favorable à V. Orbán que les précédentes élections de 2018 avec 56% des suffrages, ce qui lui assure plus de la majorité des deux tiers.

Le déroulement de la campagne électorale en Hongrie reflète déjà très bien les dérives autoritaires d’un régime "illibéral" qui s’est progressivement mis en place. Le programme électoral du candidat de l’opposition a été balayé en cinq minutes par les principaux médias pour laisser place quasi exclusivement aux discours de V. Orbán. Pourtant, sa position était délicate dans le contexte de guerre en Ukraine puisque le Premier ministre hongrois s’est montré assez hésitant face aux dispositifs d’acheminement des armes vers l’Ukraine ou bien face aux réfugiés, bien qu’il ait condamné officiellement la guerre que la Russie mène en Ukraine. En dépit de cette position, le Premier ministre a réussi à tourner le discours vers son électorat en se présentant comme le protecteur de la nation face au candidat de l’opposition qu’il a accusé de vouloir pousser la Hongrie en guerre. En somme, grâce au verrouillage des médias qu’il contrôle très bien, V. Orbán a réussi à influencer l’opinion publique, notamment provinciale et rurale, tout en accompagnant ses discours de mesures économiques re-distributives lui permettant ainsi de se présenter en héros et de remporter le scrutin. Il est à noter cependant que Budapest et certaines grandes villes ont voté en majorité pour l’opposition. La polarisation politique à la fois générationnelle et régionale demeure assez marquée en Hongrie et cela ne fait que s’accentuer avec la gouvernance du parti de V. Orbán, le Fidesz.   

Fort de cette victoire, au lendemain des élections, la position politique de V. Orbán face à la Russie s’est davantage précisée : la Hongrie accepte de payer le gaz en roubles si c’est le souhait de la Russie. Cela intervient précisément au moment où les dirigeants européens se réunissaient pour décider un autre lot de sanctions vis-à-vis de la Russie. La couleur est annoncée et on observe donc une légère désolidarisation avec l’Union européenne. Par ailleurs, le président russe a été parmi les premiers à féliciter V. Orbán pour sa victoire.

Un chapitre de bras de fer va certainement s’ouvrir entre Bruxelles et Budapest. L’Europe peut difficilement fermer l’œil sur les dérives de l’État de droit au sein même de ses membres après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Le levier reste toujours le même, financier et administratif. Les fonds relatifs au Plan de relance pourraient être bloqués en raison de la mise en danger des libertés des médias et de l’indépendance des institutions judiciaires.

L’enjeu de 7 milliards d’euros devrait peser dans la balance pragmatique de la gestion de V. Orbán, mais il n’est pas certain qu’il soit suffisant pour le faire reculer sur sa conception idéologique et sur ses considérations d’un Occident décadent. Il n’est pas exclu que le gouvernement Orbán fasse quelques concessions le temps nécessaire pour bénéficier des aides ; toutefois, son chemin est déjà tracé depuis plusieurs années et personne n’est dupe à ce stade.

Notre opinion – On avait peu de doutes sur l’autoritarisme de V. Orbán mais la question est plutôt de savoir si l’UE contribue à la naissance d’un nouveau dictateur ou si elle arrive de façon démocratique à couper les ailes à cet élan qui risque de s’avérer destructeur. Du point de vue strictement macroéconomique, malgré les difficultés qui touchent l’ensemble des pays européens, la Hongrie se place sur un pied de relative solidité des variables économiques, ce qui lui procure un certain confort face aux analyses de risques des agences de notation. C’est le prisme d’analyse qui devrait faire l’objet d’une évolution notable. La démarche des institutions de l’UE sera très intéressante à suivre car elle pourrait donner le "la" à l’ensemble des pays membres ou ceux souhaitant devenir membres de la tolérance avec les valeurs démocratiques.

Article publié le 8 avril 2022 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

Hongrie – Le 4x4 de Viktor Orbán

Un chapitre de bras de fer va certainement s'ouvrir entre Bruxelles et Budapest. L'Europe peut difficilement fermer l'œil sur les dérives de l'État de droit au sein même de ses membres après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Le levier reste toujours le même, financier et administratif. Les fonds relatifs au Plan de relance pourraient être bloqués en raison de la mise en danger des libertés des médias et de l'indépendance des institutions judiciaires.

Ada ZAN, Economiste